Un front judiciaire pourrait s'Ă©teindre pour Nicolas Sarkozy: le parquet de Paris a requis un non-lieu dans l'enquĂȘte sur ses vols en jet privĂ© en 2012-2013, facturĂ©s Ă la sociĂ©tĂ© Lov Group de son ami StĂ©phane Courbit.
Ce réquisitoire, daté de mercredi, est la derniÚre étape avant la décision des juges d'instruction du pÎle financier, qui n'ont procédé à aucune mise en examen et pourraient donc ordonner un non-lieu définitif.
Une nouvelle rassurante pour l'ancien prĂ©sident de la RĂ©publique, mĂȘme s'il ne s'agit pas d'une surprise et qu'il n'a pas Ă©tĂ© judiciairement mis en cause dans cette enquĂȘte. Alors qu'il va se lancer dans la course Ă la primaire de son camp pour la prĂ©sidentielle Ă l'automne, Nicolas Sarkozy est dĂ©jĂ mis en examen dans deux autres dossiers, l'affaire de ses comptes de la campagne prĂ©sidentielle en 2012 et celle sur des soupçons de corruption d'un haut magistrat.
Mais s'il a pu craindre un renvoi rapide en correctionnelle dans la seconde affaire, connue aussi comme celle des "Ă©coutes", une rĂ©cente dĂ©cision de la chambre de l'instruction a annulĂ© des actes de l'enquĂȘte, ce qui va retarder la procĂ©dure de plusieurs mois. L'ancien prĂ©sident doit dĂ©sormais Ă nouveau ĂȘtre entendu par les juges d'instruction.
- Air CocaĂŻne -
Dans l'affaire des vols en jet privĂ©, le parquet de Paris avait ouvert une information judiciaire en dĂ©cembre 2014, en marge de l'enquĂȘte Air CocaĂŻne menĂ©e Ă Marseille sur un vaste trafic international de drogue depuis la RĂ©publique dominicaine, dans laquelle 14 personnes sont mises en examen.
A Saint-Domingue, quatre Français ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă 20 ans de prison et deux d'entre eux ont pris la fuite dans des conditions rocambolesques pour rentrer en France, oĂč ils sont mis en examen.
Lors d'une perquisition dans les locaux de la sociĂ©tĂ© de transport aĂ©rien SNTHS, impliquĂ©e dans le trafic, les enquĂȘteurs avaient dĂ©couvert des factures adressĂ©es Ă Lov Group, dont trois concernaient des vols en jet privĂ© de Nicolas Sarkozy.
Présente notamment dans le monde de la production audiovisuelle et des jeux en ligne, Lov Group a été créée en 2007 par Stéphane Courbit, un proche de Nicolas Sarkozy.
Le parquet de Marseille s'Ă©tait dessaisi au profit de celui de Paris. Par la suite, l'ancien prĂ©sident avait protestĂ© aprĂšs des rĂ©vĂ©lations sur une gĂ©olocalisation de son tĂ©lĂ©phone dans l'enquĂȘte menĂ©e Ă Marseille.
- 100.000 euros par vol -
Les vols ont Ă©tĂ© effectuĂ©s dans trois appareils diffĂ©rents en partance du Bourget, Ă destination de Doha (Qatar), oĂč l'ex-prĂ©sident s'est rendu le 9 dĂ©cembre 2012 pour un forum international sur le sport, des Etats-Unis le 30 janvier 2013 et le 26 fĂ©vrier 2013 vers Abou Dhabi (Emirats arabes unis).
D'aprÚs une source proche du dossier, les documents saisis montrent que les vols ont été facturés environ 100.000 euros chacun.
Des faits d'abus de biens sociaux auraient pu ĂȘtre constituĂ©s s'il avait notamment Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que la prise en charge de ces voyages servait d'autres intĂ©rĂȘts que ceux de Lov Group.
Stéphane Courbit a été entendu par les juges sous le statut de témoin assisté. Son avocat, Me Christophe Ingrain, avait justifié auprÚs de l'AFP ces dépenses par le projet de son client de créer un fonds d'investissement, Columbia, avec le soutien de Nicolas Sarkozy qui avait à l'époque quitté la vie politique.
Le projet avait été abandonné aprÚs la mise en examen pour abus de faiblesse de Stéphane Courbit dans l'affaire Bettencourt, avait expliqué l'avocat, qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP lundi.
Alors que le parquet de Bordeaux avait requis la relaxe, StĂ©phane Courbit avait Ă©tĂ© reconnu coupable d'abus de faiblesse et condamnĂ© Ă une amende de 250.000 euros, en raison d'un investissement controversĂ© de Liliane Bettencourt dans sa sociĂ©tĂ© en 2010-2011. Il n'a pas fait appel et avait restituĂ© les fonds Ă la famille Bettencourt avant le procĂšs, soit 143,7 millions d'euros plus des intĂ©rĂȘts.
Par Jean Marc MOJON - © 2016 AFP
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