Donald Trump tentait mercredi de contenir la tempĂȘte provoquĂ©e par le limogeage du patron du FBI, nombre d'Ă©lus, y compris de son propre camp, rĂ©clamant avec force une commission indĂ©pendante pour enquĂȘter sur l'interfĂ©rence russe prĂ©sumĂ©e dans la campagne de 2016.
Calendrier malencontreux pour le président républicain qui recevait dans le Bureau ovale le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Cette premiÚre rencontre avec un haut responsable russe, qui préfigure celle avec Vladimir Poutine prévue en juillet en Allemagne, sera scrutée à la loupe. L'argument de la Maison Blanche est simple, mais peine à convaincre: les démocrates ont dénoncé pendant des mois le comportement de James Comey dans sa gestion de l'affaire des emails d'Hillary Clinton, pourquoi poussent-ils aujourd'hui de grands cris à l'annonce de son départ ?
Sauf que depuis la campagne, une audition publique hors normes a eu lieu au CongrĂšs durant laquelle le premier flic des Etats-Unis a confirmĂ© l'existence d'une enquĂȘte sur une Ă©ventuelle "coordination" entre des membres de l'Ă©quipe de campagne de Donald Trump et Moscou. Les questions ne viennent pas seulement des rangs des dĂ©mocrates. Plusieurs tĂ©nors rĂ©publicains ont exprimĂ© leur surprise, voire leur incrĂ©dulitĂ©.
"Lorsque vous virez l'un des personnages les plus respectĂ©s de l'AmĂ©rique, vous avez intĂ©rĂȘt Ă avoir une trĂšs bonne explication, et jusqu'ici, je ne l'ai pas entendue", a lancĂ© mercredi matin le sĂ©nateur John McCain sur CNN. Le chef de la puissante commission du Renseignement du SĂ©nat, Richard Burr, s'est dĂ©clarĂ© "troublĂ©" par le timing et les raisons avancĂ©es pour ce limogeage.
Elu du CongrĂšs et fidĂšle rĂ©publicain, Justin Amash a qualifiĂ© la lettre prĂ©sidentielle de "bizarre". L'issue du bras de fer politique qui s'engage pourrait en dĂ©finitive ĂȘtre entre les mains d'une poignĂ©e de sĂ©nateurs rĂ©publicains modĂ©rĂ©s.
- 'Ils me remercieront' -
Dans une série de tweets matinaux, Donald Trump a tenté de justifier sa décision. "Comey a perdu la confiance de pratiquement tout le monde à Washington, républicains comme démocrates. Quand les choses se calmeront, ils me remercieront", a-t-il lancé. "James Comey sera remplacé par quelqu'un qui fera beaucoup mieux et ramÚnera l'esprit et le prestige du FBI", a-t-il ajouté, renvoyant via son compte Twitter sur un article du site internet Drudge Report, trÚs influent dans la sphÚre conservatrice, listant "les 10 plus gros scandales du FBI sous la direction de Comey".
Le chef de la majoritĂ© rĂ©publicaine au SĂ©nat, Mitch McConnell, a tentĂ© de clamer les troupes, rappelant que deux enquĂȘtes Ă©taient dĂ©jĂ en cours (une menĂ©e par le SĂ©nat, l'autre par le FBI) et qu'une nouvelle enquĂȘte ne pourrait que ralentir les efforts en cours.
Plusieurs ONG - dont MoveOn.org - ont appelĂ© Ă un grand rassemblement devant la Maison Blanche en milieu de journĂ©e pour rĂ©clamer une enquĂȘte indĂ©pendante sur "les relations Trump/Russie".
Cette annonce surprise pose aussi la question du remplacement de M. Comey Ă la tĂȘte du prestigieux "Federal Bureau of Investigation". L'ex-maire de New York Rudy Giuliani (qui fut aussi procureur fĂ©dĂ©ral dans cette ville), le gouverneur du New Jersey Chris Christie, ou encore l'amiral Mike Rogers, directeur de la NSA, le service d'Ă©coute et d'espionnage des Etats-Unis, font partie des noms Ă©voquĂ©s dans la presse amĂ©ricaine.
Quelle que soit la personnalitĂ© retenue, elle devra gĂ©rer l'enquĂȘte ultra-sensible sur la nature exacte des liens entre certains proches de Donald Trump et le pouvoir russe. InterrogĂ© mercredi sur cette affaire et sur le limogeage de James Comey, SergueĂŻ Lavrov, souvent ironique devant la presse, a demandĂ©: "Il a Ă©tĂ© virĂ©? Vous plaisantez, vous plaisantez".
AFP
