Une cour d'appel fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine a statuĂ© vendredi qu'une grande partie des droits de douane imposĂ©s par Donald Trump Ă©taient illĂ©gaux, un revers majeur pour un pilier de sa politique qui Ă©branle l'Ă©conomie mondiale, avant que la Cour suprĂȘme ne se prononce Ă son tour.
L'exécution du jugement ayant été suspendue jusqu'au 14 octobre, les droits de douane litigieux restent en place pour le moment.
"TOUS LES DROITS DE DOUANE SONT ENCORE EN VIGUEUR!" a réagi rapidement le président américain dans un message sur son réseau Truth Social.
"DĂ©sormais, avec l'aide de la Cour suprĂȘme des Etats-Unis, nous les utiliserons au service de notre pays", a ajoutĂ© le prĂ©sident.
Donald Trump a ainsi fait savoir qu'il allait saisir la Cour, dont il a cimenté la majorité conservatrice, pour trancher le litige en derniÚre instance. Une volonté confirmée un peu plus tard par sa ministre de la Justice, Pam Bondi, sur X.
Le jugement de vendredi, pris à une majorité de sept juges contre quatre, fragilise l'offensive protectionniste du chef de l'Etat qui avait publiquement dit redouter cette éventualité au début du mois.
- Pas le pouvoir de taxer -
Depuis son retour au pouvoir en janvier, Donald Trump a mis en place, en plusieurs vagues, de nouvelles surtaxes sur les produits entrant aux Etats-Unis. Celles-ci vont de 10 Ă 50% selon les situations et les pays.
Ce sont ces droits de douane - différents de ceux frappant des secteurs en particulier (automobile, acier, aluminium, cuivre) - qui sont au coeur du conflit juridique.
Selon le texte du jugement, "la loi confÚre au président des pouvoirs importants pour prendre un certain nombre de mesures en réponse à une situation d'urgence nationale déclarée, mais aucune de ces mesures n'inclut explicitement le pouvoir d'imposer des droits de douane et autres taxes", prérogative du CongrÚs.
Les juges considÚrent que le chef de l'Etat ne peut imposer à lui seul des droits de douane indiscriminés.
Or, est-il Ă©crit, ceux qui ont Ă©tĂ© mis en place "s'appliquent Ă presque tous les articles importĂ©s aux Ătats-Unis", quasiment quelle que soit leur provenance et "sans limite dans le temps".
L'affaire avait d'abord été examinée par le tribunal de commerce international des Etats-Unis (ITC) qui avait estimé fin mai que Donald Trump avait outrepassé ses pouvoirs en imposant des surtaxes non ciblées.
- "Embarrassante" -
Dans son message sur Truth Social, le président américain affirme que la décision de vendredi a été prise par des juges "hautement politisés", autrement dit hostiles à son gouvernement.
Selon lui, si les droits de douane devaient ĂȘtre retirĂ©s, "cela serait une catastrophe complĂšte pour le pays", qui serait "dĂ©truit".
Début août, il avait dit craindre de devoir "rembourser (d')énormes montants", alors que l'exécutif américain se targue d'engranger des dizaines de milliards de dollars de recettes supplémentaires.
Le gouvernement craint aussi de perdre un levier majeur de pression sur ses partenaires commerciaux. La crainte de droits de douane exorbitants a poussé nombre d'entre eux, dont l'Union européenne, à s'abstenir de riposter et à ouvrir davantage leur marché aux produits américains.
"Une telle dĂ©cision menacerait les intĂ©rĂȘts stratĂ©giques gĂ©nĂ©raux des Ătats-Unis tant au niveau national qu'international, et entraĂźnerait probablement des reprĂ©sailles et l'annulation d'accords conclus avec des partenaires commerciaux Ă©trangers", avait ainsi mis en garde le ministre du Commerce Howard Lutnick, selon des documents transmis Ă la cour et consultĂ©s par l'AFP.
Son collÚgue aux Finances, Scott Bessent, avait estimé qu'une suspension des droits de douane placerait les Etats-Unis dans une "situation embarrassante et dangereuse sur le plan diplomatique".
Le gouverneur dĂ©mocrate de Californie Gavin Newsom a ironisĂ© aprĂšs la dĂ©cision vendredi, affirmant que "Trump Ă©tait le plus grand loser des Etats-Unis". Il a regrettĂ© dans le mĂȘme temps que les AmĂ©ricains "soient ceux qui subissent ses politiques Ă©conomiques ratĂ©es".
Par Loïc VENNIN - © 2025 AFP
