Un appel à la mobilisation et au blocus du campus du Moufia ce jeudi 22 octobre 2026 a été lancé par un collectif d'étudiants. Pour prévenir un événement de ce type, le président de l'université Jean-François Hoarau a pris la décision d'annuler tous les cours et les activités pédagogiques sur le site universitaire ce jeudi (Photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Les mots d'ordre de l'appel lancé par les étudiants le mardi 20 octobre sont clairs. Ce collectif revendique notamment, d'après un tract qui circule sur des messageries instantanées, des "logements dignes", une "amélioration du versement des bourses", des "locaux entretenus" et une "sauvegarde des filières menacées de fermeture". Pour se faire entendre, une mobilisation et un blocage du campus du Moufia étaient initialement prévus ce jeudi.
Une perspective de blocus, devant débuter aux alentours de 6 heures du matin et qui était aussi censée concerner la Région, qui a sans doute fait réfléchir la direction de l'université.
Ce mercredi, en toute fin d'après-midi, le président de l'université Jean-François Hoarau a préféré annuler l'ensemble des cours ainsi que les "activités sportives, physiques et culturelles sur le campus du Moufia et celui du Parc Technologique Universitaire" prévus le jeudi 22 octobre.
Par ailleurs, dans un courrier émis par son cabinet et qu'Imaz Press a pu consulter, il est aussi précisé que "les activités des bibliothèques universitaires sont également suspendues".
Pour autant, dans ce courrier signé, Jean-François Hoarau précise que, malgré l'annulation des cours et des activités pédagogiques, "tous les sites de l'université de La Réunion restent ouverts".
Toutefois, à aucun moment le président n'indique dans ce courrier le motif précis de l'annulation de ces enseignements. Une annulation avec un préavis très court qui implique, sans compter les enseignants, plusieurs milliers d'étudiants.
Sollicité sur ce sujet par Imaz Press, Jean-François Hoarau n'a pas souhaité répondre à nos questions.
Face à cette décision de la présidence, le collectif d'étudiants souhaitant rester autonome, et qui ne dépend d'aucune organisation syndicale, a choisi de se repositionner. Et, après quelques hésitations, a décidé à son tour d'annuler son blocage des locaux de l'université.
- Une mobilisation étudiante qui peine à décoller -
Ayant participé à une longue réunion avec des membres du collectif où cette décision a été prise, Rayan Remtoula, vice-président étudiant de l'université, n'hésite pas à se positionner sur ce sujet délicat.
"Nous sommes solidaires des revendications du collectif, qui sont partagées par de nombreux étudiants. Toutefois, nous ne voulions pas nous associer au blocus."
La valse-hésitation autour de cette tentative de blocus illustre bien que, pour l'instant, la mobilisation étudiante peine encore à décoller localement.
Contrairement à l'Hexagone où les élèves du supérieur ont commencé à bloquer l'accès à des campus et à des bâtiments universitaires depuis le début du mois d'octobre. Le 1er octobre, le syndicat de l'Union Etudiante avait ainsi mis en avant une trentaine de sites paralysés à Paris, Aix-Marseille, Lille, Lyon, Rouen, Brest, Poitiers, Reims, Dijon.
À La Réunion, la mobilisation s'est pour l'instant faite de manière plus discrète. Même si les étudiants sont loin d'être épargnés par des problématiques liées à la précarité.
Ainsi, une étude du syndicat Unef publiée le 17 août a souligné que le coût de la vie a davantage augmenté pour les élèves de l'enseignement supérieur ultramarins. Selon cette étude, un étudiant ultramarin boursier dépenserait en moyenne 6,94 % de plus chaque année.
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Une situation que ne peut que confirmer Rayan Remtoula, vice-président étudiant à l'université de La Réunion. "On organise souvent des distributions de colis de nourriture avec des produits de première nécessité. Les étudiants viennent en masse. Pour les opérations de petits-déjeuners gratuits qu'on organise, la demande est également très forte", détaille ce dernier.
- Une précarité étudiante plus importante à La Réunion -
Pour lui, les chiffres donnés par l'Unef sous-estiment même les difficultés que rencontrent les étudiants de La Réunion qui ne cessent de s'amplifier
"On ressent vraiment la différence en termes de
coût de la vie par rapport à la France hexagonale. À l'époque, au moment du début de la guerre en Ukraine, je pense qu'on dépensait en moyenne 200 euros de plus par mois que les étudiants de l'Hexagone. Mais maintenant, c'est beaucoup plus."
Si les syndicats étudiants alertent depuis longtemps sur toutes ces problématiques, la première grande tentative de mobilisation, depuis le lancement du mouvement lycéen en octobre, ne sera finalement pas venue de ce type d'organisation. Une raison qui explique peut-être pourquoi les représentants des étudiants ont hésité à se joindre à cette mobilisation.
Pour autant, l'appel à la mobilisation n'est pas venu d'une organisation syndicale. Il aurait été lancé, mardi, par un groupe d'étudiants qui se serait constitué hors des canaux habituels du mouvement syndical. Mercredi après-midi, les syndicats étudiants et ceux du personnel universitaire hésitent encore à rejoindre le mouvement et des discussions étaient en cours à ce sujet.
Une hésitation qui a aussi pu toucher les étudiants lambdas au vu d'une ambiance qui ne semble pas franchement appeler à la révolte ce mercredi. Aucune affichette collée sur les murs appelant au blocage, pas de distribution de tracts, aucun rassemblement, les étudiants paraissent vaquer à leurs occupations habituelles. Près de la bibliothèque universitaire, un groupe de trois jeunes Réunionnais discute.
Mais la mobilisation, dont ils ont entendu parler, ne semble pas vraiment être au centre de leurs préoccupations. "On soutient les revendications qui sont exprimées", explique l'un d'entre eux. "Mais on a nos partiels dans quinze jours et on préfère réviser. On se mobilisera depuis la bibliothèque universitaire", conclut-il dans un sourire.
- Un sous-effectif chronique chez les enseignants -
Du côté du personnel de l'enseignement supérieur, cet appel à la mobilisation reçoit également un écho réservé. Une représentante de la Snesup-Fsu indique ne "pas avoir été au courant" de cette action collective, mais "soutenir sur le principe" leurs mots d'ordre.
"Les moyens humains et matériels manquent à l'université de La Réunion. Dans certaines filières, les étudiants peuvent être jusqu'à 70 en travaux dirigés (TD). C'est très compliqué d'enseigner et d'étudier dans ces conditions." Par ailleurs, la représentante syndicale dénonce ainsi
un sous-effectif chronique, chez les enseignants et le personnel administratif, incapable de répondre à l'afflux d'étudiants qui arrive chaque année.
"On nous annonce une baisse du nombre d'étudiants, mais sur le terrain, ce n'est pas ce que l'on constate. Des filières comme la Santé, STAPS, les Sciences de la Vie, Droit ou AES sont très demandées et il y a un problème, il n'y a pas assez d'enseignants."
Autre sujet épineux, celui du bâti sur le campus du Moufia. "Les bâtiments commencent à fatiguer à l'université et les moyens ne sont pas mis pour la rénovation." Pour conclure sur ce sombre tableau de l'enseignement supérieur à La Réunion, la syndicaliste décrit un personnel "en souffrance" et qui "met sa santé en péril pour faire en sorte que l'enseignement continue à fonctionner".
Au final, il va falloir maintenant observer, après ce faux départ, si cet appel à la mobilisation des étudiants va se concrétiser à La Réunion. Certains membres du collectif ont appelé à reporter le blocus de l'université à une date ultérieure.
Mais aucun calendrier précis n'a pour l'instant été fixé.
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