Mali

Un an aprĂšs le coup d'Etat, Bamako craint de partager le sort de Kaboul

  • PubliĂ© le 18 aoĂ»t 2021 Ă  19:16
  • ActualisĂ© le 18 aoĂ»t 2021 Ă  19:41
Une rue de Bamako, le 27 mai 2021 au Mali

Les évÚnements d'Afghanistan éveillent chez certains Maliens le spectre d'une chute de Bamako aprÚs un désengagement partiel français, tant l'horizon sécuritaire et politique demeure sombre un an aprÚs le coup d'Etat qui a porté les colonels au pouvoir.

"Retrait annoncĂ© de la force française sur le sol malien: faut-il s'attendre au mĂȘme scĂ©nario qu'Ă  Kaboul", titrait mercredi le journal "Le Soir de Bamako", devant l'effondrement subit du rĂ©gime afghan face aux insurgĂ©s talibans aprĂšs le retrait militaire amĂ©ricain.

En 2013, les soldats français avaient enrayé la progression des jihadistes, qui contrÎlaient le nord du Mali et progressaient vers le centre, faisant craindre la prise de Bamako.

AprÚs plus de huit ans d'engagement, Paris prévoit de fermer d'ici le début de 2022 les bases de Kidal, Tessalit et Tombouctou, dans le nord.

La France devrait maintenir Ă  terme entre 2.500 Ă  3.000 hommes dans la rĂ©gion, contre 5.100 engagĂ©s aujourd'hui au Sahel. Une diminution qui fait craindre que certaines zones ne passent complĂštement aux mains des jihadistes, tant les Etats locaux semblent dans l'incapacitĂ© de restaurer leur autoritĂ© dans ces vastes bandes dĂ©sertiques et extrĂȘmement pauvres.

"Chaque annĂ©e la situation se dĂ©grade et sans la prĂ©sence de l'armĂ©e française, une ville comme Gao peut tomber en moins de 30 minutes... Ce n'est que grĂące au dispositif sĂ©curitaire des partenaires (principalement forces françaises et de l'ONU, ndlr) que les grandes villes du Nord sont toujours sous contrĂŽle de l'État", souligne Mohamed Dicko, 24 ans, Ă©tudiant Ă  la facultĂ© de mĂ©decine de Bamako.

- "Frustrations contre l'Etat" -

Les violences au Mali, qui ont dĂ©butĂ© par des rĂ©bellions indĂ©pendantiste puis jihadiste dans le Nord, se sont ensuite propagĂ©es au centre et au sud du pays, se mĂȘlant Ă  des conflits intercommunautaires et Ă  des attaques crapuleuses dans des zones oĂč l'influence de l'Etat est trĂšs faible.

Le phĂ©nomĂšne s'est Ă©tendu au Burkina Faso et au Niger voisins, oĂč opĂšrent Ă©galement des groupes affiliĂ©s Ă  Al-QaĂŻda ou Ă  l'organisation Etat islamique. "Une psychose gĂ©nĂ©rale s'installe dans la rĂ©gion, mais les contextes sahĂ©liens et afghans sont trĂšs diffĂ©rents. Une leçon est commune toutefois: malgrĂ© la puissance de feu dĂ©ployĂ©e, le tout militaire ne peut pas ĂȘtre la solution", estime Baba Dakono, analyste politique basĂ© Ă  Bamako.

"Il faut ouvrir des discussions, par le bas, avec toutes les communautés, y compris les parias des groupes armés. La question idéologique n'occupe qu'une portion congrue de leurs discours. Il y a surtout des revendications politiques, des frustrations contre l'Etat", dit-il.

Les Maliens et leurs partenaires conviennent de longue date que le pays ne sortira pas de la tourmente sans solution politique, qu'elle implique ou non des discussions avec les jihadistes, auxquels les militaires au pouvoir sont ouverts et la France opposée.

- "Coup d'Etat dans le coup d'Etat" -

Mais le pessimisme rÚgne un an aprÚs le putsch qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020 à la suite de plusieurs mois de manifestations contre la corruption et l'impuissance de l'Etat face à la violence. L'insécurité continue de s'étendre, la crise sociale persiste et les avancées politiques sont lentes.

Le nouvel homme fort, le colonel Assimi GoĂŻta, s'est engagĂ© Ă  cĂ©der la place Ă  des civils, aprĂšs des Ă©lections prĂ©vues en fĂ©vrier 2022, une Ă©chĂ©ance qui paraĂźt de plus en plus difficilement tenable et qu'il n'a mĂȘme pas Ă©voquĂ©e mardi soir, lors d'une allocution tĂ©lĂ©visĂ©e cĂ©lĂ©brant l'anniversaire du coup d'Etat. Il s'est contentĂ© de promettre "des Ă©lections transparentes aux rĂ©sultats incontestables".

Le colonel GoĂŻta a Ă©cartĂ© en mai 2021 les autoritĂ©s intĂ©rimaires que les militaires avaient eux-mĂȘmes mises en place, et s'est imposĂ© en juin comme prĂ©sident de la transition Ă  l'issue d'un "coup d'Etat dans le coup d'Etat", selon la formule du prĂ©sident français Emmanuel Macron.

Pour Moussa Tchangari, une figure de la sociĂ©tĂ© civile au Niger, "au Sahel, la guerre en cours ne peut pas ĂȘtre gagnĂ©e avec les mĂȘmes armĂ©es Ă©trangĂšres qui ne l'ont pas gagnĂ©e en Afghanistan, mais aussi, avec le mĂȘme type de dirigeants corrompus".

"Cette guerre, si elle doit ĂȘtre gagnĂ©e, ne le sera qu'avec la construction d'un nouveau contrat politique et social restituant au peuple sa souverainetĂ© et crĂ©ant les conditions d'une vie digne pour les millions de personnes qui en sont aujourd'hui privĂ©es", a-t-il insistĂ©.

AFP

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