L'Anomotaenia brevis

Un parasite ralentit le vieillissement de fourmis, pour mieux en faire des proies

  • PubliĂ© le 20 mai 2021 Ă  11:24
  • ActualisĂ© le 20 mai 2021 Ă  12:01
Le parasite d'une espÚce de fourmis ralentit considérablement leur vieillissement, mais c'est sans doute pour faciliter leur ingestion par un oiseau

Le parasite d'une espÚce de fourmis ralentit considérablement leur vieillissement, mais c'est sans doute pour faciliter leur ingestion par un oiseau, dans lequel l'intrus va achever sa croissance, indique une étude parue cette semaine.

"Nous avons surveillé la survie des insectes à trois ans et nous montrons que les fourmis infectées vivent beaucoup plus longtemps que les non-infectées", dit à l'AFP Susanne Foitzik, professeure en biologie à l'Université allemande de Mayence. Et c'est un euphémisme, puisqu'aucune fourmi saine n'a passé ce cap, alors que plus de la moitié des fourmis parasitées étaient encore vivantes, selon l'étude parue dans Royal Society Open Science.

Temnothorax nylanderi (T. nylanderi), aussi appelĂ©e fourmi des glands, oĂč elle fait un petit nid, est une espĂšce rĂ©pandue en Europe occidentale. Les entomologistes savent depuis longtemps que leur caste de travailleuses sont la cible de choix d'un parasite, l'Anomotaenia brevis (A. brevis).

A l'Ă©tat adulte, ce petit ver, un tĂ©nia cespode, vit dans le tube digestif du pivert. Il y pond des Ɠufs qui se retrouvent dans les fientes de l'oiseau, avant de figurer au menu des larves de T. nylanderi. Les Ɠufs du parasite colonisent alors leur hĂ©molymphe (le "sang" de la fourmi) et s'y dĂ©veloppent sous forme de larves.

- Jeunesse éternelle -

Les fourmis infectées semblent conserver une forme de jeunesse éternelle. Leur cuticule, l'exosquelette leur servant de carapace et de peau, conserve la couleur jaune pùle des jeunes fourmis, cantonnées au départ à la nurserie. Le parasite modifie aussi leur comportement puisqu'elles se refusent à suivre les fourmis travailleuses, qui s'aventurent dehors pour alimenter la fourmiliÚre.

"Pourquoi peuvent-elles vivre si longtemps ?", avec un taux de survie identique Ă  celui des reines, dont certaines atteignent jusqu'Ă  vingt ans, s'interroge le Pr Foitzik, qui a signĂ© l'Ă©tude avec son ancienne Ă©tudiante Sara Beros, aujourd'hui chercheuse Ă  l'Institut Max Planck. "Peut-ĂȘtre grĂące Ă  plus de soins", car "les fourmis infectĂ©es reçoivent plus d'attention de la part des autres travailleuses", qui semblent attirĂ©es par un signal chimique particulier de leur exosquelette.

Mais l'équipe de l'entomologiste a aussi établi, dans une autre étude publiée en janvier, que la présence du parasite "amplifiait l'expression de gÚnes liés à l'immunité, et dans une moindre mesure de gÚnes liés à la longévité", dit la biologiste. Autrement dit, le parasite aiderait l'organisme de la fourmi à lutter contre le vieillissement.

- Propriétés anti-oxydantes -

Mieux encore, l'Ă©quipe du Pr Foitzik est en train d'analyser les protĂ©ines libĂ©rĂ©es par le parasite dans le "sang" de la fourmi, ce qui "ouvre une fenĂȘtre sur le phĂ©nomĂšne du vieillissement". "Nous avons dĂ©couvert que plusieurs de ces protĂ©ines ont des propriĂ©tĂ©s anti-oxydantes", trĂšs utiles pour le systĂšme immunitaire, dit-elle, en estimant "possible que le parasite aide lui-mĂȘme la fourmi Ă  vivre plus longtemps".

"Pourquoi le parasite chercherait-il à allonger la durée de vie de son hÎte ?", demande le Pr. Foitzik. Elle y répond dans l'étude en supposant que c'est le meilleur moyen pour le parasite de rejoindre son hÎte final. Car la larve du parasite ne peut se transformer en ver qu'en retrouvant le tube digestif du pivert.
D'autres parasites de fourmis amĂšnent ces derniĂšres Ă  un suicide rapide pour arriver Ă  leurs fins.

La petite douve du foie, qui entame son cycle dans un escargot, passe Ă  la fourmi de l'espĂšce Formica, et pousse son hĂŽte Ă  fausser compagnie chaque jour Ă  ses congĂ©nĂšres pour se percher en haut des herbes, dans "l'espoir" d'ĂȘtre broutĂ©e par un ruminant, cible finale du parasite. Un autre petit ver, Myrmeconema neotropicum, amĂšne sa fourmi hĂŽte Ă  dresser en l'air son abdomen rouge, pour mieux tenter un oiseau de passage, son hĂŽte final.

Ce qui ramÚne au pivert, qui aurait peu de chance de repérer T. nylanderi et sa taille maximale de 3 mm dans un tas de feuilles. Les fourmis infectées "restent à l'abri dans leur nid dans un gland ou une branche, pile l'endroit que le pivert va ouvrir pour se nourrir de larves", selon l'étude.

Pour les chercheurs, il est donc probable que les changements de comportement observés chez les travailleuses infectées les prédisposent à se faire bouloter par l'oiseau.

AFP

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