La justice allemande rend jeudi son verdict contre un ancien gardien de camp nazi de 93 ans au terme de l'un des derniers procÚs portant sur les atrocités commises sous le IIIe Reich.
Bruno Dey est accusé de complicité dans 5.230 meurtres perpétrés entre août 1944 et avril 1945, quand il était gardien au camp de concentration de Stutthof, au nord de la Pologne.
Pour le parquet, le nonagénaire, apparu tout au long des audiences en fauteuil roulant et accompagné par ses proches, a soutenu la machine d'extermination nazie. Il réclame une peine de trois ans de prison, sur la base de la législation pour mineurs car il avait entre 17 et 18 ans au moment des faits. Son avocat demande lui un non lieu.
Les juges du tribunal de Hambourg doivent annoncer leur décision vers 09H00 GMT. Lundi, l'accusé a présenté des excuses "auprÚs de ceux qui sont passés par cet enfer de folie", disant avoir réellement pris conscience, au fil des neufs mois de procÚs et de la quarantaine de témoignages, de "toute l'ampleur de la cruauté" des actes commis à Stutthof.
Au total, quelque 65.000 personnes, essentiellement des Juifs des pays baltes et de Pologne, y sont mortes, abattues d'une balle dans la nuque, gazées au Zyklon B, pendues. Ou bien elles ont succombé au froid, aux épidémies et au travail forcé.
- Culpabilité -
Ce camp, le premier Ă©tabli hors d'Allemagne en 1939, a progressivement Ă©tĂ© intĂ©grĂ© au systĂšme d'extermination des Juifs. L'accusĂ©, postĂ© sur l'un des miradors le surplombant, avait pour devoir d'empĂȘcher toute rĂ©volte ou fuite.
Cela fait-il de lui un coupable? Il affirme que non. Jamais il n'a "directement fait de mal à quelqu'un". Jamais il ne s'est "porté volontaire pour entrer dans les SS ou servir dans un camp de la mort", mais n'a pas eu d'autre choix que d'accepter son affectation, dit-il.
ConfrontĂ© Ă de tels crimes, "il ne suffit plus de dĂ©tourner les yeux et attendre que cela s'arrĂȘte", a rĂ©torquĂ© le procureur gĂ©nĂ©ral Lars Mahnke dans son rĂ©quisitoire. Il aurait ainsi pu demander Ă ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ© dans l'armĂ©e. Ce qui aurait toutefois sans doute signifiĂ© pour lui ĂȘtre envoyĂ© sur le front est.
Difficile d'attendre qu'un adolescent ose "se démarquer de la sorte" dans le contexte d'obéissance absolue exigée à l'époque, a de son cÎté avancé son avocat Stefan Waterkamp.
Il faut prendre en compte le fait que "servir dans un camp de concentration n'était à l'époque pas considéré comme un crime", a-t-il aussi argumenté.
BriÚvement prisonnier de guerre aprÚs 1945, Bruno Dey n'a pas été inquiété par la suite. Il a fait sa vie à Hambourg, fut boulanger, chauffeur de camion et concierge, a fondé une famille.
- Dernier procĂšs? -
Soixante quinze ans aprĂšs la fin de la DeuxiĂšme guerre mondiale, ce procĂšs pourrait bien ĂȘtre le dernier du genre en raison du grand Ăąge des protagonistes.
La semaine derniĂšre, le tribunal de Wuppertal avait annoncĂ© la mise en accusation d'un autre ancien gardien de Stutthof de 95 ans, lĂ aussi pour complicitĂ© de meurtres. La tenue d'un procĂšs est loin d'ĂȘtre assurĂ©e.
Une trentaine de procédures sont encore en cours, selon des médias allemands. Ces derniÚres années, l'Allemagne a jugé et condamné plusieurs anciens SS et élargi aux gardiens de camps le chef d'accusation de complicité de meurtre, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée trÚs tardive par les victimes, de sa justice.
Le cas le plus emblématique a été la condamnation à 5 ans de prison de l'ancien gardien du camp d'extermination de Sobibor John Demjanjuk en 2011. Il est décédé l'année suivante.
Il est peu probable que Bruno Dey soit envoyé en prison. Mais pour l'accusation, il est primordial que sa culpabilité soit reconnue. "Que ce soit indirectement ou directement, il a participé à un meurtre. C'est un criminel", a jugé Marek Dunin-Wasowicz, un survivant et co-plaignant dans un entretien à l'AFP.
AFP


