Malgré le tollé général

Trump ne veut pas laisser les Etats-Unis devenir "un camp de migrants"

  • PubliĂ© le 19 juin 2018 Ă  06:55
  • ActualisĂ© le 19 juin 2018 Ă  10:54
Le président américain Donald Trump à Washington le 18 juin 2018

Donald Trump revendique sa fermetĂ© extrĂȘme aux frontiĂšres malgrĂ© le tollĂ© provoquĂ© par la sĂ©paration de plus de 2.300 mineurs arrachĂ©s Ă  leurs parents sans papiers, en affirmant qu'il ne laisserait pas les Etats-Unis devenir "un camp pour migrants".


Le bras de fer entre rĂ©publicains et dĂ©mocrates semble dĂ©sormais clairement destinĂ© Ă  pousser une rĂ©forme de l'immigration qui patine depuis des mois au CongrĂšs, oĂč les rĂ©publicains sont majoritaires. Le prĂ©sident pourrait d'ailleurs se rendre au Capitole pour en discuter mardi, selon le Wall Street Journal.
Le président a de nouveau rejeté la responsabilité de cette situation sur la minorité démocrate.

"Ce qui arrive est tellement triste. Et cela pourrait ĂȘtre rĂ©glĂ© rapidement, magnifiquement, et nous serions en sĂ©curitĂ©". "Les Etats-Unis ne deviendront pas un camp pour migrants et ne deviendront pas un centre de rĂ©tention pour rĂ©fugiĂ©s", a promis Donald Trump. Pour illustrer son propos, il a agitĂ© le spectre de la crise migratoire en Europe, n'hĂ©sitant pas Ă  prendre parti contre la chanceliĂšre allemande Angela Merkel dans la crise politique qui menace sa coalition.

- Cris et pleurs -

Depuis l'annonce de la politique américaine de "tolérance zéro" début mai, 2.342 enfants et jeunes migrants ont été séparés de leurs familles (du 5 mai au 9 juin), selon les nouveaux chiffres officiels. Supermarché reconverti, vastes bùtiments, ces adolescents et jeunes enfants sont parfois logés dans des espaces grillagés, prÚs de la frontiÚre avec le Mexique.

"Je ne veux pas qu'ils arrĂȘtent mon pĂšre, je ne veux pas qu'ils l'expulsent", dit une voix fĂ©minine dĂ©chirĂ©e tandis que des pleurs et cris d'enfants rĂ©sonnent derriĂšre, sur un enregistrement, qui daterait de la semaine derniĂšre dans l'un de ces centres, diffusĂ© lundi par le site d'investigation ProPublica.
La jeune fille n'a pas été identifiée.

"J'ai vu des tonnes d'enfants massés ensemble dans de grands enclos grillagés", a témoigné un sénateur démocrate, Chris Van Hollen, aprÚs avoir visité un centre dimanche au Texas. D'autres élus ont visité lundi des établissements en Californie, la cheffe des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, dénonçant ensuite "une politique inhumaine et barbare".

"Inadmissible", s'est indigné l'ONU. "Ce n'est rien de moins que de la torture", a renchéri Erika Guevara-Rosas de l'ONG Amnesty International, justifiant ses mots en soulignant "la sévÚre souffrance mentale infligée intentionnellement sur ces familles" pour "en décourager d'autres d'essayer d'entrer aux Etats-Unis".
Rarissime intervention dans un sujet politique brûlant, la PremiÚre dame Melania Trump a dit dimanche "détester voir des enfants séparés de leur famille". L'ex-PremiÚre dame Laura Bush a elle aussi rompu sa traditionnelle discrétion avec des mots forts, en dénonçant une politique "cruelle". Des mots retweetés pas une autre ancienne occupante de la Maison Blanche, Michelle Obama.

- "Bien traités" -

Les enfants "sont bien traités" et les rumeurs de mauvais traitements "sont fausses", a répondu la ministre de la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, lundi.
Les familles se présentant au poste-frontiÚre pour demander l'asile ne sont pas séparées et la vaste majorité des mineurs migrants hébergés aux Etats-Unis --10.000 sur 12.000-- n'ont pas été séparés de leurs familles, ils sont arrivés seuls à la frontiÚre, a-t-elle expliqué.

Pour l'administration Trump, l'Ă©quation est simple: plus question de relĂącher des sans-papiers parce qu'ils ont Ă©tĂ© interpellĂ©s en compagnie de mineurs qui ne peuvent ĂȘtre dĂ©tenus avec eux, dans l'attente de leur hypothĂ©tique retour devant le juge, comme c'Ă©tait la pratique sous le dĂ©mocrate Barack Obama.
Tous les clandestins surpris du cĂŽtĂ© amĂ©ricain de la frontiĂšre sont donc dĂ©sormais poursuivis et Ă©crouĂ©s... et leurs enfants doivent ĂȘtre hĂ©bergĂ©s de leur cĂŽtĂ©.

Mais plusieurs hauts responsables de la Maison Blanche affichent aussi clairement l'argument de la dissuasion des candidats à l'immigration illégale.
"Nous ne pouvons pas et n'allons pas encourager les gens à amener des enfants en leur donnant une vaste immunité face à nos lois", a encore déclaré lundi le ministre de la Justice Jeff Sessions.

Deux tiers des Américains rejettent cette politique, mais une majorité de républicains y sont favorables, selon deux sondages, Quinnipiac et CNN, publiés lundi.
"Si nous construisons le mur, si nous passons une loi pour mettre un terme au non-droit, nous n'aurons plus à faire face à ces choix terribles", a argumenté Jeff Sessions.

Mais l'idée que la Maison Blanche utilise ces enfants pour faire avancer le débat sur l'immigration indigne jusque dans les rangs républicains. "Certains dans l'administration ont décidé que cette politique cruelle renforçait leur pouvoir d'influence" au CongrÚs, a souligné sur Facebook un sénateur républicain, Ben Sasse. "C'est inacceptable. Les Américains ne prennent pas les enfants en otage. Point".

AFP

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