Economie

UE: blocage sur le plan de relance, les discussions se poursuivent

  • PubliĂ© le 18 juillet 2020 Ă  06:45
  • ActualisĂ© le 18 juillet 2020 Ă  07:45
Les Premiers ministres italien Giuseppe Conte (g) et néerlandais Mark Rutte avant le sommet de l'UE à Bruxelles, le 17 juillet 2020

Les dirigeants europĂ©ens tenteront samedi, au deuxiĂšme jour d'un sommet Ă  Bruxelles, d'inflĂ©chir la position des pays dits "frugaux", Pays-Bas et Autriche en tĂȘte, pour parvenir Ă  un accord sur un plan massif pour relancer l'Ă©conomie de l'UE et surmonter la crise provoquĂ©e par le coronavirus.

C'est la premiÚre fois en cinq mois, en raison de la pandémie de Covid-19, que les chefs d'Etat et de gouvernement --tous équipés de masques de protection-- se retrouvent physiquement à Bruxelles.

AprĂšs plus de sept heures de discussions en conclave vendredi, jugĂ©es "constructives" par plusieurs sources, ils se sont retrouvĂ©s pour un dĂźner en soirĂ©e au cours duquel les Ă©changes se sont tendus en raison de la position jugĂ©e trop dure des Pays-Bas sur le contrĂŽle des fonds qui pourraient ĂȘtre distribuĂ©s. "On va essayer de reprendre les choses diffĂ©remment pour sauver le sommet" samedi, a promis une source diplomatique.

Au coeur des discussions: un plan de relance post-coronavirus de 750 milliards d'euros financé par un emprunt commun, inspiré d'une proposition de la chanceliÚre allemande Angela Merkel et du président français Emmanuel Macron.

Ce plan est composĂ© de 250 milliards de prĂȘts, et surtout de subventions Ă  hauteur de 500 milliards, qui n'auront pas Ă  ĂȘtre remboursĂ©es par les Etats bĂ©nĂ©ficiaires. Il est adossĂ© au budget Ă  long terme de l'UE (2021-2027) de 1.074 milliards d'euros.

Quatre pays dit "frugaux" - Pays-Bas, Autriche, Danemark, SuÚde - rejoints par la Finlande, émettent de profondes réserves sur cette proposition, qui devrait profiter avant tout à l'Italie et l'Espagne, deux Etats trÚs affectés par la pandémie, mais qu'ils considÚrent comme les plus laxistes en matiÚre budgétaire.

Le projet prévoit que l'argent soit versé en contrepartie de réformes menées par les pays bénéficiaires.

Or, M. Rutte réclame que les plans de réforme de chaque Etat soient validés à l'unanimité des 27, et non à la majorité qualifiée. En d'autres termes, il veut un droit de veto, une demande qu'il est le seul, selon plusieurs sources, à formuler.

- "Contribuables autrichiens" -

"Ce que demandent les Pays-Bas est légalement impossible et politiquement difficile à avaler", a regretté une source diplomatique, résumant la position d'une majorité d'Etats membres.

Les rĂ©formes exigĂ©es par les pays du Nord (marchĂ© du travail, retraites) en contrepartie des aides font en outre bondir les Etats du sud, inquiets d'ĂȘtre contraints de se soumettre Ă  un programme imposĂ© par d'autres, comme la GrĂšce au plus fort de la crise de la zone euro.

Selon une source européenne, le président du Conseil européen, Charles Michel, a proposé, pour tenter de rapprocher les positions, un mécanisme permettant à un pays ayant des réserves sur le plan de réformes d'un autre Etat d'ouvrir un débat à 27. Mais cette idée a braqué plusieurs participants.

Si les autres "frugaux" n'ont pas suivi M. Rutte sur le droit de veto, ils conservent leurs réticences, en particulier sur les 500 milliards de subventions, une enveloppe qu'ils veulent réduire.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a soulignĂ© que son pays rejetait "clairement la proposition actuelle". "Nous voulons bien sĂ»r faire preuve de solidaritĂ©, mais nous avons Ă©galement les intĂ©rĂȘts des contribuables autrichiens Ă  l'esprit", a-t-il tweetĂ©.

L'unanimitĂ© des Etats membres Ă©tant requise, les discussions pourraient ĂȘtre longues et difficiles samedi, voire se prolonger jusqu'Ă  dimanche.

Outre le montant global du plan et le contrÎle des réformes, les dirigeants européens aborderont la question des "rabais" dans les contributions accordés aux Etats qui versent davantage d'argent au budget de l'UE qu'ils n'en reçoivent.

Les "frugaux" rĂ©clament des ristournes plus Ă©levĂ©es, ce qui pourraient leur ĂȘtre concĂ©dĂ©es pour inflĂ©chir leur position.

Dernier sujet délicat: le lien entre le versement d'argent et le respect de l'Etat de droit, inscrit pour la premiÚre fois dans un budget de l'UE.

La Pologne et la Hongrie, qui font l'objet de procédures de l'Union en raison d'atteintes à l'indépendance de la justice ou aux droits fondamentaux, freinent des quatre fers.

AFP

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