Sur l'ßle, prÚs de 900 individus porteurs du VIH sont pris en charge à La Réunion. Les femmes séropositives ayant un désir d'enfant ont, à l'heure actuelle, la capacité d'enfanter et de donner naissance à des nourrissons séronégatifs. Toutefois il arrive que certains couples atteints du virus du Sida rencontrent des difficultés pour concevoir un enfant. Ainsi, lorsque bébé tarde à venir, ces couples se tournent vers la procréation médicalement assistée.
Mettre au monde un enfant sain et en bonne santĂ©, câest le souhait de toutes femmes dĂ©sirant enfanter. Câest Ă©galement le vĆu le plus cher des femmes sĂ©ropositives ayant un dĂ©sir dâenfant. Aujourdâhui, les avancĂ©es de la mĂ©decine ont permis aux femmes enceintes porteuses du VIH de donner naissance Ă un bĂ©bĂ© sĂ©ronĂ©gatif. Cependant lorsque les mĂ©thodes naturelles ne fonctionnent pas, certains couples font appel Ă la procrĂ©ation mĂ©dicalement assistĂ©e. Un arrĂȘtĂ© ministĂ©riel datant de mai 2001 a dĂ©fini les possibilitĂ©s et les conditions de prise en charge des couples sĂ©ropositifs. Depuis cinq ans, une quinzaine de couples sĂ©ropositifs rĂ©unionnais ont eu recours Ă lâassistance mĂ©dicale pour la procrĂ©ation. "Il faut savoir que le spermatozoĂŻde et lâovule ne vĂ©hiculent pas le VIH. Le virus est prĂ©sent dans les liquides spermatique et vaginal", rappelle Catherine Gaud, responsable du service immunologie du CHU de Bellepierre.
Les couples sĂ©ropositifs peuvent ĂȘtre suivis par le centre dâassistance mĂ©dicale pour la procrĂ©ation (AMP) du hroupe hospitalier sud rĂ©union, uniquement si le nombre de virus circulant dans le sang Ă©galement appelĂ© "charge virale" est dit "indĂ©tectable". En effet, le traitement usuel pour empĂȘcher lâĂ©volution de la maladie est la trithĂ©rapie. Ce sont des mĂ©dicaments "antirĂ©troviraux" qui abaisse la quantitĂ© de virus prĂ©sente dans le corps humain. Lorsque les conjoints sont rigoureux dans leur traitement, le service immunologie dĂ©livre un certificat approuvant la charge virale indĂ©tectable. Les partenaires peuvent ensuite se rendre au centre dâAMP de Terre Sainte afin dâĂȘtre suivis.
Sabrina* est porteuse du virus depuis 2006. Son compagnon et elle ont optĂ© pour la fĂ©condation in vitro aprĂšs avoir tentĂ© de concevoir un bĂ©bĂ© naturellement pendant 4 ans. Elle fait partie des premiĂšres patientes sĂ©ropositives du centre dâAMP de Saint-Pierre. La jeune femme raconte : "lorsque les mĂ©decins mâont annoncĂ© que jâattendais un bĂ©bĂ©. JâĂ©tais ravie mais angoissĂ©e Ă lâidĂ©e de perdre le fĆtus". GrĂące Ă une fĂ©condation in vitro, Sabrina a mis au monde Lucie* ĂągĂ©e aujourdâhui de deux ans et demi. Il y a trois mois, la mĂšre a mis au monde un deuxiĂšme enfant nommĂ© Sophia*. "Elle a Ă©tĂ© conçue naturellement, on ne sây attendait pas du tout. Nous avions dĂ©cidĂ© de la garder parce quâon avait eu beaucoup mal Ă concevoir notre 1er enfant", prĂ©cise t-elle.
Créé en 2010, le centre dâAssistance mĂ©dicale Ă la procrĂ©ation est le seul centre habilitĂ© sur lâĂźle Ă prendre en charge les couples sĂ©ropositifs. Les techniques actuellement proposĂ©es sont lâinsĂ©mination artificielle, la fĂ©condation in vitro et la fĂ©condation par micro injection. Dâailleurs, lorsque les couples sont "sĂ©rodiscordants" - câest Ă dire quâun seul des partenaires est contaminĂ© - la procrĂ©ation mĂ©dicalement assistĂ©e peut constituer une solution. Trois cas de figures existent : lâhomme est contaminĂ© et non la femme, ou la femme est contaminĂ©e et non lâhomme, ou les deux partenaires sont porteurs du virus.
"Tout doit se faire dans la douceur"
Si le couple sâoriente vers lâinsĂ©mination artificielle, le sexe du partenaire contaminĂ© dĂ©termine la prise en charge. Si lâhomme est sĂ©ropositif, le liquide sĂ©minal est filtrĂ© afin de retirer au maximum le virus. Les mĂ©decins procĂšdent ensuite Ă lâinsĂ©mination de la femme sĂ©ronĂ©gative avec le sperme non infectĂ©. Lorsque la femme est sĂ©ropositive, le compagnon sĂ©ronĂ©gatif doit recueillir sa semence dans un rĂ©cipient propre. Le sperme est ensuite injectĂ© rapidement dans lâappareil gĂ©nital de la femme Ă l'aide d'une seringue. Cette technique peut ĂȘtre effectuĂ©e par le couple, dans leur intimitĂ©. Toutefois le mĂ©decin Catherine Gaud explique : "si la femme suit rigoureusement son traitement antirĂ©troviral, quâelle a une charge virale indĂ©tectable depuis plus de 6 mois, les partenaires peuvent avoir des relations sexuelles non protĂ©gĂ©s uniquement sâils nâont aucune lĂ©sions gĂ©nitales, câest important. Tout doit se faire dans la douceur", poursuit la responsable du service immunologie du CHU de Bellepierre.
La fĂ©condation in vitro (FIV) et la fĂ©condation par micro-injection se font uniquement au sein dâun laboratoire. Si les deux partenaires sont contaminĂ©s et quâils ne peuvent pas concevoir dâenfant, le centre AMP de Terre-Sainte prĂ©lĂšvera leurs cellules reproductrices. " Les ovules de la femme sĂ©ropositive sont prĂ©levĂ©s lors dâune ponction puis nous effectuons les manipulations avec les cellules masculines dans un espace rĂ©servĂ© au risque viral ", insiste Marc Gabriele, responsable du centre dâAssistance mĂ©dicale Ă la procrĂ©ation de Saint-Pierre et gynĂ©cologue obstĂ©tricien.
Le responsable rappelle les trois risques majeurs liĂ©s Ă la pratique mĂ©dicale. Il sâagit de la transmission du virus au personnel lors des manipulations, de la contamination au sein du laboratoire via les prĂ©lĂšvements des patients et de la contamination dâune patiente lorsque lâembryon est transfĂ©rĂ© dans lâutĂ©rus. "Lâembryon nâest pas porteur du VIH mais les cellules qui lâentourent, elles, peuvent contenir du virus. Donc si nous les injectons chez une femme sĂ©ronĂ©gative, il y a potentiellement un risque dâinfection", informe Marc Gabriele.
Il poursuit : "par an, sur 40 FIV avec un risque viral avéré (hépatite B, hépatite C ou VIH), environ 5 FIV sont réalisées à partir de cellules reproductrices de couples séropositifs". Selon le gynécologue obstétricien, la trithérapie altÚre la qualité des spermatozoïdes et des ovules. "En général, les femmes séropositives tombent moins souvent enceinte. Elles ont 10 % de chance contre 40 % pour une femme non contaminée", indique le responsable.
Un accouchement Ă risque
La grossesse dâune femme sĂ©ropositive est considĂ©rĂ©e comme une grossesse Ă risque dâautant plus que lâaccouchement est une situation de contamination pour le bĂ©bĂ©. En effet, le bĂ©bĂ© est en contact avec le sang de la mĂšre. Selon le mĂ©decin Catherine Gaud, le virus a la capacitĂ© de sâintroduire dans le corps du nourrisson par la voie des muqueuses (yeux, narines, anus, sexe,âŠ). De ce fait, les femmes porteuses du VIH doivent obligatoirement accoucher au service maternitĂ© du CHU de Bellepierre ou du GHSR de Saint-Pierre car un protocole spĂ©cifique doit ĂȘtre appliquĂ©.
"Nous savons que le foetus avale les sĂ©crĂ©tions maternelles et quâil est possible de retrouver du virus dans son Ćsophage. MĂȘme si le bĂ©bĂ© est sĂ©ronĂ©gatif, nous le mettons sous traitement antirĂ©troviral pendant un mois par mesure de prĂ©caution", souligne Catherine Gaud. Le mĂ©decin pointe un autre facteur Ă risque : "une maman sĂ©ropositive peut contaminer le bĂ©bĂ© via lâallaitement. Il y a 1% de risque par mois dâallaitement, si elle allaite durant 6 mois par exemple, il y a 6% de risque, ce nâest pas anodin et lâon dĂ©conseille fortement."
A La RĂ©union, depuis quinze ans, aucune femme sĂ©ropositive sous traitement mĂ©dical nâa contaminĂ© son bĂ©bĂ© lors dâune grossesse. "On a toutefois eu deux cas de bĂ©bĂ©s contaminĂ©s. Leurs mĂšres nâavaient pas suivi de traitement durant leur grossesse dans leur pays dâorigine. Et lors de leur accouchement sur le dĂ©partement, le virus a malheureusement Ă©tĂ© transmis au fĆtus", confie la responsable du service immunologie du CHU de Bellepierre. Selon le mĂ©decin, une femme sĂ©ropositive traitĂ©e avant la grossesse et ayant a une charge virale indĂ©tectable a un risque quasi nulle de transmettre le virus Ă son bĂ©bĂ©.
DâaprĂšs lâorganisation mondiale de la santĂ© (OMS) environ 1,4 million de femmes sĂ©ropositives tombent enceintes chaque annĂ©e dans le monde. La majoritĂ© dâentre elles vivent dans les pays en dĂ©veloppement et notamment en Afrique subsaharienne. Faute de traitements Ă base dâantirĂ©troviraux, ces femmes ont de 15 Ă 45 % de risques de contaminer leur enfant pendant la grossesse, lors de lâaccouchement ou en donnant le sein. Cuba est devenu le mardi 30 juin 2015 le premier pays Ă avoir Ă©radiquer la transmission du VIH de la mĂšre Ă lâenfant selon lâOMS. "Eliminer la transmission dâun virus est lâun des plus grands accomplissements en matiĂšre de santĂ© publique", a dĂ©clarĂ© Margaret Chan, directrice gĂ©nĂ©rale de lâOMS.
* nom dâemprunt
Alyssa Mariapin pour www.ipreunion.com
