Notre-Dame-desLandes

Veillée d'arme pour zadistes et forces de l'ordre avant les expulsions

  • PubliĂ© le 8 avril 2018 Ă  21:54
  • ActualisĂ© le 9 avril 2018 Ă  05:03
Des gendarmes bloquent l' accĂšs Ă  voie, le 8 avril 2018 Ă  Notre-Dame des-Landes (Loire-Atlantique)

Survols d'hélicoptÚres et patrouilles d'un cÎté, appels aux renforts et aux rassemblements de l'autre: gendarmes et zadistes affûtent ce week-end leurs préparatifs avant l'opération d'expulsion des occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, annoncée comme imminente, prÚs de trois mois aprÚs l'abandon du projet d'aéroport.


"C'est le calme avant la tempĂȘte", rĂ©sume Lucas, un "brasseur militant" installĂ© au coeur de la zone occupĂ©e, qui s'Ă©tend sur 1.650 hectares. Mais, "le stress commence Ă  monter" car "on sait qu'ils vont mettre le paquet". L'opĂ©ration, prĂ©vue en dĂ©but de semaine, doit mobiliser sur plusieurs jours vingt-cinq escadrons de gendarmerie mobile, soit environ 2.500 militaires. Elle prĂ©voit d'expulser toutes les personnes qui n'ont pas rĂ©gularisĂ© leur situation, en dĂ©clarant par exemple de nouveaux projets agricoles individuels.

La quasi totalité des 250 zadistes estimés sur place ne l'ont pas fait, préférant une gestion collective du territoire et la possibilité de mener des projets non agricoles.
"Tous ceux qui ne s'inscrivent pas dans le cadre de la lĂ©galitĂ© devront quitter les terrains rapidement", a rĂ©pĂ©tĂ© dimanche le Premier ministre, Édouard Philippe, dans une interview au Parisien.

De son cĂŽtĂ©, l'Acipa, la principale association d'opposants Ă  l'ex-projet d'aĂ©roport, a appelĂ© l?État "Ă  ne pas enclencher le processus des expulsions et de la violence" et Ă  privilĂ©gier "le dialogue". Si la ZAD n'est pas encore encerclĂ©e par les forces de l'ordre, plusieurs vĂ©hicules ont patrouillĂ© discrĂštement tout le week-end dans les communes alentours, pour prĂ©venir toute introduction de carburant, de matiĂšres dangereuses ou d'objets pouvant servir d'armes. Des hĂ©licoptĂšres survolent Ă©galement la zone, un scĂ©nario habituel depuis plusieurs semaines.

L'artÚre emblématique de la zone occupée, l'"ex-route des chicanes", déblayée de ses divers obstacles et remise en état aprÚs l'annonce de l'abandon de l'aéroport, restait cependant sous étroite surveillance et interdite à la circulation.

- "Revenir et reconstruire" -

En face, les occupants, eux, ont déjà prévenu: ils mÚneront une "résistance physique et déterminée". Difficile de savoir pour l'heure la forme qu'elle prendra mais "il y aura sûrement un jeu du chat et de la souris", anticipe un zadiste. Un autre évoque la préparation de cocktails molotov.

Deux grands rassemblements sont programmés dÚs 4H00 du matin lundi, suivis d'une répartition sur les différents points de blocage. Barricades, sit-ins, ravitaillement en soins et en nourriture: "chacun trouvera sa maniÚre de se joindre à la lutte", explique à l'AFP "Camille", le pseudo commun des occupants de la ZAD.

Des appels aux renforts ont été lancés... et entendus: un nombre plus important de voitures et d'occupants circulaient sur la zone dimanche. "Des gens sont arrivés de partout pour ne pas nous laisser seuls face à la police et les tractopelles", assure Camille. A l'image de la vie quotidienne sur la ZAD, chaque quartier organisera sa résistance. "Il n'y a pas un général, ni un poste de commandement, c'est en autonomie", poursuit le zadiste.

Il rĂȘve, comme beaucoup, d'une réédition du fiasco de l'"opĂ©ration CĂ©sar", du nom de la prĂ©cĂ©dente tentative d'Ă©vacuation massive du site, lancĂ©e Ă  l'automne 2012 par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, ardent dĂ©fenseur du projet d'aĂ©roport. "Ce n'est plus le mĂȘme combat. Aujourd'hui, est-ce qu'on aura tous les soutiens?", nuance un autre zadiste, en rĂ©fĂ©rence aux tensions qui auraient cours entre occupants lĂ©gitimistes et radicaux.

Des agriculteurs seront "sur place avec des tracteurs", annonce Vincent Delabouglise, membre de Copains 44, collectif d'organisations agricoles. "Le gouvernement vient mettre le feu sur un territoire oĂč les choses commençaient Ă  s'apaiser", soupire-t-il, disant "craindre le pire". "Il y aura des personnes arrĂȘtĂ©es, des habitats dĂ©truits. Mais la ZAD ne va pas ĂȘtre rasĂ©e. Les gens vont revenir et reconstruire", prĂ©vient Camille.

"Tout ça pourrait se discuter beaucoup plus tranquillement, il y a des gens qui veulent rester sur place (...)Pourquoi faire tout ça? Pourquoi cette bataille rangée?", s'est interrogé Jean-Luc Mélenchon, invité dimanche du Grand rendez-vous Europe 1/Les Echos/ CNews. "C'est vraiment de la gesticulation, c'est une diversion...", a estimé le leader de la France Insoumise, accusant le président de la République d'espérer "créer un incident là-bas", lui permettant de dire "+il y a des violences partout+... tout ça est grotesque".

Selon une source parlementaire de la majorité ayant requis l'anonymat et évoquant cette évacuation à venir, "ils (le gouvernement) sont sur l'option maximaliste".
En parallĂšle Ă  leur action sur le terrain, les occupants mĂšnent le combat sur le terrain juridique.

Dans une lettre adressĂ©e samedi Ă  Édouard Philippe, leurs avocats ont dĂ©noncĂ© des procĂ©dures d'expulsions illĂ©gales car menĂ©es "au mĂ©pris des droits (...) garantis par le code des procĂ©dures civiles d'exĂ©cution et, plus gĂ©nĂ©ralement, de l?État de droit". En cas d'expulsion, ils ont annoncĂ© leur intention d'engager des recours pour faire condamner l'État.

AFP

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