"Une amorce de retour à la normale": quatre agriculteurs de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ayant lutté contre le projet d'aéroport en s'opposant à leur expropriation se sont dits "soulagés" mardi de signer des conventions d'occupation précaire, et attendent désormais de retrouver pleinement leurs droits.
"Ca soulage forcément. C'est mieux que d'avoir l'huissier comme on a pu l'avoir des fois plusieurs fois dans la semaine. On ne peut souhaiter ça à personne. On est un peu mal dans ses baskets quand on vous dit que le lendemain vous devez dégager", témoigne Joël Bizeul, éleveur laitier de 55 ans, qui a repris en 1992 la ferme familiale située au lieu-dit "Les Rochettes".
Il est l'un des quatre agriculteurs "historiques" Ă avoir Ă©tĂ© expropriĂ©, puis expulsĂ© pour permettre la rĂ©alisation du nouvel aĂ©roport nantais, mais il n'a jamais quittĂ© le site oĂč il est nĂ©.
Sur ces terres que ces paysans exploitaient avant la déclaration d'utilité publique du projet, en 2008, tous ont toujours refusé de signer des conventions avec le concessionnaire de l'infrastructure, une filiale du groupe de BTP Vinci, et n'avaient pas touché le chÚque d'indemnisation proposé.
- "Projets figés depuis dix ans" -
La signature d'une convention d'occupation précaire (COP) avec l'Etat, promise aprÚs l'abandon du projet d'aéroport, "légalise notre occupation des terres jusqu'à fin 2018, ce qui reste précaire", temporise Sylvie Thébault, installée avec son époux Marcel depuis 1999 au hameau du Limimbout.
"Je ne peux pas encore sauter de joie. Ca sera un retour à la normale quand on aura de nouveau des baux à long terme sur nos parcelles, que les forces de l'ordre seront parties et que Notre-Dame-des-Landes sera oubliée de tous et toutes", soutient l'exploitante agricole, qui "espÚre développer des projets figés depuis dix ans".
JoĂ«l Bizeul appelle aussi de ses voeux "un retour au calme, Ă la sĂ©rĂ©nitĂ©. Parfois, on se demande de quoi on va parler tellement ça nous a bouffĂ© la vie quand mĂȘme".
"Quand mes parents ont rĂ©parĂ© la maison en 1968, la ZAD n'Ă©tait pas mise en place mais on nous mettait dĂ©jĂ la pression en nous disant +il faut mieux que vous partiez+. Ca a Ă©tĂ© pareil quand j'ai repris la ferme, on avait une pression Ă©norme et toujours (ce projet) au-dessus de la tĂȘte", se souvient l'Ă©leveur laitier, Ă©voquant des dĂ©cisions parfois "lourdes Ă porter". "Aujourd'hui, c'est plus clair, s'il y a des travaux Ă faire, on n'aura plus Ă se poser la question quand on risque de partir, c'est derriĂšre nous", poursuit M. Bizeul.
"C'est l'aboutissement de 50 ans de lutte", salue l'Ă©leveur laitier. "Le but de nos signatures aujourd'hui, c'est d'entraĂźner d'autres gens Ă faire la mĂȘme chose", estime-t-il.
Sur la zone, "il faut faire de la place à un maximum de gens qui ont lutté contre le projet, ça me paraßt normal", soutient l'exploitant agricole.
"Il faut que le mouvement d'occupation puisse aussi signer des COP comme nous. Pour le moment, aucun projet agricole déposé (par les zadistes) n'a été rejeté et j'espÚre que ça va continuer dans ce sens-là ", souligne aussi Sylvie Thébault.
Les agriculteurs ne devraient pas obtenir la rétrocession des biens qu'ils avaient en propriété avant la fin de l'année.
AFP

