HuitiĂšme jour du procĂšs du producteur

Une femme raconte sa relation "dégradante" avec Weinstein, mue par la peur

  • PubliĂ© le 1 fĂ©vrier 2020 Ă  08:30
  • ActualisĂ© le 1 fĂ©vrier 2020 Ă  10:17
Jessica Mann arrive au tribunal de Manhattan pour témoigner dans le procÚs d'Harvey Weinstein

Elle aurait accepté de le masser, de feindre un orgasme ou d'avoir une relation avec lui malgré un viol: une accusatrice d'Harvey Weinstein a assuré vendredi avoir été piégée par sa naïveté puis guidée par la peur, au huitiÚme jour du procÚs du producteur.

La dĂ©fense, elle, l'a prĂ©sentĂ©e comme une jeune actrice opportuniste, prĂȘte Ă  tirer le maximum de ce puissant dĂ©cideur. Jessica Mann est, avec Mimi Haleyi, la seule femme dont les accusations contre l'ancien magnat d'Hollywood aient donnĂ© lieu Ă  des poursuites Ă  New York. Les agressions sexuelles allĂ©guĂ©es par les trois autres femmes ayant tĂ©moignĂ© lors de procĂšs, Annabella Sciorra, Dawn Dunning et Tarale Wulff, n'ont pas fait l'objet d'inculpations.

Harvey Weinstein, 67 ans, nie les accusations portées contre lui et assure que ces relations étaient toutes consenties.

Originaire d'une petite ville de l'Etat du Washington, Ă©levĂ©e dans une ferme, un temps SDF, Jessica Mann, 34 ans, tranche avec les autres plaignantes. Elle est d'ailleurs la seule qui n'avait jamais entendu parler d'Harvey Weinstein lorsqu'elle le rencontre pour la premiĂšre fois, entre fin 2012 et dĂ©but 2013. Vendredi, dans le prĂ©toire, elle s'est mise Ă  pleurer avant mĂȘme d'ĂȘtre interrogĂ©e par l'assistante du procureur, Joan Illuzzi-Orbon, et son tĂ©moignage a souvent semblĂ© confus.

Elle a décrit ses premiÚres rencontres avec le producteur et le mélange de séduction, d'humiliations et de manipulation auquel l'aurait soumise Harvey Weinstein. Puis, selon elle, la relation bascule. Dans une chambre d'hÎtel de Los Angeles, elle aurait accepté de le masser. "Il me faisait me sentir stupide, en disant que ce n'était pas grand-chose", a-t-elle raconté.

- "Vous vous serviez d'Harvey" -

Plus tard, alors qu'elle est en compagnie d'une assistante du producteur, il l'attire dans une chambre et tente de l'embrasser, selon elle. Elle se dĂ©fend, rĂ©siste verbalement mais il parvient selon elle Ă  lui faire un cunnilingus. "J'ai commencĂ© Ă  feindre un orgasme pour me sortir de lĂ ", a-t-elle assurĂ©, livrant une description trĂšs crue du physique de son agresseur prĂ©sumĂ©, aux parties gĂ©nitales dĂ©formĂ©es selon elle. "J'Ă©tais paumĂ©e", a-t-elle dit sur la suite de ses rapports avec le magnat de la Weinstein Company. "J'ai dĂ©cidĂ© d'avoir une relation (suivie) avec lui (...) C'Ă©tait extrĂȘmement dĂ©gradant."

Quelques semaines plus tard, en mars 2013, alors qu'elle était désormais en couple avec un autre homme, il l'aurait piégée dans un hÎtel de Manhattan et emmenée de force dans une chambre pour la violer. Elle n'en a rien dit à personne. "J'avais peur d'Harvey", a-t-elle affirmé. "Je pensais qu'il allait faire du mal à mon pÚre." Elle dit aussi avoir voulu protéger son petit ami, un acteur "plutÎt connu" dont elle n'a pas révélé l'identité.

Avant mĂȘme le dĂ©but du procĂšs, la dĂ©fense avait produit plusieurs courriers Ă©lectroniques envoyĂ©s par Jessica Mann longtemps aprĂšs le viol prĂ©sumĂ©, dans lesquels elle reconnaissait, selon le camp Weinstein, une relation "consensuelle et intime". Ces messages Ă©taient Ă©galement dictĂ©s par la peur, a-t-elle assurĂ© vendredi.

Connue pour ses questions musclées, l'avocate d'Harvey Weinstein Donna Rotunno est revenue, lors de son contre-interrogatoire, sur cette correspondance et a poussé Jessica Mann dans ses retranchements. "Mme Mann, vous vous serviez d'Harvey Weinstein", a-t-elle lancé. "Vous lui mentiez." Donna Rotunno a également évoqué un blog, jamais publié, dans lequel Jessica Mann mentionne "un homme plus ùgé avec qui (elle avait) une relation".
"Vous l'appeliez votre petit copain à l'occasion!", a insisté l'avocate. "Vous ne parlez pas de la douleur que je ressentais", a répliqué la trentenaire, qui s'est réguliÚrement montrée confuse et imprécise.

Le contre-interrogatoire de Jessica Mann doit se poursuivre lundi.

Inculpé de cinq chefs d'accusation, Harvey Weinstein, catalyseur du mouvement #MeToo, risque la prison à perpétuité en cas de condamnation.

AFP

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