"Je ne suis pas ronde, je suis grosse, et il n'y a pas de honte à cela" : avec ses tenues de pin-up, ses poses impertinentes et sa parole libérée, l'influenceuse mode Virginie Grossat captive des dizaines de milliers d'internautes.
La Lyonnaise de 32 ans, taille 54, adore arborer des vĂȘtements colorĂ©s, moulants et volontiers kitsch. "J'aime beaucoup exacerber ma fĂ©minitĂ©, marquer ma taille, l'extravagance qui frĂŽle le mauvais goĂ»t", explique-t-elle en prĂ©parant "ses petits looks" dans sa chambre tapissĂ©e d'arabesques roses.
Ses propos sans ambages sĂ©duisent. "Je ris trĂšs fort, je suis maladroite, j'ai un fessier plus imposant que ceux de Nicki et Kim rĂ©unis, j'ai des yeux effrayants, mes cuisses se frottent (...)", Ă©crit-elle sur son blog. "L'obĂ©sitĂ©, chacun la vit diffĂ©remment. Il y a des gens qui, avec mon poids et ma taille, pourraient ĂȘtre alitĂ©s. On est tous diffĂ©rents", souligne Ă l'AFP Virginie, 24.000 abonnĂ©s sur Instagram et 280.000 sur TikTok.
- "Ose et brille" -
En coulisses, l'influenceuse travaille mĂ©ticuleusement son image. "Tu peux me faire une photo oĂč on voit beaucoup mes fesses ?" demande-t-elle Ă son photographe, lors d'un shooting sur les quais de Confluence, Ă Lyon. BohĂšme, elle enfile un crop top et une longue jupe jaune Ă imprimĂ© fleuri. Urbaine, une robe rose ras-les-fesses et des baskets compensĂ©es. Sexy, un ensemble noir laissant son ventre apparent. "Ce que je conseille vraiment, c'est d'oser. (...) Porte des trucs dans lesquels tu te sens bien et brille !" Mais ne souris pas.
Virginie, au naturel rieur, "fait la tĂȘte" sur ses photos. Dans les mĂ©dias, "on voit souvent les femmes rondes trĂšs joviales, mais les filles sur les podiums ont un air sĂ©rieux, parfois hautain. Je ne vois pas pourquoi je pourrais pas avoir cet air-lĂ , j'essaie d'incarner la mode", rappelle-t-elle, le menton levĂ©.
Virginie s'est inspirée de blogueuses comme Stéphanie Zwicky ou Gaëlle Prudencio, basées à Lyon et Paris, qui prÎnent une mode inclusive depuis une quinzaine d'années.
"Le style n'est pas une taille, mais une attitude", relĂšve StĂ©phanie Zwicky, 83.500 abonnĂ©s sur Instagram "aussi bien des femmes qui font du 34 que du 60". "S'accepter, ce n'est pas facile. Je ne parle pas d'assumer, car on assume une faute. Je n'ai pas commis de faute mais j'ai arrĂȘtĂ© de me battre contre moi-mĂȘme", confie Ă l'AFP celle qui Ă©tait "tombĂ©e dans un cercle infernal de rĂ©gimes", puis "en dĂ©pression".
- "Ăduquer le regard" -
"Je vis dans mon corps. C'est vrai que c'est pas facile tous les jours", raconte aussi Ă l'AFP GaĂ«lle Prudencio, 53.000 abonnĂ©s sur Instagram, Ă©voquant par exemple des maux aux genoux. Mais "je n'attends pas de perdre du poids pour ĂȘtre heureuse". "Quand Internet est arrivĂ©, ça m'a sauvĂ© la vie. (...) Ayant subi beaucoup de harcĂšlement scolaire, je ressentais une espĂšce de besoin de bienveillance, peut-ĂȘtre de validation par d'autres femmes grosses qui me diraient +tu es belle+".
Mais la toile peut aussi ĂȘtre violente. Virginie va porter plainte pour cyberharcĂšlement. "Juste parce que mon corps est diffĂ©rent, on se permet des choses odieuses", jusqu'Ă des menaces de mort.
Nombreux sont ceux qui l'accusent de faire la promotion de l'obésité. "Juste en étant visible, juste en étant moi et dans l'espace public, je serais une pub pour l'obésité", déplore-t-elle. "Pour eux, c'est impensable de voir une personne grosse épanouie".
Virginie refuse de se "poser en victime". "LĂ oĂč on me dit que je ne peux pas aller, je m'impose", sur les rĂ©seaux comme dans la vie.
MalgrĂ© des standards de minceur rĂ©gissant l'univers de la mode, elle Ă©tudie dans le secteur et devient responsable web marketing pour une marque de prĂȘt-Ă -porter. MalgrĂ© les "petits siĂšges" des avions, elle se rend dix fois au Japon.
Et parce qu'elle doit commander sur Internet faute de "belles piĂšces" Ă sa taille en rayons, elle organise depuis 2017 des vide dressings spĂ©cialisĂ©s. Ainsi que des cours de twerk. "Il faut vivre, ĂȘtre prĂ©sente, pour Ă©duquer le regard" des autres, insiste-t-elle d'une voix apaisĂ©e.
A ses dĂ©tracteurs sur les rĂ©seaux, elle traduit dans un langage plus fleuri : "Que je sois grosse, mince, difforme, j'ai le droit d'ĂȘtre visible autant que vous ĂȘtes cons".
AFP



