Justice

Un mois de prison avec sursis requis contre Eric Drouet, figure des "gilets jaunes"

  • PubliĂ© le 15 fĂ©vrier 2019 Ă  18:03
  • ActualisĂ© le 15 fĂ©vrier 2019 Ă  19:06
Eric Drouet, à son arrivée au tribunal correctionnel de Paris le 15 février 2019

Un mois de prison avec sursis et 500 euros d'amende ont Ă©tĂ© requis vendredi contre Éric Drouet, une figure des "gilets jaunes", qui Ă©tait jugĂ© pour "organisation de manifestations sans dĂ©claration prĂ©alable" mais a toujours niĂ© tout rĂŽle de leader dans le mouvement.

Éric Drouet a-t-il organisĂ© des manifestations le 22 dĂ©cembre et le 2 janvier Ă  Paris? Il le nie. "Je ne suis responsable de rien du tout", a affirmĂ© le chauffeur routier de 34 ans, vĂȘtu d'un bomber sombre. "Je n'ai aucun rĂŽle d'organisateur ou de leader dans ce mouvement" des gilets jaunes, a dit Éric Drouet au tribunal. "Je suis juste un relai", a affirmĂ© ce pĂšre de famille, qui a Ă©tĂ© l'un des initiateurs de la premiĂšre mobilisation nationale des "gilets jaunes" le 17 novembre, en crĂ©ant sur Facebook l'Ă©vĂ©nement "Blocage national contre la hausse des carburants".

Plusieurs messages qu'il a envoyĂ©s sur les rĂ©seaux sociaux ont Ă©tĂ© lus Ă  l'audience. "On dira au dernier moment" le lieu de rassemblement, "Nous irons oĂč nous voulons aller", "C'est demain les amis. (...) Dans le respect de la loi mais pas plus" etc. Pour Olivier Christen, procureur adjoint de Paris, il n'y a pas de doute: "Éric Drouet montre qu'il est un organisateur du mouvement". A ce titre, il devait donc faire une dĂ©claration prĂ©alable de manifestation. "L'objectif est de permettre de prĂ©server l'ordre public", a rappelĂ© Olivier Christen. "Évidemment les revendications sont pacifiques. (...) Mais s'inscrire en dehors du cadre lĂ©gal ne permet pas de mettre en place les conditions pour Ă©viter les dĂ©bordements", les casseurs, a-t-il poursuivi.

Le 22 dĂ©cembre, Éric Drouet avait signĂ© une dĂ©claration prĂ©alable pour une manifestation Ă  Versailles, mais il s'est finalement rendu Ă  Paris, et a Ă©tĂ© interpellĂ© non loin des Champs-ÉlysĂ©es. Le prĂ©venu a expliquĂ© que les "gilets jaunes" voulaient Ă©viter les "parcages" par les forces de l'ordre. "DĂšs qu'il y a des parcages, ça se passe mal", a-t-il dit. "Mais il n'y a pas toujours des parcages dans les manifestations", a rĂ©torquĂ© le procureur. La salle s'est chargĂ©e de lui rĂ©pondre dans un brouhaha: "Bien sĂ»r que si!". Éric Drouet affirme que le 2 janvier, quand il a Ă©tĂ© interpellĂ© prĂšs des Champs-ÉlysĂ©es, il voulait "juste se rendre au restaurant" avec des amis, aprĂšs avoir allumĂ© des bougies Ă  Concorde en hommage aux "gilets jaunes" dĂ©cĂ©dĂ©s.

"Casser le mouvement"

Quelques heures avant, il dĂ©clarait toutefois dans une vidĂ©o diffusĂ©e sur Facebook: "Ce soir, on va pas faire une grosse action, mais on veut choquer l'opinion publique". Il voulait, selon son avocat, KhĂ©ops Lara, "dĂ©noncer son traitement". "On Ă©tait juste lĂ  pour aller au restaurant, mais on devait suivre les CRS. On voulait montrer qu'on ne pouvait pas aller oĂč on veut. (...) On s'attendait Ă  un contrĂŽle d'identitĂ© mais pas plus", a-t-il affirmĂ©. KhĂ©ops Lara a dĂ©noncĂ© une arrestation "arbitraire" et demandĂ© l'annulation de la procĂ©dure: "On embarque des gens en garde Ă  vue sans aucun motif prĂ©alable". "Cette affaire, c'est les prĂ©misses de ce qui nous attend avec la loi anticasseur", qui prĂ©voit notamment des interdictions administratives de manifester, s'est-il indignĂ©. "On utilise la police, et vous aussi (le tribunal, NDLR) pour mĂąter un mouvement social majeur", s'est indignĂ© l'avocat du "gilet jaune". "Ce procĂšs est clairement politique. On veut dĂ©signer (Éric Drouet) comme figure pensante, comme tĂȘte. On vous demande de le condamner pour cela. On veut casser le mouvement en silence", a-t-il encore ajoutĂ©.

Plusieurs de ses soutiens avaient fait le dĂ©placement au tribunal, dont JĂ©rĂŽme Rodrigues qui a perdu son ?il dans une manifestation. "C'est toujours les mĂȘmes qui sont arrĂȘtĂ©s. Les pacifistes, pas ceux qui nuisent", a dĂ©clarĂ© Ă  la presse, Ă  l'extĂ©rieur du tribunal, Raquel Garrido, ex-porte-parole de La France insoumise, parti dont le leader Jean-Luc MĂ©lenchon a exprimĂ© son admiration pour Éric Drouet. Le tribunal rendra son jugement le 29 mars. Le 5 juin, Éric Drouet sera Ă  nouveau jugĂ©, mais cette fois pour port d'arme prohibĂ©, un bĂąton lors de la manifestation du 22 dĂ©cembre.

AFP

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