Séparés pendant 45 jours par la "tolérance zéro"

Une mĂšre et son fils racontent leur histoire

  • PubliĂ© le 20 juillet 2018 Ă  10:45
  • ActualisĂ© le 20 juillet 2018 Ă  11:09
Des enfants et des adultes ayant traversé la frontiÚre illégalement, attendent au centre de rétention McAllen au Texas, le 17 juin 2018

La voix d'Otilia Asig-Putul se brise au souvenir des 45 interminables jours pendant lesquels elle a été séparée de son fils.

Le cauchemar a commencé quand elle a traversé la frontiÚre mexicaine vers les Etats-Unis pour demander l'asile politique en pleine politique de "tolérance zéro" du gouvernement de Donald Trump sur l'immigration illégale.

Elle venait de terminer un voyage long et Ă©puisant depuis le Guatemala, accompagnĂ©e de son fils de 11 ans, qu'elle appelle "Geremy" pour protĂ©ger son identitĂ©, et d'un neveu. Otilia a laissĂ© derriĂšre elle deux autres garçons de dix et quatre ans, et une fille de six ans. Elle s'Ă©tait sĂ©parĂ©e de son mari, qui a arrĂȘtĂ© de lui donner de l'argent, et a dĂ©cidĂ© d'Ă©migrer vers les Etats-Unis pour pouvoir mieux subvenir aux besoins de ses enfants.

Elle n'a pas donnĂ© beaucoup de dĂ©tails sur le pĂ©riple lui-mĂȘme, prĂ©cisant toutefois avoir voyagĂ© avec d'autres familles, et qu'ils ont Ă©tĂ© aidĂ©s par "un type". Au poste frontiĂšre de San Luis, en Arizona, ils se sont rendus aux autoritĂ©s, le premier pas pour demander l'asile. C'Ă©tait une journĂ©e chaude de mai, dont se souviennent bien Otilia et Geremy.

L'agent de la police de l'immigration les a faits assoir dans une voiture aux fenĂȘtres fermĂ©es. "Il faisait tellement chaud", raconte la mĂšre de 31 ans Ă  l'AFP dans un entretien tĂ©lĂ©phonique. "Je ne savais pas quoi faire. Je me suis mise Ă  pleurer". Les premiĂšres larmes d'une longue sĂ©rie.

"Je n'aurais jamais imaginé ce qui allait se passer", poursuit celle qui a étudié pour devenir comptable, sinon "comment aurais-je pu mettre ainsi la vie de mon fils en danger?".

"Dites au revoir Ă  votre fils"

Otilia et Geremy sont passés de la chaleur ardente de la voiture à ce que les migrants surnomment "le congélateur": les centres de détentions des autorités fédérales, aux salles notoirement glaciales. "Ils nous ont gardés trois jours dans le froid, par terre", se souvient-elle. "Les policiers se sont moqués de nous en anglais".

Geremy garde une image particuliÚrement traumatisante de ces premiers jours de captivité: "ils ont emmené (sa mÚre) avec des chaßnes aux pieds, aux mains et à la ceinture". "Je me suis senti trÚs mal, j'ai fondu en larmes", se remémore-t-il.

Le pire fut quand un agent de l'immigration a demandĂ© Ă  Otilia de "dire au revoir Ă  votre fils". "Il s'est mis Ă  pleurer, on s'est dit au revoir". Elle a alors Ă©tĂ© envoyĂ©e au centre de dĂ©tention d'Eloy en Arizona, tandis qu'il a Ă©tĂ© emmenĂ© au nord de Chicago, Ă  3.000 kilomĂštres de sa mĂšre. "Je ne savais pas quoi faire", "est-ce qu'ils allaient m'expulser" hors des Etats-Unis, explique la jeune femme. "Comment j'allais savoir oĂč Ă©tait mon fils. J'avais trĂšs peur".

Dans le centre d'accueil de Chicago, Geremy a Ă©tĂ© agressĂ© par un adolescent de 14 ans et a souffert d'une blessure Ă  la tĂȘte nĂ©cessitant un traitement hospitalier. Le cabinet d'avocats Nexus Human Rights, qui a pris ce dossier en charge, a poursuivi le centre pour nĂ©gligence. "Mon assistante sociale me traitait mal", dĂ©nonce aussi Geremy.

Avec l'aide d'autres dĂ©tenus, Otilia a rĂ©ussi Ă  savoir oĂč son fils avait Ă©tĂ© emmenĂ© et Ă  lui parler au tĂ©lĂ©phone: "Il Ă©tait trĂšs courageux". Elle a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e un mois plus tard aprĂšs le versement d'une caution de 20.000 dollars, payĂ©s par Nexus qui la reprĂ©sente gratuitement. Cela permet Ă  Otilia de rester aux Etats-Unis le temps que sa demande d'asile soit examinĂ©e.

Nexus représente 60 des plus de 2.500 dossiers d'enfants séparés de leurs parents à la frontiÚre à partir de début mai, pendant la politique de séparation des familles, interrompue à la suite de l'indignation mondiale qu'elle a causée. Un juge fédéral de San Diego a ordonné la réunion de tous les enfants avec leurs parents d'ici le 26 juillet mais l'administration du président américain Donald Trump a indiqué avoir besoin de plus de temps. 364 réunions de familles ont eu lieu à ce jour, d'aprÚs le ministÚre de la Justice.

Geremy a finalement été remis en liberté fin juin, et sa mÚre et lui vivent depuis chez l'oncle paternel du garçonnet à Miami Beach, et son fils: le neveu avec lequel ils ont fait leur traversée. Nexus dit qu'elle ne sera pas expulsée à moins qu'un juge ne l'ordonne.

Sa priorité est à présent de trouver un travail. "J'ai laissé mes trois enfants derriÚre moi et je dois me battre pour eux".

 - © 2018 AFP

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