Le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) rend mardi son jugement dans le procÚs de quatre hommes accusés d'avoir participé en 2005 à l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, deux semaines aprÚs l'explosion du 4 août qui a ravagé Beyrouth. Ce tribunal basé aux Pays-Bas avait reporté la lecture du verdict, initialement prévue le 7 août, "par respect pour les innombrables victimes" de l'explosion dévastatrice trois jours plus tÎt au port de la capitale libanaise, qui a fait au moins 177 morts et plus de 6.500 blessés.
Les juges du TSL prononceront leur décision en l'absence des suspects, tous membres présumés du mouvement chiite Hezbollah, plus de 15 ans aprÚs l'attentat dans le centre de Beyrouth qui avait causé la mort de Rafic Hariri et de 21 autres personnes. Aucun des accusés n'ayant été remis au tribunal, ils sont jugés par contumace.
Selon son équipe, Saad Hariri, fils de Rafic Hariri et également ancien Premier ministre libanais, assistera à l'annonce du verdict prévue à 11H00 (09H00 GMT) à Leidschendam, prÚs de La Haye.
Dans un communiqué fin juillet, il a déclaré espérer que la lecture du jugement "sera un jour de vérité et de justice pour le Liban", affirmant qu'il n'a "jamais perdu espoir dans la justice internationale".
- "Haussement d'épaules" -
Rafic Hariri, Premier ministre jusqu'à sa démission en octobre 2004, a été tué en février 2005, lorsqu'un kamikaze a fait sauter une camionnette remplie d'explosifs au passage de son convoi blindé sur le front de mer de Beyrouth, faisant 226 blessés.
Sa mort, dans laquelle quatre gĂ©nĂ©raux libanais prosyriens ont Ă©tĂ© dans un premier temps accusĂ©s d'ĂȘtre impliquĂ©s, avait dĂ©clenchĂ© Ă l'Ă©poque une vague de manifestations, entraĂźnant le retrait des troupes syriennes aprĂšs prĂšs de 30 ans de prĂ©sence au Liban.
Au cours du procÚs, l'accusation a martelé que l'assassinat de Rafic Hariri "avait un but politique", arguant que le milliardaire sunnite "était perçu comme une grave menace par les prosyriens et pro-Hezbollah". Le Hezbollah, allié du régime syrien et de l'Iran, a rejeté toute responsabilité et a déclaré ne pas reconnaßtre le TSL.
Mis en place suite à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, le tribunal "a été trÚs largement contesté", les Libanais restant "profondément divisés" à son sujet, selon Karim Bitar, professeur en relations internationales à Paris et Beyrouth. Mais ils "ont tellement d'autres problÚmes qu'ils ont tendance à regarder ça avec un haussement d'épaules, à l'exception de ceux qui sont directement concernés", avait-il expliqué à l'AFP quelques jours avant la double déflagration sur le port de Beyrouth.
Des milliers d'habitants ont manifesté leur colÚre contre les autorités aprÚs cette explosion déclenchée par un incendie dans un entrepÎt abritant depuis six ans quelque 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium. La catastrophe a entraßné la démission du gouvernement libanais, alors que le pays est plongé depuis des mois dans une trÚs grave crise économique.
- Possible appel -
S'ils sont reconnus coupables, les quatre accusĂ©s dans l'assassinat de Rafic Hariri risquent la prison Ă perpĂ©tuitĂ©, bien que les peines seront prononcĂ©es Ă une date ultĂ©rieure. L'accusation et la dĂ©fense peuvent tous deux faire appel du jugement. Le principal suspect dans l'affaire, Salim Ayyash, 56 ans, est accusĂ© d'"homicide intentionnel" et d'avoir Ă©tĂ© Ă la tĂȘte de l'Ă©quipe qui a menĂ© l'attaque.
Deux autres hommes, Hussein Oneissi, 46 ans, et Assad Sabra, 43 ans, sont notamment poursuivis pour avoir enregistré une fausse cassette vidéo qui revendiquait le crime au nom d'un groupe fictif.
Le dernier suspect, Hassan Habib Merhi, 54 ans, fait également face à plusieurs chefs d'accusation, tels que complicité de perpétration d'un acte de terrorisme et complot en vue de commettre cet acte.
Moustafa Badreddine, le principal suspect dĂ©crit comme le "cerveau" de l'attentat par les enquĂȘteurs, est mort depuis et n'a donc pas Ă©tĂ© jugĂ©.
L'année derniÚre, le TSL a ouvert une affaire distincte en accusant l'un des suspects, Salim Ayyash, de trois autres attentats contre des hommes politiques en 2004 et 2005.
AFP


