L'autotest du sida débarque bientÎt à La Réunion

Catherine Gaud : "Trouver les personnes sĂ©ropositives pour leur sauver la vie"

  • PubliĂ© le 28 septembre 2015 Ă  05:00
sida

Les autotests de dépistage du sida sont disponibles dans les pharmacies françaises depuis le 15 septembre 2015. Ce dispositif, vendu sans ordonnance entre 25 et 30 euros, permet de détecter le VIH en une trentaine de minutes. Fabriqué par la société française AAZ, le kit n'est pas encore arrivé à La Réunion. En attendant, Catherine Gaud, responsable du service immunologie au CHU Félix Guyon, en présente les avantages mais aussi les inconvénients. Pour rappel, La Réunion compte plus de 1000 personnes séropositives, dont 150 à 200 qui ne le savent pas encore.

Comment se déroulait le dépistage du sida jusqu'à présent ?

Les tests se faisaient : soit avec le médecin traitant et les laboratoires, ou alors dans un centre de dépistage anonyme et gratuit. Il y en a trois à La Réunion : au CHU Nord, au CHU Sud et au centre hospitalier Gabriel Martin. Ou alors cela se passe avec des associatifs (RIVE, RPS et Sidaventure) qui font du dépistage communautaire : ce ne sont pas des soignants qui dépistent.

Que se passe-t-il alors ?

Quand quelqu'un est dĂ©pistĂ©, qu'il est sĂ©ropositif et qu'il le sait, il peut rentrer dans le soin. Cela transforme alors une maladie constamment mortelle en une infection chronique compatible avec une vie normale, une espĂ©rance de vie normale, des bĂ©bĂ©s non contaminĂ©s voire mĂȘme des relations sexuelles sans prĂ©servatif
 Ça change tout de savoir si on est sĂ©ropositif.

D'oĂč vient l'autotest ?

Aux Etats-Unis, depuis quelques années, il y avait la promotion de l'autotest. Mais c'est trÚs controversé. Ils ont un avantage : ça correspond à une trÚs petite tranche de la population qui ne veut pas faire un dépistage en face à face parce qu'ils ont trop peur d'affronter quelqu'un face au résultat. On a estimé qu'il fallait rattraper cette toute petite partie et on a décidé de mettre en place l'autotest en pharmacie.

Qu'en pensez-vous ?


Le problÚme qu'il y a, c'est qu'il y a une possibilité de mal faire le test. Mettre insuffisamment de liquide biologique dessus va entraßner un faux négatif. Il peut y avoir le problÚme d'apprendre seul que son test est positif et de ne pas aller vers le soin. La personne peut s'imaginer que ça y est, elle va mourir et avoir une vie totalement bouleversée parce qu'on n'est pas allé chercher les bonnes informations. Quand nous annonçons à quelqu'un qu'il est séropositif, on accompagne cette annonce avec un discours et une explication.

Quelles sont vos craintes ?

Il y a quelque chose qui se fait dans le milieu homosexuel : les relations sexuelles en fonction de la sĂ©ropositivitĂ©. Les deux partenaires font un test juste avant d'avoir des relations sexuelles. S'ils sont tous les deux nĂ©gatifs ou positifs, ils ont des relations sexuelles non protĂ©gĂ©es, mais si l'un est positif et l'autre nĂ©gatif, ils ne veulent pas avoir des relations sexuelles car ils ne veulent pas se protĂ©ger. Or, entre le moment oĂč l'on se contamine et le moment oĂč le test rapide se positive, il y a 3 mois. Si vous ĂȘtes contaminĂ© et que vous faites le test 1 mois plus tard, vous ĂȘtes faussement positif. Nous avons vu ainsi une sur-contamination dans le milieu homosexuel.

Êtes-vous prĂ©parĂ©s Ă  l'arrivĂ©e de cet autotest Ă  La RĂ©union ?


Le comité de coordination de la lutte contre l'infection par le VIH (COREVIH) a organisé un groupe de travail avec une pharmacienne d'officine pour accompagner les pharmaciens dans la mise à disposition des autotests en pharmacie. Il y a eu une formation de e-learning avec la société française de lutte contre le Sida qui vaut aujourd'hui pour l'ensemble de la France. On va faire une formation en face à face avec ceux qui le souhaitent. Et le comité a développé une petite plaquette destinée à ceux qui vont faire un autotest pour qu'ils sachent à qui s'adresser à La Réunion en cas de résultat positif. On donne les circuits, les numéros de téléphone et on rappelle deux-trois choses rassurantes.

Quelle sera la portée de ce dispositif dans l'ßle ?

Nous avons travaillé et nous espérons que les choses seront correctement accompagnées et que ce sera utile à la population. A La Réunion, on pense que 150 à 200 personnes sont séropositives mais ne le savent pas. Il faut les trouver pour leur sauver la vie :elles sont en danger de mort et contaminent les autres. Elles n'imaginent pas qu'elles sont séropositives car ce sont de bons hétérosexuels réunionnais qui ont eu comme tout le monde 3-4 amants ou maßtresses et qui ne pensent pas que ça puisse leur arriver alors qu'une seule relation sexuelle suffit. Il y a des gens qui savent qu'elles sont exposées à un risque, le milieu homosexuel à La Réunion est trÚs plombé par le VIH, et qui par peur de savoir ne font pas les tests.

Finalement, y ĂȘtes-vous favorable ?


Je suis plutĂŽt favorable en sachant que cela doit ĂȘtre bien accompagnĂ©. C'est l'avantage d'acheter son test : ce n'est pas gratuit et non remboursĂ© par la sĂ©curitĂ© sociale. Il faut aller le chercher chez le pharmacien qui est un professionnel de santĂ© et a Ă  coeur de renseigner la personnes qui vient. Ce n'est pas quelqu'un qui vend simplement quelque chose, mais accompagne de conseils l'autotest que va faire la personne.

Pensez-vous que cela sauvera des Réunionnais ?

On va rĂ©cupĂ©rer une toute petite partie de sĂ©ropositifs. Mais en sauver un ou deux, c'est sauver deux vies et la contamination d'une vingtaine de personnes. Ce n'est pas mal. C'est quelque chose qui peut ĂȘtre utile. Lorsque nous organisons des testing day, nous dĂ©pistons 300 personnes, mais nous trouvons Ă  chaque fois un sĂ©ropositif.

www.ipreunion.com avec RTL Réunion

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1 Commentaires
10 ans

que faisaient tous ces hautes sommités quand il y a eu l'affaire du sang contaminés !