PĂȘche

Le poisson mise sur son image

  • PubliĂ© le 2 octobre 2006 Ă  00:00
Septembre 2006

ActivitĂ© marginale hier, la pĂȘche est devenue en 20 ans le deuxiĂšme poste Ă  l'exportation aprĂšs la filiĂšre canne-sucre

ActivitĂ© marginale hier, devenue en 20 ans un vĂ©ritable secteur Ă©conomique porteur d'emplois et crĂ©ateur de valeur ajoutĂ©e, la pĂȘche rĂ©unionnaise est le deuxiĂšme poste Ă  l'exportation aprĂšs la filiĂšre canne-sucre et sans compter le tourisme. Aujourd'hui, on travaille sur l'image pour gagner de nouveaux marchĂ©s Ă  l'export

Le poisson, c'est bon et personne ne s'y trompe. Ses qualités nutritionnelles ne sont plus à démontrer et en manger au moins deux fois par semaine contribue à un meilleur équilibre nutritionnel. D'ailleurs, la consommation mondiale de poisson augmente tous les ans et les Réunionnais n'échappent pas à la rÚgle. Ils mangent en moyenne 19 kg de poisson par an et sont trÚs attachés au poisson péi. Malgré tout, 62% du volume de poisson reste importé. Et les ventes des grandes et moyennes surfaces représentent 60% de part de volume sur le marché domestique du poisson frais et surgelé.

Une préférence eur le rouge

Traditionnellement, les RĂ©unionnais plĂ©biscitent le rouge, Ă  savoir les mĂ©rous, le capitaine et autres vivanneau succulents cuisinĂ©s en caris. PĂ©chĂ©s avec de petites embarcations travaillant Ă  moins de 10 kilomĂštres des cĂŽtes et vendus de maniĂšre traditionnelle, ces poissons reprĂ©sentent 7% du marchĂ© total. Mais le segment est malade du dĂ©veloppement anarchique du secteur informel. "Avec la croissance du nombre de places dans les ports, le nombre de pĂȘcheurs plaisanciers augmente", explique David Guyomard, chargĂ© de mission au comitĂ© des pĂȘches de La RĂ©union. Pour 1 000 tonnes pĂ©chĂ©es lĂ©galement, 1 000 le sont illĂ©galement... Autrement dit, le marchĂ© est biaisĂ© par des plaisanciers qui, non seulement s'accordent le droit de rĂ©cupĂ©rer le poisson dans les DCP (dispositifs de concentration de poissons) en dehors des horaires qui leurs sont attribuĂ©es, mais en plus le vendent.

Risque de tensions

Pour contrer ce qui n'est rien d'autre que du braconnage, le comitĂ© des pĂȘches va mettre en place une charte mais les contrĂŽles sont difficiles et nĂ©cessitent des moyens humains et matĂ©riels. Il a Ă©galement lancĂ© un projet d'intĂ©gration des pĂȘcheurs informels dans le circuit professionnel via une formation et une homologation. D'ici trois ans, une centaine de personnes devrait ĂȘtre assimilĂ©e aux trois cents pĂȘcheurs professionnels du secteur traditionnel. Mais les plus difficiles Ă  gĂ©rer restent les plaisanciers amateurs qui pratiquent la pĂȘche pour leur plaisir tout en rĂ©coltant les fruits de la vente. Avec eux, le risque de tensions sur les ressources halieutiques est rĂ©el.

La pĂȘche australe au premier poste

Le deuxiĂšme secteur est celui de la pĂȘche dite palangriĂšre. C'est une forme de pĂȘche au large utilisant des techniques semi-industrielles. Il compte pour 13% dans le chiffre d'affaires global de la pĂȘche rĂ©unionnaise et 50% des poissons sont consommĂ©s localement. Avec cette technique, le thon jaune est le plus pĂ©chĂ© et l'espadon arrive en bonne place. Sur l'Ăźle, trois usiniers travaillent Ă  la transformation du poisson : RĂ©union PĂ©lagique au Port, Martin PĂȘcheur Ă  Sainte-Marie et Albin RĂ©union MarĂ©e au Port. Chez RĂ©union PĂ©lagique, 70% des poissons partent Ă  l'export. Juste aprĂšs l'arrivĂ©e des bateaux, ils sont mis dans des caisses puis transportĂ©s vers l'usine oĂč ils sont transformĂ©s, c'est Ă  dire pesĂ©s, nettoyĂ©s, vidĂ©s, dĂ©coupĂ©s en longe ou en filet, puis mis sous vide. LĂ , s'enclenche la chaĂźne de transport vers les lieux de vente.

Mondialisation de l'offre

La deuxiĂšme activitĂ© de cet usinier concerne le nĂ©goce Ă  l'export: les poissons surgelĂ©s, importĂ©s des pays asiatiques ou du Golfe principalement, sont prĂ©fĂ©rĂ©s aux poissons locaux pour des raisons de prix Ă©videntes. Car dans un contexte de mondialisation de l'offre, les conditions d'exercice de la pĂȘche deviennent de plus en plus difficiles. Il y a cinq ans, ces pays n'Ă©taient pas compĂ©titifs, aujourd'hui si... La situation est exacerbĂ©e par le coĂ»t et le manque de main-d'oeuvre ainsi que par les exigences croissantes des normes de mise en marchĂ© imposĂ©e en France et en Europe.

Vers une charte qualité

DerniĂšre technique de pĂȘche mais la plus importante en termes de dĂ©barquement, volume et chiffre d'affaires : la pĂȘche australe. Elle reprĂ©sente 78% du chiffre d'affaires global de la pĂȘche Ă  La RĂ©union. Elle utilise de gros bateaux, dits palangriers de fond, qui pĂšchent principalement la lĂ©gine. Ce poisson gras et goĂ»teux, soumis Ă  des quotas de pĂȘche, se vend trĂšs bien sur les marchĂ©s amĂ©ricains ou japonais. Et rapporte gros.
Si les poissons pĂ©i plaisent, la concurrence est rude. Le comitĂ© des pĂȘches table donc sur une valorisation de l'image de la pĂȘcherie : charte qualitĂ©, pĂȘche respectueuse de l'environnement. L'idĂ©e est Ă©galement de promouvoir la coopĂ©ration rĂ©gionale et d'essayer de gagner des marchĂ©s Ă  l'export. La mĂ©tropole, reste le marchĂ© naturel d'Ă©coulement des produits de la pĂȘche fraĂźche palangriĂšre, mais cette situation devient de plus en plus fragile.

Créer des synergies

L'Asie, et le Japon en particulier pour la production issue des opĂ©rateurs TAAF (terres australes et antarctiques françaises), est un dĂ©bouchĂ© trĂšs important. Quant aux marchĂ©s des pays Ă©mergents de la nouvelle Europe des 25, ils offrent des opportunitĂ©s Ă  saisir. Enfin, rĂ©duire l'importation de maniĂšre significative serait un leurre puisque les eaux de La RĂ©union n'abritent pas tous les poissons consommĂ©s par ses habitants. Mais il pourrait ĂȘtre au moins possible de crĂ©er des synergies.
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