EspÚce menacée

Un pilleur de nids devenu protecteur des tortues en Malaisie

  • PubliĂ© le 26 juillet 2020 Ă  18:10
  • ActualisĂ© le 26 juillet 2020 Ă  18:34
De la lumiĂšre rouge pour ne pas perturber une tortue de mer verte qui recouvre ses ?ufs de sable sur le rivage de Chagar Hutang sur l'Ăźle de Redang au nord-est de la Malaisie, le 28 juin 2020

Aziz Mustaffa a longtemps pillé les nids de tortues d'une plage malaisienne pour vendre les oeufs. Aujourd'hui il gagne sa vie comme garde du littoral en protégeant les nids de cette espÚce menacée.

Cette conversion est un succÚs mais la bataille s'annonce encore longue pour protéger le reptile qui migre de la mer de Chine méridionale jusqu'aux plages du pays d'Asie du Sud-Est pour enfouir ses oeufs dans le sable.

Plusieurs espĂšces de tortues marines, comme la tortue verte, la tortue imbriquĂ©e ou la tortue luth, font des nids sur les cĂŽtes malaisiennes oĂč les touristes peuvent observer les oeufs Ă©clore et les petites tortues se prĂ©cipiter vers la mer.

Mais la population de tortues a fortement chuté à cause de la pollution marine, du développement des cÎtes et de la collecte des oeufs, trÚs appréciés des gastronomes en Asie.

"Les tortues et les oeufs sont notre trésor national", note Aziz, 44 ans, en observant en pleine nuit un groupe d'une vingtaine de femelles émerger de la mer et venir pondre sur une plage de l'ßle Redang, dans l'Etat malaisien de Terengganu. "Je me sens comme leur parrain et je veux les protéger pour les générations futures. Ca me réjouit de voir de grosses tortues revenir ici pour pondre", dit-il à l'AFP.

- "Appétit vorace" -

Les tortues ont creusĂ© des trous dans le sable et pondu des milliers d'oeufs avant de retourner en mer. Sur la mĂȘme plage de Chagar Hutang, longue de 350 mĂštres, des bĂ©bĂ©s tortues sortaient de leur oeuf et se hĂątaient de rejoindre l'eau.

Mais les humains ne sont pas les seuls à menacer les tortues. Les oeufs sont une proie de choix pour les varans et les petits sont souvent croqués par des requins ou d'autres poissons dÚs qu'ils entrent dans l'eau.

Aziz, issu d'une famille de pĂȘcheurs pauvres de l'Ăźle, se rappelle qu'il se cachait dans les buissons prĂšs de la plage pour se prĂ©cipiter et rĂ©cupĂ©rer les oeufs juste aprĂšs la ponte, en devant souvent se battre avec des rivaux pour ce trĂ©sor.

Les oeufs étaient alors vendus à des commerçants ou mangés, et représentaient autrefois une importante source de protéines pour les populations locales.
Aziz a cependant compris qu'il y avait plus d'avantages à protéger les nids de tortues qu'à les piller, grùce aux touristes qui viennent pour les observer. "J'ai réalisé que si ces espÚces migratoires étaient protégées, les villageois de Redang pourraient mieux vivre".

Et il a commencé à collaborer avec une équipe de chercheurs de l'Université de Terrengganu, ce qui lui apporte aussi quelque 400 dollars par mois. Il fait équipe avec deux autres gardes du littoral et un groupe de volontaires pour protéger les oeufs des braconniers et des prédateurs comme les varans.

"Les habitants de l'ßle Redang reçoivent des revenus stables du tourisme grùce au nombre croissant de visiteurs qui viennent voir les tortues vertes pondre des oeufs", note-t-il.

- Traditions centenaires -

Mohamad Uzair Rusli, un biologiste de l'université malaisienne, souligne que permettre aux populations locales de gagner de l'argent en protégeant l'espÚce, est la meilleure façon de protéger son avenir. Mais il avertit qu'il y a toujours "un appétit vorace" en Asie pour ces oeufs que certains voient comme un aphrodisiaque.

Quelques ramasseurs d'oeufs, dotés d'un permis, restent autorisés dans la région du nord-est de la péninsule malaisienne, et la vente des oeufs de certaines espÚces est légale. Mais les autorités de Terrengganu se sont engagées à interdire le commerce de tous les oeufs de tortues d'ici à la fin de l'année. Changer des traditions centenaires s'annonce cependant ardu.

Au cours d'une visite dans un marché de Kuala Terrengganu, la capitale de cet Etat, des oeufs étaient en vente pour 12 dollars les dix. Le vendeur Nor Jannah assure faire de bonnes affaires et dit ne pas croire que manger des oeufs mette en danger la survie des tortues. "C'est impossible qu'elles disparaissent. Je mange des oeufs de tortues et j'en vends depuis mes 12 ans", observe-t-il.

AFP

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