Indication géographique protégée (IGP)

Vers un label européen pour le vin de Cilaos

  • PubliĂ© le 29 novembre 2010 Ă  10:00
Vin de Cilaos

Le vin de Cilaos pourrait se voir décerner le label européen "Indication géographique protégée" (IGP) d'ici fin 2011. C'est en tout cas le souhait de la cave coopérative du Chai de Cilaos qui a accueilli ce vendredi 19 novembre 2010 Jean-Pierre Bigou, adjoint technique à l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO). Cet organe est chargé d'instruire les dossiers de demande de certification IGP. Si celle-ci est attribuée, le produit réunionnais sera reconnu au niveau européen et la dénomination "vin de Cilaos" sera protégée.

Elle est dĂ©sormais lointaine l'Ă©poque oĂč le vin extrait du cĂ©page Isabelle Ă©tait rĂ©putĂ© rendre fou. Non seulement ce cĂ©page n'est plus exploitĂ©, mais dans les mois qui viennent, le vin de Cilaos pourrait se voir dĂ©cerner le label europĂ©en "Indication gĂ©ographique protĂ©gĂ©e" (IGP). Pas de grande rĂ©volution avec cette labellisation si ce n'est une protection de la marque "vin de Cilaos". "Il s'agit surtout de s'adapter au changement de la rĂ©glementation", souligne RĂ©mi FrigonĂšse, ?nologue au Chai de Cilaos.

En effet, depuis août 2009, la dénomination "Vins de Pays" (dénomination accordée au vin de Cilaos en 2004) a disparu au profit du signe officiel européen IGP. Depuis cette date, un comité spécifique a été crée au sein de l'INAO pour gérer cette catégorie. Tout "Vin de Pays" qui souhaite obtenir cette certification doit donc monter un dossier auprÚs de cette organisation. C'est le cas du Chai de Cilaos. Parmi les étapes de certification, un représentant de l'INAO doit se rendre sur le vignoble pour évaluer sa qualité. Jean-Pierre Bigou, adjoint technique, a donc visité les vignes de Cilaos le 19 novembre dernier. L'occasion de constater les conditions de culture du "le plus haut vignoble de France".

Des conditions "difficiles", selon RĂ©mi FrigonĂšse, puisque le climat tropical ne permet pas un fort rendement. "Les annĂ©es oĂč nous sommes touchĂ©s par un cyclone, les dĂ©gĂąts peuvent ĂȘtre importants", signale l'?nologue qui se souvient de GamĂšde, en 2007. Par ailleurs, le terrain accidentĂ© des hauts de l'Ăźle ne permet pas un travail mĂ©canique. "Tout se fait Ă  la main, ce qui n'est pas courant de nos jours", souligne le reprĂ©sentant du Chai de Cilaos. On notera pour l'anecdote que Jean-Pierre Bigou s'est dit "frappĂ©" de constater que "les vignes sont Ă©quipĂ©es de filets pour les oiseaux". Ce moyen de dĂ©fense contre ces "prĂ©dateurs" est apparemment spĂ©cifique Ă  La RĂ©union.

Ce qui fait du vin de Cilaos un vin "unique", c'est surtout la terre sur laquelle les vignes sont cultivĂ©es. Une terre volcanique qui donne au produit un "caractĂšre trĂšs minĂ©ral". "Il a une bonne aciditĂ©, un nez puissant et il a un goĂ»t fruitĂ©", dĂ©crit l'adjoint technique Ă  l'INAO. De quoi permettre la conquĂȘte du marchĂ© mĂ©tropolitain? "C'est difficile", rĂ©pond Jean-Pierre Bigou. "Il y a tellement de rĂ©fĂ©rences en MĂ©tropole qu'il est dur de se faire une place", ajoute t-il. S'ajoutent les coĂ»ts du transport, de la logistique et surtout la faible quantitĂ© de bouteilles produites. Ce qui ne permet pas d'exporter.

En effet, la production stagne depuis 2007 Ă  hauteur d'environ 30 000 bouteilles par an. La grande majoritĂ© de ces bouteilles est Ă©coulĂ©e localement, Ă  la Maison des Vins de Cilaos qui accueille chaque annĂ©e prĂšs de 20 000 visiteurs. Une partie est vendue Ă  quelques cavistes de l'Ăźle. Une minoritĂ© est exportĂ©e en MĂ©tropole lors de manifestations oĂč La RĂ©union est reprĂ©sentĂ©e. "Les grandes surfaces de l'Ăźle sont Ă©galement intĂ©ressĂ©es pour commercialiser ce vin mais la production est trop faible", explique RĂ©mi FrigonĂšse. La conquĂȘte du marchĂ© rĂ©unionnais ne fait que commencer et la marge de man?uvre est encore importante. C'est l'avis de l'?nologue du Chai, aussi partagĂ© par le reprĂ©sentant de l'INAO. "Il y a un bon potentiel sur l'Ăźle", affirme t-il.

C'est ce à quoi va s'atteler la cave coopérative qui se fixe comme premier objectif d'atteindre les 20 hectares de surfaces cultivées (contre 13 hectares actuellement). "Ce n'est qu'à ce moment là que nous serons auto-suffisants financiÚrement", affirme Rémi FrigonÚse. En effet, à l'heure actuelle, le Chai de Cilaos bénéficie des aides de l'Etat, de la Région et du Département ainsi que de l'appui du Cirad pour se développer. La coopérative augmentera petit à petit sa production pour atteindre les 60 000 bouteilles par an. "Il s'agira d'un travail de longue haleine", avoue l'oenologue du Chai. "Les vignes de Cilaos sont encore jeunes. Nous avons encore beaucoup de choses à apprendre. Mais chaque année, la qualité du vin s'améliore", se félicite t-il.

Le Chai de Cilaos a été crée en 1992. Il regroupe 15 adhérents. Il existe 7 vins de Cilaos différents, du blanc sec au rouge en passant par le rosé et le blanc moelleux.

Mounice Najafaly pour
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