"Un acte criminel" : l'Agence mondiale antidopage (AMA) a réagi avec fureur au piratage de sa base de données par les hackers russes de APT28, alias "Fancy Bears", et à la fuite d'informations sur Serena et Venus Williams ou la quadruple championne olympique de gymnastique Simone Biles. "Nous avons des informations trÚs solides selon lesquelles (ces pirates) sont liés à la Russie, et ils attaquent notre systÚme depuis des semaines", a précisé le président de l'AMA Craig Reedie auprÚs de la BBC mercredi, en dédouanant totalement les quatre sportives visées par les révélations des hackers, qui concernent aussi Elena Delle Donne, la basketteuse de la "Dream Team" féminine américaine couronnée championne olympique à Rio.
"A l'AMA, il y a un systĂšme d'exemptions Ă©tabli de longue date permettant Ă un sportif qui a besoin de prendre un mĂ©dicament figurant sur la liste des produits interdits de le faire, Ă partir du moment oĂč cela est validĂ© par le milieu mĂ©dical puis autorisĂ© par la FĂ©dĂ©ration sportive concernĂ©e", a expliquĂ© M. Reedie. "Et autant que je puisse en juger dans les cas mentionnĂ©s, tout cela a Ă©tĂ© fait, et a Ă©tĂ© fait correctement", a insistĂ© l'Ecossais.
"L'AMA regrette profondément cette situation et est consciente de la menace représentée pour les athlÚtes dont des informations confidentielles ont été divulguées par cet acte criminel", avait souligné dÚs mardi soir le directeur général de l'AMA Olivier Niggli, dans un communiqué.
"Elles ont bien jouĂ©, mais pas honnĂȘtement", ont accusĂ© les Fancy Bears sur leur site internet, au sujet de ces quatre sportives amĂ©ricaines prĂ©sentes aux JO de Rio. Il s'agit de la deuxiĂšme attaque de ce groupe depuis dĂ©but aoĂ»t contre le systĂšme de gestion et de localisation de l'AMA (dit Adams), qui lui permet d'assurer le suivi des contrĂŽles antidopage des sportifs.
- "Lùche et méprisable" -
Le Comité international olympique (CIO) avait aussi condamné cette cyberattaque "clairement destinée à souiller la réputation d'athlÚtes propres" mardi, tandis que l'Agence américaine antidopage (Usada) avait elle fustigé un acte "lùche et méprisable".
ConcrÚtement, les Fancy Bears ont dévoilé des "analyses anormales" (AAF) concernant ces sportives. Mais celles-ci n'ont jamais été considérées par l'AMA comme des contrÎles antidopage positifs car les sportives concernées avaient des "autorisations à usage thérapeutique" (AUT) pour les substances en question, ce que confirment d'ailleurs les documents publiés par les hackers d'APT28.
Dans le cas de Biles, la Fédération américaine de gymnastique a précisé dans un communiqué que la quadruple championne olympique avait bien bénéficié d'une exemption thérapeutique de la part de l'AMA, en conformité avec les recommandations de l'Agence.
- "Partie émergée de l'iceberg" -
"Je suis atteinte d'ADHD (trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) et je prends un traitement depuis que je suis petite", a déclaré Biles via son compte Twitter. Pour sa part, Venus Williams s'est dit "consternée d'apprendre que (ses) données privées médicales avaient été piratées par des hackers et publiées sans (sa) permission".
La précédente attaque contre le systÚme Adams avait été révélée par l'AMA en août, aprÚs que les données confidentielles de la lanceuse d'alerte russe Yuliya Stepanova avaient également été piratées.
La coureuse de 800 m avait été à la base des révélations du rapport McLaren du 18 juillet sur un dopage d'Etat généralisé en Russie, aprÚs avoir témoigné à visage découvert en 2014 auprÚs de la chaßne de télévision allemande ARD.
A la suite des révélations de l'AMA, via deux rapports ravageurs pour la Russie, dont celui dirigé par McLaren, plus d'une centaine de sportifs russes avaient été privés des JO de Rio par leurs diverses fédérations internationales. La plus sévÚre, l'IAAF, la Fédération internationale d'athlétisme, avait décidé de mettre hors-jeu 67 des 68 athlÚtes russes candidats aux Jeux de Rio.
"Ces actes criminels (des pirates russes) compromettent grandement l'effort de la communauté mondiale antidopage de rétablir une relation de confiance avec la Russie", avait estimé M. Niggli dans son communiqué mardi. "Cela tombe plutÎt mal", a confirmé Craig Reedie mercredi matin: "La Russie a affirmé au plus haut niveau qu'elle comprenait qu'elle avait un problÚme (avec le dopage), mais en fait, il semble qu'ils soient toujours dans une sorte de déni".
Les Fancy Bears ne semblent pourtant pas vouloir en rester là . "Il s'agit juste de la partie émergée de l'iceberg", ont ainsi précisé les pirates sur leur site : "Attendez pour voir trÚs bientÎt des preuves sensationnelles sur des athlÚtes ayant pris des substances dopantes".
AFP

