La procureure de la Cour pĂ©nale internationale Fatou Bensouda a annoncĂ© vendredi qu'elle voulait ouvrir une enquĂȘte complĂšte sur d'Ă©ventuels "crimes de guerre" dans les territoires palestiniens, sans toutefois dĂ©signer leurs auteurs, mais suscitant l'ire d'IsraĂ«l.
Cette dĂ©cision de Mme Bensouda "a transformĂ© la CPI en outil politique pour dĂ©lĂ©gitimer l?Ătat d'IsraĂ«l", a en effet aussitĂŽt rĂ©agi le Premier ministre israĂ©lien Benjamin Netanyahu, parlant d'un "jour sombre pour la vĂ©ritĂ© et la justice"
Les Palestiniens se sont en revanche félicités des déclarations de la procureure de la CPI, créée en 2002 pour juger des pires atrocités commises dans le monde et dont le siÚge est à La Haye. "L'Etat de Palestine salue cette étape", qui aurait dû intervenir "il y a longtemps", "aprÚs prÚs de cinq années longues et difficiles d'examen préliminaire", a déclaré le ministÚre palestinien des Affaires étrangÚres.
Fatou Bensouda a ouvert une enquĂȘte prĂ©liminaire en janvier 2015 sur des allĂ©gations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanitĂ© en IsraĂ«l et dans les territoires palestiniens, dans le sillage de la guerre Ă Gaza en 2014.
Ce conflit avait fait 2.251 morts chez les Palestiniens, en majoritĂ© des civils, et 74 du cĂŽtĂ© israĂ©lien, essentiellement des militaires. Une enquĂȘte complĂšte pourrait aboutir Ă l'inculpation de certaines personnes, mais pas d'Ătats. "Je suis convaincue qu'il existe une base raisonnable justifiant l'ouverture d'une enquĂȘte" sur la situation dans les territoires palestiniens et que "des crimes de guerre ont Ă©tĂ© commis ou sont en train de l'ĂȘtre en Cisjordanie, notamment Ă JĂ©rusalem-Est, et dans la bande de Gaza", a dĂ©clarĂ© vendredi la procureure de la CPI dans un communiquĂ©.
- Quelle compétence ? -
Mme Bensouda a toutefois rĂ©clamĂ© Ă la CPI d'auparavant "se prononcer quant Ă la portĂ©e de la compĂ©tence territoriale de la Cour pĂ©nale internationale dans la situation en Palestine". "En particulier, je lui ai demandĂ© de se prononcer quant au 'territoire' sur lequel la Cour peut exercer sa compĂ©tence, et qui peut faire l'objet d?une enquĂȘte, Ă savoir s'il comprend la Cisjordanie, notamment JĂ©rusalem-Est, et Gaza", a-t-elle poursuivi, estimant qu'il est "impĂ©ratif que "les juges se prononcent sur la question du territoire sur lequel je peux enquĂȘter avant mĂȘme que je ne commence l'enquĂȘte".
"Les juges doivent trancher cette question fondamentale dÚs à présent, le plus rapidement possible", a-t-elle souhaité. Israël n'est pas membre de la CPI, alors que les Palestiniens l'ont rejointe en 2015.
- Une question sensible -
L'Ă©ventualitĂ© d'une telle enquĂȘte est un sujet particuliĂšrement sensible. En 2018, John Bolton, alors conseiller en sĂ©curitĂ© nationale de la Maison Blanche, avait menacĂ© de faire arrĂȘter les juges de la Cour pĂ©nale internationale s'ils agissaient contre IsraĂ«l et les Ătats-Unis, qui n'en font pas non plus partie.
Dans un autre dossier, la procureure de la CPI avait réaffirmé au début du mois qu'il n'y avait pas matiÚre à poursuivre Israël pour le raid meurtrier contre une flottille humanitaire à destination de Gaza en mai 2010, alors que ce tribunal international lui avait ordonné, pour la deuxiÚme fois, de réexaminer la nécessité ou non de le faire.
Ces bateaux affrétés par une ONG turque avaient été arraisonnés dans les eaux internationales par un commando israélien tandis qu'ils tentaient de rallier Gaza, sous blocus israélien. Neuf Turcs qui se trouvaient à bord du Mavi Marmara avaient été tués dans l'assaut. Un dixiÚme était mort plus tard de ses blessures
Fatou Bensouda, qui doit quitter en 2021 ses fonctions à la CPI, essuie depuis plusieurs mois des critiques aprÚs l'échec de plusieurs affaires qu'elle supervise.
Plusieurs suspects trÚs médiatisés ont été libérés, dont l'ancien dirigeant ivoirien Laurent Gbagbo plus tÎt cette année.
AFP


