Bien-ĂȘtre animal

Vers la fin des fauves sous les chapiteaux de cirque?

  • PubliĂ© le 28 septembre 2020 Ă  19:47
  • ActualisĂ© le 28 septembre 2020 Ă  21:12
Le dompteur Oleg Balutel sous le chapiteau du cirque Medrano, Ă  Lyon le 16 octobre 2016

BientĂŽt la fin des fauves dans les cirques, des delphinariums ou des Ă©levages de visons ? Alors que la question du bien-ĂȘtre animal s'est installĂ©e dans le dĂ©bat public, Barbara Pompili devrait faire rapidement des annonces sur ce sujet inflammable.

Un plan gouvernemental était attendu il y a un an, aprÚs déjà plusieurs mois de concertation. Mais depuis, rien, au grand dam des associations de défense des animaux.

Arrivée au ministÚre de la Transition écologique en début d'été, Barbara Pompili a hérité de ce dossier qui pourrait se traduire dans les urnes, aprÚs que le "parti animaliste" a recueilli prÚs d'un demi-million de voix aux Européennes de mai 2019.

La pétition pour un "référendum pour les animaux", demandant l'interdiction des spectacles d'animaux sauvages, de la chasse ou courre ou de l'élevage pour la fourrure, a été signée par plus de 750.000 internautes et obtenu le soutien de 141 parlementaires (il faudrait 4,7 millions de signataires et 185 parlementaires pour organiser le scrutin).

DĂ©but octobre, une proposition de loi du groupe Écologie dĂ©mocratie solidaritĂ© (EDS) reprenant une bonne partie de ce "rĂ©fĂ©rendum" doit ĂȘtre examinĂ©e Ă  l'AssemblĂ©e. Et des dĂ©putĂ©s LREM ont dĂ©posĂ© en juillet leur proposition de loi dĂ©diĂ©e au bien-ĂȘtre animal.

- "500 fauves en France" -

Mme Pompili --dont le ministÚre n'est responsable que de la faune sauvage-- a reçu la semaine derniÚre des représentants de secteurs concernés pour des concertations, mais ses possibles annonces inquiÚtent déjà.

La filiÚre de la fourrure française a dénoncé une "décision sans précédent (qui) sacrifie un secteur économique pour satisfaire aux revendications de la minorité agissante animaliste" et annoncé son intention de contester en justice une éventuelle interdiction de l'élevage de visons, qui menacerait selon elle 2.500 emplois.

Autre secteur, trÚs symbolique, les cirques, alors que plus d'une vingtaine de pays européens y ont déjà limité ou interdit la présentation d'animaux, comme prÚs d'une centaine de communes en France.

"Nous avons peur pour nos animaux, nous lui (Mme Pompili) avons dit qu'ils allaient mourir," lance William Kerwich, président du syndicat des capacitaires d'animaux de cirque et de spectacle. "Il y a presque 500 fauves en France, qu'est-ce qu'on va en faire? Qui va s'en occuper? Nous, nous avons les diplÎmes pour".

Pour lui, la ministre rĂ©pond Ă  des motivations politiques et "a besoin de faire des annonces rapidement", face Ă  la montĂ©e des "Ă©colos, qui ont gagnĂ© les municipales". "Nous comprenons bien qu'il y a une question sociĂ©tale, mais lĂ  on n'est pas dans le bien-ĂȘtre animal. Il nous faut des garanties, elle s'est dit prĂȘte Ă  nous aider, mais n'a pas parlĂ© de reconversion" pour les quelque 60 cirques animaliers.

- "Et la corrida?" -

"Ca a des conséquences pour des gens dont le travail avec les animaux est la vie depuis parfois sept ou huit générations," renchérit Cyrille Emery, délégué général de l'Association de défense des cirques de famille.

"Nous ne disons pas qu'il n'y a pas de question et nous souhaitons un accord", assure-t-il. Tout en craignant lui aussi que l'aspect politique prenne le dessus, pour satisfaire "des groupuscules qui disent que tout doit ĂȘtre arrĂȘtĂ©".

Matthieu Orphelin, chef de file des députés EDS, revendique en tout cas d'avoir "forcé le gouvernement à bouger". Et attend de la ministre "des engagements, avec des perspectives et des dates claires et un accompagnement des acteurs".

Au ministĂšre, on explique que Barbara Pompili mĂšne justement les discussions "avec Ă  chaque fois la volontĂ© de mettre en place des plans de transformation (pour les filiĂšres) et le souci du bien-ĂȘtre animal".

Pas de quoi rassurer les tenants du cirque "traditionnel", qui revendiquent quelque 14 millions de spectateurs annuels, contre un million pour le cirque "contemporain", sans animaux.

William Kerwich assure que son syndicat contestera en justice toute interdiction et se concerte dĂ©jĂ  avec les chasseurs, dont Mme Pompili est une bĂȘte-noire, pour d?Ă©ventuelles protestations.

Cyrille Emery, lui, s'interroge. "Pourquoi le cirque devient si urgent, plus que la corrida par exemple?"

AFP

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