Jusqu'au 20 juin prochain

Villas, millions et paradis fiscaux: les époux Balkany au tribunal

  • PubliĂ© le 13 mai 2019 Ă  06:01
  • ActualisĂ© le 13 mai 2019 Ă  06:28
Patrick et Isabelle Balkany, le 3 décembre 2015 lors d'un meeting LR à Rueil Malmaison

Soupçonnés d'avoir dissimulé plus de 13 millions d'euros d'avoirs au fisc, en particulier deux luxueuses villas au Maroc et dans les Caraïbes, les édiles de Levallois-Perret Patrick et Isabelle Balkany sont jugés à partir de lundi à Paris, notamment pour fraude fiscale et blanchiment.

Le tonitruant maire LR de cette riche commune de l'ouest parisien et son épouse, premiÚre adjointe, doivent comparaßtre pendant six semaines, jusqu'au 20 juin, devant la 32e chambre correctionnelle. Une incertitude plane toutefois sur l'état de santé d'Isabelle Balkany, hospitalisée le 1er mai aprÚs avoir absorbé des médicaments. Elle venait de dire sur Facebook sa lassitude devant une "instruction exclusivement à charge". Interrogé dimanche par l'AFP, son avocat s'est refusé à tout commentaire.

Les juges d'instruction avaient dĂ©butĂ© leur enquĂȘte en 2013 aprĂšs des rĂ©vĂ©lations de Didier Schuller, un ancien alliĂ© du couple. Ils accusent aujourd'hui les Balkany de "blanchiment Ă  grande Ă©chelle" entre 2007 et 2014: d'avoir dissimulĂ© au fisc des revenus et un patrimoine "occultes" Ă  hauteur "au minimum" de 13 millions d'euros, en particulier deux propriĂ©tĂ©s cachĂ©es derriĂšre d'exotiques montages financiers.

La premiÚre, la villa Pamplemousse, acquise en 1997 par une société constituée au Liechtenstein par une fiduciaire suisse, est sise à Saint-Martin, aux Antilles. Isabelle Balkany, 71 ans, a fini par reconnaßtre qu'elle en était propriétaire, expliquant l'avoir achetée avec l'argent d'un héritage. Son époux, 70 ans, en est officiellement bénéficiaire depuis 2004.

La seconde propriété, la villa Dar Gyucy de Marrakech, est détenue depuis 2010 par une SCI marocaine propriété d'une société panaméenne, Hayridge. Cette derniÚre est au nom de Jean-Pierre Aubry, l'homme de confiance de Patrick Balkany à Levallois.

Les Balkany, habituĂ©s des lieux, ont constamment niĂ© en ĂȘtre propriĂ©taires. Mais les juges sont formels: ils sont les "seuls bĂ©nĂ©ficiaires" du riad, oĂč des peignoirs brodĂ©s aux initiales "PB" ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s. Surtout, les enquĂȘteurs ont fini par Ă©tablir que le prix de vente officiel de la villa, 2,75 millions d'euros, avait Ă©tĂ© payĂ© par l'homme d'affaires saoudien Mohamed Al Jaber au moment oĂč celui-ci nĂ©gociait un super-projet immobilier Ă  Levallois, ce qui constituerait donc un acte de corruption.

Par ailleurs, 2,5 millions d'euros de "dessous de table" ont Ă©tĂ© rĂ©glĂ©s via le compte singapourien d'une autre sociĂ©tĂ© panamĂ©enne. Cet argent provient selon les enquĂȘteurs d'une commission versĂ©e Ă  Patrick Balkany par un industriel belge, George Forrest, contre son aide pour un contrat minier en Namibie. Ce que rĂ©fute M. Balkany.

- "Manquement fiscal" -

Les investigations sont remontĂ©es bien au-delĂ  de la pĂ©riode 2007-2014 qu'elles ciblent, sans pouvoir retracer l'origine de tous les fonds. Les juges estiment que Patrick Balkany a Ă©tĂ© "Ă  la tĂȘte d'un vĂ©ritable rĂ©seau de sociĂ©tĂ©s offshore" mis en place dĂšs la fin des annĂ©es 1980, quand son ancien compĂšre Didier Schuller dĂ©posait en Suisse des fonds occultes du BTP destinĂ©s Ă  financer le RPR. En 2016, le baron de la droite avait fini par admettre avoir dĂ©tenu des avoirs non-dĂ©clarĂ©s en Suisse, un hĂ©ritage selon lui.

L'enquĂȘte a aussi mis au jour les fortes sommes en liquide utilisĂ©es par le couple, notamment plus de 87.000 euros payĂ©s dans une agence de voyages. La justice a saisi le riad, le produit de la vente de la villa Pamplemousse et le moulin de Giverny, oĂč rĂ©sident les Balkany en Normandie.

Le couple comparaĂźtra notamment pour "fraude fiscale" et "blanchiment aggravĂ© de fraude fiscale aggravĂ©e", et Patrick Balkany pour "corruption passive" et "prise illĂ©gale d'intĂ©rĂȘts".

Dans son message Facebook, Isabelle Balkany a évoqué "un manquement fiscal qui n'a, certes, aucune excuse, mais qui a, du moins, des +explications+ familiales".

Le Saoudien Al Jaber devra répondre de "corruption active". Seront également jugés Jean-Pierre Aubry et l'ancien avocat Arnaud Claude pour leur "rÎle central" dans le montage autour du riad de Marrakech. Enfin, le fils Balkany, Alexandre, comparaßtra pour avoir cherché à "couvrir" ses parents en signant des baux de location fictifs pour cette villa.

L'Etat, le fisc et les associations anticorruption Sherpa et Anticor occuperont les bancs des parties civiles.

- © 2019 AFP

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