Le chef de l?Ătat sortant Paul Kagame, qui dirige le Rwanda d'une main de fer depuis 23 ans, a obtenu une victoire Ă©crasante Ă l'Ă©lection prĂ©sidentielle, en Ă©tant réélu avec plus de 98% des voix, selon des rĂ©sultats partiels divulguĂ©s samedi.
La Commission Ă©lectorale (NEC) a publiĂ© dans la nuit des rĂ©sultats portant sur 80% des bulletins dĂ©pouillĂ©s, qui donnent M. Kagame trĂšs largement en tĂȘte avec 98,66% des suffrages exprimĂ©s, ses deux adversaires recueillant chacun moins de 1%.
La NEC estime que 97% des 6,9 millions d'électeurs inscrits ont voté. Selon ces résultats partiels, l'indépendant Philippe Mpayimana obtient 0,72% des suffrages exprimés, et Frank Habineza, leader du Parti démocratique vert, le seul parti d'opposition au Rwanda, recueille 0,45% des voix.
"Nous pensons qu'Ă ce niveau, nous aurons les mĂȘmes rĂ©sultats demain (samedi matin, ndlr). Il n'y aura pas de changement aprĂšs que nous ayons comptĂ© 100% des votes", a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident de la NEC, Kalisa Mbanda.
DĂšs le dĂ©but de la soirĂ©e, alors que le scrutin s'Ă©tait dĂ©roulĂ© dans le calme vendredi, plusieurs centaines de personnes se sont rĂ©unies Ă Kigali devant un Ă©cran gĂ©ant installĂ© dans un gymnase proche du stade national, pour fĂȘter la victoire attendue de M. Kagame.
- 'Un homme exceptionnel' -
"Nous fĂȘtons Paul Kagame", a lancĂ© un jeune homme dansant au rythme d'une musique pop assourdissante. "Un bon rĂ©sultat c?est le FPR de Paul Kagame, mais on est confiant, il va gagner", a confiĂ© un autre, Bruce Iraguha, 22 ans.
Avant mĂȘme le scrutin, une large victoire de M. Kagame, 59 ans, un visionnaire pour les uns, un despote pour les autres, qui briguait un troisiĂšme mandat de sept ans, Ă©tait attendue.
Ses deux adversaires étaient passés quasiment inaperçus dans une campagne phagocytée par le Front patriotique rwandais (FPR), parti contrÎlant toutes les sphÚres de la société de ce petit pays de la région des Grands Lacs.
Paul Kagame "a libĂ©rĂ© le pays, il a stabilisĂ© le pays, et maintenant on peut marcher dans tout le pays nuit et jour sans problĂšme", a expliquĂ© Jean-Baptiste Rutayisire, un entrepreneur de 54 ans, qui a votĂ© dans le mĂȘme bureau du centre de Kigali que le prĂ©sident.
"Il a fait beaucoup pour le pays et il continue (...), c'est un homme exceptionnel", a-t-il ajouté, en avouant ne pas connaßtre MM. Mpayimana et Habineza. Conscient de n'avoir quasiment aucune chance de l'emporter, M. Habineza s'était cependant réjoui que pour "la premiÚre fois depuis 23 ans un parti d'opposition se trouve sur les bulletins de vote", dans un entretien téléphonique vendredi avec l'AFP. Dans le Rwanda post-génocide, seuls des candidats indépendants ou alliés à M. Kagame avaient jusque-là pu se présenter à l'élection présidentielle.
- Opposition de 'façade' -
En amont du scrutin, MM. Habineza et Mpayimana s'étaient plaints de nombreuses difficultés, dont le peu de temps à leur disposition pour lever des fonds et faire campagne.
Lors d'un rĂ©cent meeting, M. Habineza avait assurĂ© Ă l'AFP que placarder les couleurs de son parti avait Ă©tĂ© un vrai dĂ©fi: "On nous a dit qu'on ne pouvait pas mettre nos drapeaux lĂ oĂč le FPR avait mis les siens, mais malheureusement le FPR a mis les siens partout!".
La victoire de M. Kagame ne semblait faire aucun doute depuis le plébiscite par référendum en décembre 2015 - 98% des voix - d'une modification de la Constitution, critiquée par les observateurs, lui permettant de briguer un nouveau mandat de 7 ans et potentiellement de diriger le pays jusqu'en 2034.
Paul Kagame est l'homme fort du Rwanda depuis que le FPR a renversé en juillet 1994 le gouvernement extrémiste hutu ayant déclenché un génocide qui a fait 800.000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement parmi la minorité tutsi.
Il a d'abord Ă©tĂ© vice-prĂ©sident et ministre de la DĂ©fense, dirigeant de facto le pays, avant d'ĂȘtre Ă©lu prĂ©sident en 2000 par le Parlement. En 2003 et 2010, il a Ă©tĂ© reconduit au suffrage universel avec plus de 90% des voix. M. Kagame est crĂ©ditĂ© du spectaculaire dĂ©veloppement, principalement Ă©conomique, d'un pays exsangue au sortir du gĂ©nocide. Mais il est aussi accusĂ© de bafouer la libertĂ© d?expression et de rĂ©primer toute opposition.
De nombreuses voix critiques ont été emprisonnées, forcées à l'exil et pour certaines assassinées. Des observateurs assurent que les candidatures de MM. Habineza et Mpayimana ne sont qu'une "façade" à destination de la communauté internationale.
Selon Robert Mugabe, un des rares journalistes rwandais ouvertement critiques, "il n'y a pas d'élection au Rwanda, juste un couronnement".
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AFP




