Tristesse nationale

"Voir l'enfer": le Japon pleure les 33 victimes d'un incendie criminel

  • PubliĂ© le 19 juillet 2019 Ă  08:54
  • ActualisĂ© le 19 juillet 2019 Ă  08:57
Un bouquet de fleurs déposé prÚs du studio d'animation Kyoto Animation, le 19 juillet à Kyoto

Des témoins décrivaient vendredi des scÚnes d'enfer et disaient leur tristesse devant tant de jeunes vies fauchées, au lendemain d'un terrible incendie qui a tué 33 personnes dans un studio d'animation au Japon.

La tragédie, vraisemblablement d'origine criminelle, a suscité l'émoi au Japon et au-delà, des fans du monde entier envoyant sur internet des messages de soutien à la société endeuillée, Kyoto Animation, qui produit des dessins animés à succÚs.

Dans le quartier rĂ©sidentiel de Kyoto, ville de l'ouest de l'archipel, oĂč est survenu le drame, l'odeur de brĂ»lĂ© imprĂ©gnait toujours les lieux vendredi matin, tandis que des passants venaient dĂ©poser des fleurs sous un ciel gris et lourd.
"Que des jeunes gens qui dessinaient en Ă©quipe et promouvaient l'animation japonaise Ă  l'Ă©tranger se soient fait tuer sans la moindre raison par une seule et mĂȘme personne, c'est insupportable, cela me met hors de moi", lance Yasuko Tomita.

Cette riveraine de 59 ans, les mains jointes, est venue se recueillir "pour aider les victimes Ă  trouver la paix", tant leur mort a Ă©tĂ© soudaine d'aprĂšs les premiers Ă©lĂ©ments de l'enquĂȘte.

- "Difficile de s'échapper" -

L'incendie, déclenché avec du carburant, s'est apparemment propagé à une vitesse fulgurante, prenant au piÚge de nombreux employés. Parmi les plus de 70 personnes présentes, 33 ont trouvé la mort, apparemment intoxiquées pour la plupart au monoxyde de carbone en tentant en vain de fuir la suffocante fumée.

Peu de détails ont émergé à ce stade sur le profil des victimes, mais "la plupart des salariés de la compagnie sont ùgés d'un vingtaine d'années" selon un riverain interrogé par TV Asahi. On déplore aussi 36 blessés, dont 10 griÚvement atteints.
De nombreux corps ont été trouvés sur les escaliers menant au toit-terrasse, ont raconté les pompiers qui ont exclu un dysfonctionnement des dispositifs anti-incendie.

Le bùtiment était "aux normes", a assuré un porte-parole du service des secours contacté par l'AFP. "Nous avons un registre de données en attestant". "Il y avait des escaliers en colimaçon du rez-de-chaussée au toit, la fumée et les flammes s'y sont engouffrées en l'espace d'un instant", at-t-il expliqué.

"Ceux qui travaillaient aux premier et deuxiĂšme Ă©tages ont donc dĂ» ĂȘtre pris par surprise sans savoir ce qui s'Ă©tait passĂ© en bas". Un avis partagĂ© par les experts. "Les flammes avancent beaucoup plus vite avec l'essence que dans le cas d'un feu normal", soulignait jeudi soir sur la chaĂźne publique NHK Keizo Harafuji, ancien enquĂȘteur de la police de Tokyo. "Une fois le feu dĂ©clenchĂ©, il Ă©tait difficile de s'Ă©chapper".

- "Hébétés" -

Les investigations vendredi Ă©taient compliquĂ©es par le fait que l'auteur prĂ©sumĂ©, un homme de 41 ans qui aurait aussi apportĂ© des couteaux et un marteau sur les lieux, n'Ă©tait pas en mesure d'ĂȘtre entendu par la police du fait de son Ă©tat.
Le suspect, dont le mobile reste inconnu, est accusé d'avoir répandu de l'essence, ou un liquide similaire, et d'avoir hurlé "vous allez mourir" avant de mettre le feu. Visiblement il n'avait pas de liens avec le studio d'animation visé.

"Nous avions reçu des e-mails de menaces de meurtre", avait indiqué jeudi Hideaki Hatta, PDG de Kyoto Animation, mais ce n'est pas rare dans le monde de l'animation. Les différents témoignages recueillis peignaient une situation apocalyptique.
"Une personne a sautĂ© du second Ă©tage, essayant dĂ©sespĂ©rement de s'Ă©chapper, mais nous n'avons mĂȘme pas pu accourir pour l'aider tant le feu Ă©tait fort", a racontĂ© une voisine Ă  un journal en ligne, affiliĂ© au grand quotidien Asahi.

Parmi les blessĂ©s, certains "criaient violemment", d'autres Ă©taient "hĂ©bĂ©tĂ©s", a-t-elle ajoutĂ©". "C'Ă©tait comme voir l'enfer". Des victimes "avaient perdu leurs cheveux et sourcils" et "ne pouvaient mĂȘme pas tenir un verre d'eau Ă  la main en raison de leurs brĂ»lures, donc je les ai aidĂ©s Ă  boire", a dĂ©taillĂ© une sexagĂ©naire Ă  l'agence de presse Kyodo.

"Ces jeunes avaient l'ùge de mes petits-enfants. Si mes petits-enfants venaient à mourir dans ces conditions, je n'aurais plus envie de vivre", confiait sur les lieux une retraitée, Sachiko Konishi. Dans cette vague de solidarité, une compagnie américaine du secteur a lancé sur internet un appel aux fonds, qui avait déjà réuni plus d'un million de dollars vendredi matin.

AFP

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