La galerie de Frédéric Lafargue (photographe de guerre)

"La meilleure photo est toujours la prochaine"

  • PubliĂ© le 11 octobre 2003 Ă  00:00
Image du conflit israélo palestinien à Gaza
(photo Frederic Lafargue)

À 13 ans, FrĂ©dĂ©ric Lafargue dĂ©cide qu'il fera de la photo son mĂ©tier. À 35 ans, il est photographe salariĂ© de Gamma, l'une des principales agences photos du monde. Entre son rĂȘve d'adolescent et sa vie actuelle de photographe de guerre, FrĂ©dĂ©ric Lafargue (Ă  droite sur la photo en compagnie de Yasser Arafat le leader palestinien) a vĂ©cu plusieurs expĂ©riences dont une Ă  La RĂ©union. Imaz Press RĂ©union lui ouvre les portes de sa Galerie

Le premier contact de FrĂ©dĂ©ric Lafargue avec la photo remonte Ă  sa vie de lycĂ©en Ă  Bordeaux dans le Sud - Ouest de la mĂ©tropole au dĂ©but des annĂ©es 80. "Il y avait un vieux labo au lycĂ©e. Je l'ai rĂ©novĂ© et nous avons ouvert un club photo. C'est lĂ  oĂč j'ai appris Ă  titre le noir et blanc" se souvient-il. À cette Ă©poque, il a aussi la voile comme passion et jusqu'Ă  21 ans, il participe Ă  des compĂ©titions, "mais je faisais toujours un peu de photo" dit-il.
Il "entre en journalisme" l'année de ses 20 ans en 1988. Il entre au journal "Sud-Ouest" - le plus grand quotidien d'Aquitaine-, par la petite porte. Il est le correspondant photo du village de Castillon-la-Bataille. Là, il vit la vie de tous les "petit" localier, couvrant les menus événements qui font le quotidien des bourges. "J'étais défrayé à hauteur de 17,50 francs par photo plus les frais d'essence" se rappelle encore Frédéric Lafargue.
Il s'accroche Ă  son boulot, prouve qu'il "en veut" et fini par ĂȘtre mutĂ© Ă  l'agence de Libourne puis carrĂ©ment Ă  Bordeaux, le siĂšge de "Sud -Ouest".
Il vit son premier grand reportage en 1991 lorsqu'il part au Kurdistan avec l'organisation humanitaire "Médecins sans frontiÚres". La premiÚre guerre du golfe (celle que Georges Bush pÚre a déclenché contre Saddam Hussein aprÚs l'invasion du Koweït), bat son plein.

Premier contact avec la hot news

Cela renforce l'envie de "bouger" de FrĂ©dĂ©ric Lafargue. Son jeune Ăąge ne l'empĂȘche pas de savoir clairement ce qu'il veut. Il arrive Ă  La RĂ©union en 1992 d'une part, avec la ferme intention de devenir le correspondant de l'agence Gamma pour la zone OcĂ©an Indien. D'autre part, pour travailler au "RĂ©unionnais", le quotidien aujourd'hui disparu montĂ© par Armand Apavou. Il y reste 6 mois. Le temps de couvrir la seconde flambĂ©e de violence du Chaudron. "Cela a Ă©tĂ© mon premier contact avec la hot news (actualitĂ© chaude - ndlr) et avec l'actu de niveau national puisque Gamma s'est intĂ©ressĂ© Ă  l'Ă©vĂ©nement" note FrĂ©dĂ©ric Lafargue. Il couvre d'autres conflits sociaux importants, notamment l'affaire ThĂ©o Hilarion, ce docker Ă©borgnĂ© par une balle tirĂ©e par un gendarme lors d'une manifestation au Port en 1994. "C'est Ă  La RĂ©union que j'ai eu pour la premiĂšre fois l'impression de rĂ©aliser des news" remarque le photographe en soulignant "j'ai franchi des Ă©tapes et j'appris beaucoup de choses Ă  La RĂ©union".

Départ pour Nice

Il quitte l'Ăźle en 1996 pour s'installer Ă  Nice et intĂ©grer l'agence l'agence Laurent Sola presse diffusion. Il y travaille deux ans avant de rejoindre le staff de Gamma. LĂ  il fait du "people", cette rubrique qui raconte la vie, les joies et malheurs des stars et des princesses. Il couvre, entre - autres, le festival de Cannes et les pĂ©ripĂ©ties de la famille princiĂšre de Monaco. "En mĂȘme temps je m'impliquais beaucoup dans les news et le magazine" note FrĂ©dĂ©ric Lafarge pour qui rĂ©agir vite et "ĂȘtres lĂ  au bon moment" sont une seconde nature, "un Ă©tat d'esprit". Ainsi, il est notamment prĂ©sent pour l'incendie du tunnel du Mont Blanc et pour le naufrage de l'Éricka, ce pĂ©trolier qui en 2000 a polluĂ© tout le littoral Bretagne.
La vie du photographe prend une nouvelle tournure en septembre 2001. Les deux tours du World Trade Center venaient d'exploser sous l'impact de deux boeings suicide. "Gamma avait prévu d'affréter un avion privé et d'envoyer ses photographes à new York. On m'a demandé de monter de Nice. Je suis arrivé en retard par rapport à mes collÚgues de Paris et il n'y avait plus de place dans l'avion. On m'a alors dit d'aller à Jérusalem. Je ne me suis pas fait répéter la proposition deux fois et j'ai accepté avec plaisir".

Les atrocités de la guerre

La suite donne corps au rĂȘve d'adolescent de FrĂ©dĂ©ric Lafargue. Il couvre tous les Ă©pisodes de la sĂ©questration par l'armĂ©e israĂ©lienne du leader palestinien Yasser Arafat dans son quartier gĂ©nĂ©ral en Palestine. Il est lĂ  pour les attentats des kamikazes palestiniens et les ripostes de T'saal (armĂ©e israĂ©lienne) aussi sanglants et meurtriers les uns que les autres. Il est en Irak pour la guerre dĂ©clenchĂ©e par Georges Bush fils. C'est lĂ  qu'en compagnie de Christophe Ayad du journal "LibĂ©ration", il traverse 1 000 km de dĂ©sert entre Amman et Jordanie et Bagdad en Irak. Il voit les atrocitĂ©s et les tragĂ©dies de la guerre. Des choses qu'il ne pourrait pas supporter sans son appareil photo. "Ma fonction de journaliste et donc de tĂ©moin me protĂ©ge. Je suis lĂ  pour rendre compte, il faut que je le fasse" dit le photographe qui avoue ĂȘtre profondĂ©ment bouleversĂ© "et mĂȘme terrorisĂ©" par la violence rĂ©elle et fictive dĂ©versĂ©e par les journaux tĂ©lĂ© ou les films. "DĂšs que je n'ai plus ma fonction, mon rĂŽle de tĂ©moin, les atrocitĂ©s des guerres me sont insupportables" dit-il.

Sensibilité et humilité

Perfectionniste Ă  l'extrĂȘme, il n'hĂ©site pas Ă  se remettre rĂ©guliĂšrement en question. "Faire le mĂ©tier que je fais est un tel plaisir est un tel honneur que ce que je fais n'est jamais assez bien" dit-il. "À chaque fois que je rĂ©alise un nouveau reportage, je trouve trop faible le niveau du prĂ©cĂ©dent et cela me dĂ©sole de savoir que la meilleure photo sera celle d'aprĂšs" dit encore celui qui dans le milieu journalistique passe pour une "grande gueule" jamais Ă  court de railleries.
Sans doute une maniĂšre de se protĂ©ger. Car pour peu qu'il se sente en confiance, la carapace craque et laisse apparaĂźtre un ĂȘtre lucide, conscient de sa place dans le grand théùtre de la vie, plein de sensibilitĂ© et d'humilitĂ©. Cela fait aussi partie du talent.
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