1.879 arrestations

Turquie : le pouvoir tente d'Ă©teindre la contestation

  • PubliĂ© le 27 mars 2025 Ă  19:28
  • ActualisĂ© le 27 mars 2025 Ă  19:48
Des Ă©tudiants manifestent leur soutien au maire d'Istanbul arrĂȘtĂ©, le 26 mars 2025 Ă  Istanbul, en Turquie

Les autorités turques, visées par une fronde d'une ampleur inédite depuis douze ans, ont ciblé jeudi des médias d'opposition pour tenter d'éteindre la contestation déclenchée par l'arrestation du maire d'Istanbul, principal rival du président Recep Tayyip Erdogan.

Le Haut conseil turc de l'audiovisuel a condamnĂ© une chaĂźne critique du pouvoir SözcĂŒ TV Ă  dix jours d'interruption de programmes pour "incitation Ă  la haine et Ă  l'hostilitĂ©", et a annoncĂ© en avoir sanctionnĂ© trois autres.

Les autorités ont également expulsé jeudi un journaliste de la BBC venu couvrir les manifestations dans le pays, l'accusant de représenter "une menace pour l'ordre public".

Au cours de la journĂ©e, neuf journalistes turcs arrĂȘtĂ©s en dĂ©but de semaine par les autoritĂ©s qui les accusaient d'avoir participĂ© Ă  des rassemblements interdits ont eux Ă©tĂ© remis en libertĂ© Ă  Istanbul et Izmir, selon leurs avocats et un syndicat de journalistes.

Un dixiĂšme, le photographe de l'Agence France-Presse Yasin AkgĂŒl, devait sortir de prison dans la journĂ©e, bien que les charges pesant contre lui n'aient pas Ă©tĂ© levĂ©es, selon son avocat.

- 1.879 arrestations -

Le mouvement de contestation entamé le 19 mars, le plus important depuis le mouvement de Gezi parti de la place Taksim d'Istanbul en 2013, est porté en grande partie par la jeunesse, qui continue de se mobiliser.

Dans la capitale Ankara, des étudiants en médecine et certains de leurs professeurs ont de nouveau manifesté jeudi en dénonçant la politique du gouvernement.

À Istanbul, oĂč la contestation est la plus vive, des Ă©tudiants doivent aussi descendre dans les rues en fin de journĂ©e, aprĂšs une soirĂ©e plus calme que les jours prĂ©cĂ©dents mercredi.

Le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force de l'opposition, qui conviait jusque-là chaque soir des dizaines de milliers de personnes à se rassembler devant l'hÎtel de ville d'Istanbul, a lui cessé de le faire, appelant à un trÚs large rassemblement samedi à un autre endroit de la ville.

Mercredi, le conseil municipal d'Istanbul a Ă©lu un maire par intĂ©rim, Nuri Aslan, Ă©galement membre du CHP, en remplacement de M.Imamoglu, incarcĂ©rĂ© pour "corruption", semblant Ă©carter l'hypothĂšse de la nomination par l'Etat d'un administrateur Ă  la tĂȘte de la capitale Ă©conomique turque.

Le prĂ©sident Erdogan, qui a durci le ton contre l'opposition, suggĂ©rant que de nouvelles enquĂȘtes pour corruption pourraient s'abattre sur elle, a rĂ©pĂ©tĂ© qu'il ne cĂ©derait pas Ă  la "terreur de la rue".

Les autoritĂ©s, qui interdisent toujours tout rassemblement Ă  Izmir et Ankara, ont annoncĂ© jeudi avoir arrĂȘtĂ© 1.879 personnes depuis le dĂ©but de la vague de contestation.

Parmi elles, 260 ont été incarcérées ou étaient en cours d'incarcération, tandis que plus de 950 ont été remises en liberté, dont prÚs de la moitié sous contrÎle judiciaire.

- "Mentalité de censeur" -

DĂ©nonçant les sanctions visant les chaĂźnes de tĂ©lĂ©vision critiques du gouvernement islamo-conservateur, au pouvoir depuis 2002, Deniz YĂŒcel, porte-parole du CHP, a fustigĂ© "une mentalitĂ© de censeur" inspirĂ©e selon lui de Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande du TroisiĂšme Reich.

Les arrestation des journalistes turcs ont elles suscité des condamnations internationales.

"Le caractÚre systématique des poursuites contre les figures de l'opposition, de la société civile, les atteintes à la liberté de s'informer, de rassembler, l'arrestation et la mise en détention du maire d'Istanbul constituent de maniÚre trÚs claire des atteintes et des agressions qu'on ne peut que regretter", a déploré jeudi le président français Emmanuel Macron.

L'ONG Reporters sans FrontiÚres (RSF), qui classe la Turquie à la 158e place sur 180 de son classement de la liberté de la presse, s'est dite "soulagée" jeudi par l'annonce de leur libération.

Lors d'une rencontre avec la presse à Istanbul, le ministre turc de la Justice, Yilmaz Tunç, a affirmé que la justice du pays était indépendante et impartiale, répétant que la Turquie est un "Etat de droit".

L'arrestation de M. Imamoglu n'est pas "politique", a-t-il assuré.

AFP

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