Actualités du monde

Viol de Zouhoura: vent de protestation au Tchad avant la présidentielle

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2016 Ă  23:46
Le président tchadien Idriss Deby à Khartoum le 2 juin 2015

Le viol d'une jeune Tchadienne par des fils de dignitaires puis la mort de deux manifestants qui dénonçaient ce crime cristallisent depuis une semaine le mécontentement des lycéens au Tchad, un des pays les plus pauvres au monde et dont le président, au pouvoir depuis 26 ans, se présente le 10 avril pour un 5e mandat.


Le mouvement de contestation a dĂ©butĂ© le 15 fĂ©vrier, lorsque plusieurs centaines de jeunes ont manifestĂ© Ă  N'Djamena aprĂšs le viol de Zouhoura deux jours auparavant, avant d'ĂȘtre violemment dispersĂ©s par la police anti-Ă©meute. Un des protestataires, Abbachou Hassan Ousmane, 17 ans, a Ă©tĂ© tuĂ© par balle par la police pendant la dispersion.
Lundi, ce sont les lycĂ©ens de Faya Largeau, dans l'extrĂȘme-nord, qui ont manifestĂ©: un d'eux a Ă©tĂ© tuĂ© par balle et cinq blessĂ©s par des militaires qui les ont dispersĂ©s, selon une source hospitaliĂšre.
Les cinq violeurs prĂ©sumĂ©s, dont trois enfants de gĂ©nĂ©raux, qui avaient postĂ© sur les rĂ©seaux sociaux des photos de la jeune fille nue et en larmes, ont Ă©tĂ© depuis arrĂȘtĂ©s mais la colĂšre n'a pas quittĂ© les jeunes Tchadiens. Quatre complices prĂ©sumĂ©s, dont un fils du ministre des Affaires Ă©trangĂšres, ont Ă©galement Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s.
Le mouvement de contestation des lycéens s'est propagé dans d'autres villes, notamment à Moundou, capitale économique et deuxiÚme ville du pays, à Massaguet, à 80 km de N'Djamena, et lundi à Faya Largeau.
- 'Nous demandons la justice' -
Dix-sept lycĂ©ens arrĂȘtĂ©s pour avoir manifestĂ© vendredi Ă  Massaguet Ă©taient toujours dĂ©tenus lundi, selon la Convention tchadienne pour la dĂ©fense des droits de l'Homme (CTDDH), "prĂ©occupĂ©e par l'arrestation gratuite et arbitraire de 17 Ă©lĂšves ayant manifestĂ© leur mĂ©contentement contre l'acte abject posĂ© par les rejetons des hauts responsables du pouvoir et l'assassinat du jeune Abbachou".
Le marché de Massaguet a été incendié à la suite de cette manifestation. Selon la police, ce sont les élÚves qui, en mettant le feu à deux boutiques, ont provoqué l'incendie du marché.
Dans la capitale, les Ă©lĂšves des deux grands lycĂ©es n'ont pas repris les cours lundi, a constatĂ© l'AFP. Ils avaient fait de mĂȘme vendredi, aprĂšs avoir Ă©tĂ© empĂȘchĂ©s de manifester la veille par la police qui les avait dispersĂ©s Ă  l'aide de gaz lacrymogĂšne.
Selon le site journaldutchad.com, les auteurs présumés du viol ont été transférés dans la prison de Haute sécurité de Koro Toro, située en plein désert, dans le nord tchadien.
"Ce qu'a subi la petite Zouhoura est un acte barbare, ignoble, d'un autre ùge. Nous demandons la justice, une justice exemplaire. Je suis choquée, ça ne doit pas rester impuni", a déclaré lundi à l'AFP la présidente des femmes juristes, ThérÚse Mekombe.
- AccÚs à Facebook coupé -
Face à cette vague de protestation, le régime sécuritaire du président Idriss Deby Itno, qui laisse trÚs peu d'espace à l'opposition, a coupé l?accÚs à certains réseaux sociaux, notamment Facebook, sur lesquels les contestataires s'exprimaient avec virulence, a constaté l'AFP.
A l'approche de la prĂ©sidentielle du 10 avril, la sociĂ©tĂ© civile a aussitĂŽt embrayĂ© pour demander le dĂ©part du prĂ©sident Deby, en lançant vendredi la plate-forme "Ça suffit".
"Cette plate-forme à pour objectif de revendiquer le départ de Deby. Le peuple tchadien ne peut pas encore supporter cinq ans de plus, ça suffit, il doit partir", a déclaré son porte-parole Younous Ibedou à l'AFP.
Lundi soir, le ministĂšre de la SĂ©curitĂ© a pris un arrĂȘtĂ© interdisant une manifestation de l'opposition politique dans N'Djamena, prĂ©vue mardi.
Cependant, selon le site tchadinfos.com, un recueil "PoĂšmes pour Zouhoura", Ă©crit en trois jours par des jeunes filles et garçons, vient d'ĂȘtre publiĂ©. Il est dĂ©diĂ© "Ă  la mĂ©moire de feu Abachou Hassan qui a insufflĂ© son Ăąme en martyr, Ă  celles et ceux qui luttent contre les violences faites aux femmes, Ă  tous les militants des droits des filles et femmes et Ă  Zouhoura, victime de viol sexuel collectif".

Par Hervé LIONNET - © 2016 AFP
guest
0 Commentaires