Culture

Visite du Grand Palais de Salzbourg, temple mondial de la musique

  • PubliĂ© le 23 juillet 2021 Ă  08:46
  • ActualisĂ© le 23 juillet 2021 Ă  20:33
La scĂšne du Grand Palais des festivals de Salzbourg (Autriche), le 23 juin 2021

On y donne le la depuis six décennies: sous les dorures du Grand Palais des Festivals de Salzbourg, rivalisent chaque été de talent les plus célÚbres artistes, soucieux d'inscrire leur légende dans ce temple de la musique.

Exceptionnelle acoustique pour une scĂšne magistrale: tout n'est que dĂ©mesure dans cet Ă©crin inaugurĂ© le 26 juillet 1960 et oĂč se succĂšdent les reprĂ©sentations des "Salzburger Festspiele". De Placido Domingo Ă  Luciano Pavarotti, les plus belles voix ont Ă©tĂ© acclamĂ©es aux anciennes Ă©curies Ă©piscopales Ă  la façade tricentenaire, devenues au fil des ans le "saint des saints" de l'art lyrique. "Que cette salle ait vu le jour relĂšve pourtant du pur miracle", souligne la prĂ©sidente du festival, Helga Rabl-Stadler, Ă  l'occasion d'une visite en coulisses accordĂ©e Ă  l'AFP fin juin.

Alors que la maison s'affaire pour préparer un trÚs attendu "Don Giovanni" de Mozart, mis en scÚne par Romeo Castellucci à partir de lundi, elle rappelle l'histoire de ce bùtiment unique qui forme un ensemble avec les deux salles attenantes plus petites: la "Maison pour Mozart" et le "ManÚge des rochers".

- 50.000 m3 de roche -

"Sous la direction du chef d'orchestre Herbert von Karajan, l'architecte Clemens Holzmeister a voulu mettre en Ɠuvre ce chantier phare et en 1956, l'État a dĂ©bloquĂ© 210 millions de shillings pour la construction, une somme Ă©norme", rappelle Mme Rabl-Stadler. A l'Ă©poque, le festival de musique et de théùtre, fondĂ© en 1920 comme un projet de paix aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale, se dĂ©roule dans des quartiers modestes, adossĂ©s au rocher qui domine la vieille ville.

Tout juste libérée des forces d'occupation parties en 1955, la petite République d'Autriche pourtant ruinée mise tout sur la culture et fait de ce "Grand Palais" ("Grosse Festspielhaus") aux 2.179 places un symbole de renouveau.

La scÚne d'une largeur de 100 mÚtres est édifiée en dynamitant 50.000 m3 de roche. Depuis la rue, cinq portes monumentales en bronze permettent au public d'entrer. La salle et le foyer sont parés de boiseries, de fresques, de mosaïques, de sculptures et de tapisseries offrant avec leurs matériaux intemporels une atmosphÚre feutrée.

- "Intimité sonore" -

Ce qui fait aussi l'aura si singuliÚre de cette salle, c'est "son acoustique véritablement merveilleuse", selon le chef d'orchestre Franz Welser-Moest, qui s'y est produit à 74 reprises. "En entrant sur scÚne, on a l'impression d'un lieu aux dimensions intimidantes et pourtant, il permet une intimité sonore incroyable", estime-t-il, enthousiasmé d'y revenir cette année.

"Les sons les plus faibles se rĂ©pandent de façon Ă  ce que l'auditeur le plus Ă©loignĂ© puisse en faire l'expĂ©rience trĂšs directement". Helga Rabl-Stadler raconte que "le directeur technique de l'OpĂ©ra Bastille" s'Ă©tait montrĂ© surpris qu'une "si bonne acoustique" ait Ă©tĂ© conçue dĂšs les annĂ©es 1960. Jamais facile donc, pour la nouvelle gĂ©nĂ©ration, d'affronter comme Karl Böhm et Pierre Boulez en leur temps ce monument oĂč l'on perpĂ©tue une tradition comme on jauge les audaces.

Cette saison, le "Jedermann" de la piÚce d'Hugo von Hofmannsthal, reprise traditionnellement chaque année, sera en talons hauts, interrogeant l'identité de genre.
Le rÎle de Salzbourg est également de faire éclore "les talents qui façonneront la musique de demain", estime le directeur artistique Markus HinterhÀuser.

- "RĂȘve organisĂ©" -

Le monde du classique est trÚs globalisé et entre la mi-juillet et la fin-août, 5.000 employés originaires de 60 pays sont sollicités pour ce festival international des superlatifs revendiquant la premiÚre place. Quelque 220.000 tickets ont été vendus - malgré la pandémie de coronavirus - entre 5 et 445 euros (la moitié à moins de 105 euros). 168 événements sont organisés en 47 jours, pour un budget de 60 millions d'euros, dont 25% seulement de subventions publiques... un investissement largement compensé par les retombées économiques.

Depuis des mois, on sculpte les masques pour Don Giovanni, les chapeliers façonnent des couvre-chefs, les costumiĂšres prennent les commandes. Une vĂ©ritable ville dans la ville s'active pour que prenne vie, comme le dit M. HinterhĂ€user, le "rĂȘve organisĂ©". "Faire tendre vers un mĂȘme objectif toutes ces personnes venant de diffĂ©rents continents est une tĂąche immense", souffle Helga Rabl-Stadler, qui tirera sa rĂ©vĂ©rence Ă  l'automne, aprĂšs plus d'un quart de siĂšcle de loyaux services.

"En 1920, les fondateurs projetaient de bĂątir sur le sol autrichien un centre artistique mondial transcendant les nations. Peut-ĂȘtre y sommes-nous un petit peu arrivĂ©s", esquisse-t-elle.

AFP

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