Les scènes de "chaos" en France qui ont émaillé la journée de mobilisation samedi contre la "vie chère" ont frappé de stupeur les médias internationaux, pour qui ces violences signent le crépuscule du macronisme et installent le duel entre les extrêmes à six mois de la présidentielle.
En parallèle, certains responsables internationaux, à l'instar du président américain Donald Trump, n'hésitent pas à dresser un lien avec l'immigration.
Photos et vidéos de pillages et d'affrontements avec les forces de l'ordre, de la mairie de la ville de Limoges ravagée par les flammes : les images des "plus grandes émeutes depuis des années", comme les qualifie le New York Times, sont largement relayées.
"Les manifestations dégénèrent souvent en chaos en marge des cortèges et se transforment en affrontements avec la police en France", pointe le Financial Times. Mais, cette fois, "le niveau de pillages et de violence inquiète".
Pour le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, ce "chaos qui, en ce 17 octobre 2026, a surtout gagné les grandes villes du pays (...) restera sans doute une césure, un signal" et "le gouvernement y a aussi sa part de responsabilité".
Malgré des marges de manoeuvre étranglées par la situation financière du pays, nombre de publications pointent le "manque d'empathie" d'un exécutif qui n'a pas su répondre aux attentes des lycéens, mobilisés depuis un mois pour de meilleures conditions d'enseignement, ni aux inquiétudes des Français face au coût de la vie.
Pour CNN, "les manifestations sont devenues le symbole d'une colère intergénérationnelle, longtemps contenue" et restée "sans réponse".
"Les signaux d'alarme retentissaient depuis longtemps, mais Macron a préféré s'ingérer dans les affaires d'autres pays plutôt que de s'occuper de ce qui se passait chez lui, il avait peur", raille pour sa part une présentatrice vedette de la télévision publique israélienne Kan TV.
- "Acte de décès du macronisme" -
Les manifestations et leurs débordements consacrent aussi la fin de règne d'Emmanuel Macron, qui ne peut pas se représenter "après une décennie au pouvoir qui a fini par être définie par la crise politique et la stagnation économique", rappelle le New York Times. Un "crépuscule sans fin", tacle le quotidien suisse Le Temps.
Pour le quotidien espagnol El Pais, le 17 octobre "a signé l'acte de décès du macronisme" et "la disparition d'une idée politique qui entendait instaurer une centralité idéologique et contenir la montée des extrêmes".
Au lieu de cela, le duel entre la candidate de l'extrême droite Marine Le Pen et le dirigeant de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, tous deux en tête des sondages au premier tour de la présidentielle, s'installe un peu plus.
Dans un pays "plus fracturé que jamais", "l'extrême droite (...) se trouve aux portes de l'Élysée pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale", écrit El Pais.
"Ces déchaînements de violence ne profitent qu'aux partis extrémistes", abonde le Süddeutsche Zeitung, selon qui "Jean-Luc Mélenchon estime avoir les meilleures chances si le pays est polarisé au maximum. De son côté, l'extrême droite de Marine Le Pen profite aussi de cette situation".
- "Ils n'ont pas écouté" -
Certains dirigeants étrangers n'ont par ailleurs pas manqué de s'emparer des violences en France.
Le vice-président américain JD Vance a estimé samedi que l'immigration en était la cause et a accusé l'opposition démocrate de vouloir le même "avenir" pour les États-Unis, à deux semaines d'élections législatives mal engagées pour le Parti républicain.
"Les progressistes occidentaux ont importé le tiers-monde en France et d'autres pays au nom de la diversité et de la compassion. Ils ont négligé les questions fondamentales d'assimilation et de compatibilité. On leur a dit que cela finirait comme cela et ils n'ont pas écouté", a-t-il écrit sur X.
"La France brûle ! L'immigration de personnes issues d'un monde totalement différent, des personnes qui ont la haine au cœur, a brisé ce pays autrefois grand", a renchéri dimanche Donald Trump, "fermez vos frontières et reprenez le contrôle, avant qu'il ne soit trop tard !".
Même tonalité pour le Premier ministre hongrois Peter Magyar, pour qui "à la lumière de cette destruction insensée et de cette violence injustifiable, il est désormais peut-être clair pour tout le monde pourquoi la Hongrie préconise les mesures les plus strictes possibles en matière de migrations".
"Voici ce qui attend l'Europe avec l'islamo-gauchisme", veut croire sur X le chef du parti d'extrême droite espagnol Vox Santiago Abascal, évoquant "des barbares". En Italie, le patron de la Ligue antimigrants et vice-Premier ministre Matteo Salvini considère lui aussi que "l'axe du mal qui unit extrémistes de gauche et fanatiques islamiques est le danger numéro un à affronter et à vaincre".
AFP
