Le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) vient de publier un avis recommandant d'ouvrir l'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Cette décision est bien accueillie par les associatifs, comme Stéphane Ducamp, président de l'association OriZon. En revanche, elle l'est beaucoup moins appréciée par les militants du collectif "pour le mariage homme-femme."
La PMA vise à permettre une procréation, avec ou sans don de gamètes. Actuellement, le droit réserve uniquement cette pratique aux couples hétérosexuels, quand l’un des conjoints est stérile.A La Réunion, "il n’y a aucune possibilité de pratiquer une PMA. J’ai une amie qui a voulu un enfant, elle a fait plusieurs allers retours Réunion - Belgique. Elle a l’argent pour le faire, bien qu’au final ça n’a pas marché", explique le président d’OriZon, contacté ce jeudi 16 juillet.
Ce dernier assure que seul les personnes ayant des moyens financiers peuvent se rendre à l’étranger pour pratiquer une PMA, sans quoi, beaucoup le font de manière "artisanale". L’avis du HCEfh "va dans la logique des choses, c’est comme l’interruption volontaire de grossesse. Dans l’Histoire de l’IVG, les femmes s’avortaient manuellement, ou allaient en Angleterre pour avorter. Face aux dégâts humains, on a légiféré. Aujourd’hui, c’est la même chose", assure Stéphane Ducamp.
Ouvrir la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires est donc "une avancée certaine dans le sens où la réglementation évitera de faire ça dans d’autres pays, comme l’Angleterre ou l’Espagne", et d'être ainsi en porte-à -faux avec la loi française, explique l'ancien représentant du Refuge à La Réunion. Il s’agit surtout pour le haut conseil de "franchir un nouveau pas important pour l’égalité des droits entre toutes et tous". Un avis partagé par le président de OriZon, qui assure qu’ "on peut avoir un cadre juridique qui donnera des droits parentaux et évitera les dérives".
"Les couples lesbiens ne peuvent pas procréer"
Pour Clément Ah-Line, président du collectif réunionnais tous pour le mariage homme-femme, il n’est pas question d’égalité, parce "qu'on ne peut pas comparer une relation entre un homme et une femme à une relation entre deux femmes". "Les couples lesbiens ne peuvent pas procréer", a assuré ce dernier. Toutefois, dans son avis, le HCEfh assure que "la légitimité de l’homoparentalité et de la monoparentalité ont été reconnues respectivement par l’ouverture de l’adoption aux personnes célibataires en 1966, et par l’ouverture du mariage aux couples de même sexe en 2013. Aujourd’hui, l’exclusion de l’accès à la PMA des couples de lesbiennes et des femmes célibataires constitue donc une double discrimination : en raison de leur sexualité ou de leur conjugalité."
Raison pour laquelle, le haut conseil appelle le Gouvernement et le Parlement à prendre en compte "la situation actuelle d’exclusion (qui) expose les milliers de femmes concernées par an à des risques sanitaires importants, comme à de fortes inégalités sociales eu égard au coût d’une PMA à l’étranger". En légiférant, "la PMA sera accessible à tous", assure Stéphane Ducamp pour qui, l’avis du HCEfh entraînera, de fait, un débat et des positions sur la gestation pour autrui (GPA). "C’est un autre débat qui finira sur les mêmes conclusions. Pour éviter les trafics, il faut légiférer", ajoute-t-il.
"Éviter l’amateurisme"
Ce dernier donne l’exemple d’une pratique de GPA à Madagascar, qui "coûte 5 000 euros". "Dans une société intelligente et libérale, où le marché l’emporte, on aura toujours accès au PMA et GPA. C’est pourquoi il faut mettre en place un cadre juridique pour éviter l’amateurisme", affirme Stéphane Ducamp. De son côté, Clément Ah-Line a affirmé, au nom du collectif, "être contre la PMA et la GPA". " La loi pour le mariage pour tous a débouché sur une aberration comme la PMA, c’est pour cela qu’on a manifesté contre", a-t-il indiqué.
"Sous prétexte d’égalité, on ne peut pas comparé ce qui est pas comparable. On ne peut pas comparer une relation homme-femme à une relation femme-femme", a expliqué Clément Ah-Line. Il ajoute : "on n’est pas contre les couples de même sexe, on milite pour qu’ils aient des droits, mais ils ne peuvent pas procréer, parce qu’ils doivent faire appel à une tiers personne."  Le collectif ne se dit pas contre l’adoption mais  "si on ouvre aux couples de femmes, alors les hommes vont dire sous prétexte d’égalité qu’ils veulent procréer, on en viendra à la GPA", a déploré Clément Ah-line.
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