Ukraine : Zelensky accuse la Russie de "gagner du temps", aprĂšs l'appel Trump-Poutine

  • PubliĂ© le 20 mai 2025 Ă  14:43
  • ActualisĂ© le 20 mai 2025 Ă  14:51
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky le 19 mai 2025 à Kiev

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé mardi la Russie de "gagner du temps" en faisant traßner les discussions en vue d'un cessez-le-feu afin de "poursuivre" son invasion de l'Ukraine, au lendemain d'un appel entre Vladimir Poutine et Donald Trump sans résultats tangibles.

Cet entretien téléphonique de deux heures entre les dirigeants russe et américain, trois jours aprÚs les premiers pourparlers de paix russo-ukrainiens depuis 2022, n'a pas abouti à l'annonce d'un cessez-le-feu, pourtant réclamé par Kiev et les Européens.

MalgrĂ© l'absence d'avancĂ©e majeure, Donald Trump, qui pousse la Russie et l'Ukraine Ă  faire taire les armes, a vantĂ© que les deux belligĂ©rants allaient "dĂ©marrer immĂ©diatement des nĂ©gociations en vue" d'une trĂȘve.

En l'Ă©tat, aucun calendrier n'a Ă©tĂ© annoncĂ© et il n'y a aucune garantie que Moscou et Kiev trouvent un accord, au moment oĂč l'armĂ©e russe poursuit sa poussĂ©e dans l'Est ukrainien face Ă  des troupes de Kiev en difficultĂ©.

"Il est évident que la Russie tente de gagner du temps afin de poursuivre sa guerre et son occupation", a dénoncé mardi Volodymyr Zelensky, qualifiant les conditions de Moscou d'"irréalistes".

Vendredi, les dĂ©lĂ©gations russe et ukrainienne, rĂ©unis sous mĂ©diation turque Ă  Istanbul, avaient indiquĂ© que chaque partie allait "prĂ©senter" prochainement leur "vision" d'une possible trĂȘve, selon les termes du nĂ©gociateur russe, Vladimir Medinski.

Mais il est évident que deux approches s'opposent : Kiev demande un cessez-le-feu "inconditionnel" de 30 jours pour permettre des discussions de paix, tandis que Moscou part du principe que les négociations doivent se faire "simultanément" aux combats, selon M. Medinski.

Les principales capitales europĂ©ennes, fidĂšles soutiens de Kiev, menacent la Russie de sanctions "massives" faute de cessez-le-feu, mais Vladimir Poutine rejette cette requĂȘte, considĂ©rant que cela donnerait du temps Ă  l'armĂ©e ukrainienne pour se rĂ©armer grĂące Ă  l'aide militaire occidentale.

- "Memorandum" flou -

Dans ce qui ressemble à ce stade à une impasse diplomatique, Donald Trump a toutefois assuré "que des progrÚs ont été accomplis" lundi.

Le ton de Vladimir Poutine était toutefois plus prudent, qualifiant la conversation d'"utile" et estimant que les discussions avec l'Ukraine allaient "dans la bonne voie".

A la presse, il a affirmĂ© que la Russie Ă©tait prĂȘte Ă  travailler avec l'Ukraine sur un "mĂ©morandum", Ă©tape prĂ©alable avant un "possible traitĂ© de paix", et a soulignĂ© le besoin de "trouver des compromis".

Or, Volodymyr Zelensky a dit lundi soir "ne rien savoir" sur un Ă©ventuel "mĂ©morandum", prĂ©cisant toutefois ĂȘtre prĂȘt Ă  Ă©tudier une offre russe.

Depuis qu'il a ordonné à son armée d'envahir l'Ukraine le 24 février 2022, Vladimir Poutine maintient des exigences maximalistes, notamment que l'Ukraine renonce à rejoindre l'Otan et qu'elle abandonne quatre de ses régions partiellement contrÎlées par la Russie, en plus de la Crimée annexée en 2014.

L'Ukraine rejette fermement ces exigences et demande que l'armée russe, qui occupe prÚs de 20% de son territoire, s'en retire. Ce dont Moscou n'a pas l'intention.

- "Victoire tactique" -

Pour éviter une nouvelle invasion russe dans le futur, Kiev appelle également à des "garanties de sécurité" solides, notamment des Etats-Unis, son premier soutien depuis plus de trois ans.

D'oĂč l'espoir de Volodymyr Zelensky que M. Trump ne finisse par s'agacer. Il a averti lundi que Vladimir Poutine "bĂ©nĂ©ficierait" d'un Ă©ventuel dĂ©sengagement amĂ©ricain des pourparlers.

Cette perspective inquiÚte également les Européens, qui ont adopé formellement mardi un 17e paquet de sanctions contre Moscou.

La cheffe de la diplomatie Ă  Bruxelles, Kaja Kallas, a dit mardi espĂ©rer une "rĂ©action forte" de la part de Washington si Moscou campait sur sa position, tandis que le ministre allemand de la DĂ©fense, Boris Pistorius, a lui assurĂ© que l'appel Trump-Poutine avait montrĂ© que le prĂ©sident russe n'Ă©tait "pas prĂȘt" Ă  faire des concessions.

"Les politiciens occidentaux et les médias déploient des efforts titanesques pour faire échouer le dialogue constructif" russo-américain, a dénoncé, pour sa part, l'émissaire de Vladimir Poutine pour les questions économiques à l'international, Kirill Dmitriev.

"C'est une nouvelle victoire tactique pour Poutine", analyse auprÚs de l'AFP le politologue indépendant Konstantin Kalatchev, selon qui le statu quo actuel va donner "du temps" à l'armée russe, qui "espÚre achever cet été la défaite des troupes ukrainiennes".

De son cÎté, la Chine, proche partenaire du Kremlin, a apporté son soutien mardi à "un dialogue direct" entre Moscou et Kiev.

L'invasion russe a fait en plus de trois ans plusieurs dizaines de milliers de morts, civils et militaires, dans les deux camps.

A l'avantage sur le front, les forces russes ont revendiqué ces derniers jours une poussée dans la région de Donetsk (est), épicentre des combats.

AFP

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