Le SlovĂšne Aleksander Ceferin, peu connu et sans grande expĂ©rience, sera-t-il un bon prĂ©sident pour la plus puissante des confĂ©dĂ©rations continentales de foot ? Les questions ne manquent pas en Europe au lendemain de son Ă©lection Ă la tĂȘte de l'UEFA, oĂč la crise couve aprĂšs une rĂ©forme contestĂ©e de la Ligue des champions.
. Un nouveau regard ?
Elu mercredi à AthÚnes, cet homme de 48 ans, yeux clairs, visage taillé à la serpe, a déjà ses fans. Pour eux, il incarne le renouveau d'instances éclaboussées par les scandales, car il n'est pas issu du sérail. "L'écrasante élection (42 voix sur 55) de cet avocat slovÚne vient rompre un systÚme installé pendant des années", s'enthousiasme ainsi le journal El Pais en Espagne.
"Ceferin portait l'espoir d'en finir avec les vieux dĂ©mons de la corruption qui hantent le football", renchĂ©rit Le Temps en Suisse. L'autre candidat Ă la prĂ©sidence, Michael van Praag, 68 ans, "Ă©tait assis sur la scĂšne avec le comitĂ© exĂ©cutif de l'UEFA (gouvernement du football europĂ©en) dont il est vice-prĂ©sident. Une position d'oĂč il est plus aisĂ© de dĂ©fendre un bilan que de se poser en rĂ©formateur", assĂšne encore Le Temps.
Mais pour d'autres, rien ne change vraiment. "Sa rhétorique rappelle Sepp Blatter", président déchu de la Fifa, tacle ainsi en Allemagne Tagesschau.de, site du journal télévisé de la télévision publique ARD, qui le décrit comme "un carriériste froid calculateur".
Et d'interprĂ©ter son leitmotiv "le football d'abord" comme "le message: nous ne parlons pas de corruption, de clientĂ©lisme ou d'enquĂȘtes du parquet. Le genre de discours que les hauts fonctionnaires du football aiment entendre".
. Un dirigeant indépendant ?
Inconnu sur la planÚte football quand il s'est déclaré candidat début juin, la trajectoire météorique de ce pÚre de trois enfants "a été ponctuée de rumeurs et de spéculations" comme le souligne le site allemand Sport1.
Aux Pays-Bas, fief du candidat battu Van Praag, le journal généraliste Alegmeen Dagblad n'hésite pas à écrire que "le ministre russe des Sports (Vitali Moutko) a sans doute fait pression sur de nombreux pays pour lui permettre de gagner".
Les détracteurs de Ceferin ont également cherché à le présenter comme le sous-marin du président de la Fifa Gianni Infantino, ou encore comme un candidat qui aurait gagné le soutien de pays nordiques en échange de promesses d'accueil de grands tournois.
Ceferin, lui, martÚle qu'il n'est "la marionnette de personne". En Espagne, AS ouvre ses colonnes à un journaliste de la télévision slovÚne, Adrijan Bakic, qui prend la défense de son compatriote: "C'est un homme qui a de la personnalité, qui est travailleur et décidé. Ce ne sera pas un pantin et il travaillera pour rendre le football meilleur et plus démocratique."
. Armé face aux grands clubs ?
La capacité de Ceferin à diriger sera jugée sur un dossier brûlant. Fin août, l'UEFA, en pleine vacance du pouvoir depuis la suspension de Michel Platini, a adopté une refonte de la Ligue des champions pour 2018-21: l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie auront quatre places garanties en poules au nom de leurs bons résultats passés dans cette épreuve.
L'idĂ©e Ă©tait d'Ă©viter que des gros clubs europĂ©ens ne fassent sĂ©cession pour crĂ©er leur propre Superligue fermĂ©e. Mais chez les non-bĂ©nĂ©ficiaires de cette rĂ©forme, la colĂšre monte. L'Association des ligues europĂ©ennes (EPFL) menace ainsi de programmer des matchs en mĂȘme temps que ceux de l'UEFA pour les concurrencer.
A peine Ă©lu, Ceferin a promis de s'assoir Ă une table avec les 55 fĂ©dĂ©rations composant l'UEFA pour voir "ce qui peut ĂȘtre fait". Et d'ajouter: "Nous devons maintenant montrer que c'est nous qui gouvernons, la situation peut ĂȘtre rĂ©solue si nous parlons aux clubs".
Celui qui n'est président de la Fédération slovÚne que depuis 2011 est-il assez armé pour le bras de fer qui s'annonce ? En face, il aura deux sérieux clients: Karl-Heinz Rummenigge, homme fort du Bayern Munich et président de l'Union des clubs européens (ECA), et l'influent président de la Juventus Turin Andrea Agnelli.
Ceferin a en tout cas la pression. "Ce sera sa premiÚre grosse décision", a résumé Martin Glenn, directeur général de la Fédération anglaise de football.
Par Madeleine COOREY - © 2016 AFP


