Covid-19

Urgence sanitaire jusqu'au 1er juin: vers un vote tiĂšde du Parlement

  • PubliĂ© le 9 fĂ©vrier 2021 Ă  10:34
  • ActualisĂ© le 9 fĂ©vrier 2021 Ă  11:22
Olivier Véran à l'Assemblée nationale le 2 février 2021

L'exceptionnel va encore durer: le Parlement s'apprĂȘte Ă  donner mardi son feu vert Ă  une prolongation de l'Ă©tat d'urgence sanitaire jusqu'au 1er juin, mais nombre de parlementaires traĂźnent des pieds, jusque dans la majoritĂ©.

- Un régime d'exception -

Créé en mars 2020 face à l'épidémie de Covid-19, l'état d'urgence sanitaire est la base notamment du couvre-feu national à 18H00. Ce régime "boßte à outils" permet aussi les mesures de restriction ou d'interdiction des déplacements, des rassemblements ou des ouvertures des établissements, sur tout ou partie du territoire, ainsi que possiblement des confinements partiels ou complets de la population.

L'exécutif n'hésitera "pas à prendre (ses) responsabilités" en cas de "dégradation forte et rapide" des indicateurs sanitaires, affirme le Premier ministre Jean Castex. Notamment face aux variants, "les prorogations successives sont une nécessité, pas un échec, pas un gadget", a insisté le secrétaire d'Etat Adrien Taquet devant les députés.

L'urgence sanitaire a Ă©tĂ© en vigueur du 23 mars au 10 juillet 2020, puis rĂ©instaurĂ©e le 17 octobre dernier. Le Parlement l'a prorogĂ©e jusqu'au 16 fĂ©vrier, d'oĂč la nĂ©cessitĂ© de ce nouveau vote.

- Sous le feu des critiques -

Tous les groupes politiques de l'Assemblée hors majorité ont annoncé un vote contre ce nouvel allongement de trois mois et demi. Du terrain, les parlementaires relayent la lassitude de la population et le ras-le-bol des restaurateurs, stations de ski ou encore des étudiants, voire les menaces de désobéissance.

Au-delĂ , droite comme gauche dĂ©noncent une "banalisation" de ce rĂ©gime particulier. "Le gouvernement doit prendre des mesures, bien sĂ»r, mais il ne doit pas nous entraĂźner dans des tunnels oĂč le Parlement ne peut se rĂ©unir et Ă©valuer l'action publique", fait valoir le dĂ©putĂ© LR Philippe Gosselin. Le SĂ©nat dominĂ© par la droite avait donnĂ© son accord, en premiĂšre lecture, pour une prorogation jusqu'au 3 mai... et prĂ©vu un vote du Parlement au bout d'un mois en cas de reconfinement, en vain.

A l'unisson des associations de dĂ©fense des libertĂ©s publiques, le communiste StĂ©phane Peu est "inquiet de l'accoutumance du gouvernement au rĂ©gime dĂ©rogatoire Ă  l'État de droit", dans lequel "la France se sera trouvĂ©e le plus clair de son temps depuis 2015" avec alors l'Ă©tat d'urgence post-attentats.

En pointe, les députés insoumis, qui ont défendu jusqu'en lecture définitive une motion de rejet préalable, s'élÚvent contre "une forme de dictature, la concentration des pleins pouvoirs entre les mains d'un homme", Emmanuel Macron, et, selon les mots de François Ruffin, "d'un Conseil de défense anonyme" qui prend les décisions stratégiques.

"Ça fait un an qu'on bride la dĂ©mocratie. Ce n'est plus possible qu'un seul, Emmanuel Macron, dĂ©cide pour tout le monde", estime aussi le patron du PS Olivier Faure.

- Le gouvernement pas l'arme au pied -

Le ministre de la Santé Olivier Véran assure comprendre la "lassitude", sa collÚgue ministre déléguée Brigitte Bourguignon la "partage pleinement". Mais M. Véran juge l'échéance du 1er juin "cohérente au regard de la dynamique de l'épidémie", le temps que "la campagne de vaccination produise pleinement ses effets".

Le ministre martĂšle aussi que seules les "mesures nĂ©cessaires et proportionnĂ©es Ă  la catastrophe sanitaire" sont prises. Et le rapporteur Jean-Pierre Pont (LREM) de juger que ceux votant contre la prolongation "s'opposent Ă  la lutte contre ce virus et Ă  la protection de la population contre ce virus" - un "chantage Ă  la responsabilitĂ©" Ă©pinglĂ© Ă  gauche comme Ă  droite. "Si nous discutons, on nous accuse d'ĂȘtre des dĂ©magogues ou des traĂźtres sanitaires Ă  la Nation", dĂ©nonce Jean-Christophe Lagarde (UDI).

Au sein mĂȘme de la majoritĂ©, quelques nuances se font entendre. Le groupe MoDem rĂ©clame "la transparence dans les rĂ©ponses et les chiffres". "Nous ne pouvons pas donner tous les trois ou quatre mois de chĂšque en blanc au gouvernement sans dĂ©battre du fond de cette stratĂ©gie sanitaire", tonne Olivier Becht, patron du groupe alliĂ© Agir, qui ne voit pas la France "traverser toute l'annĂ©e 2021 uniquement avec des mesures de confinement, de dĂ©confinement, de reconfinement ou de couvre-feu".

 AFP

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