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Emploi et chômage : le paradoxe réunionnais

  • Publié le 29 septembre 2015 à 05:00
Entreprises

Dans le cadre du partenariat Cerom (Comptes économiques rapides pour l'outre-mer), l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), l'Institut d'émission des départements d'outre-mer (Iedom) et l'Agence française de développement (AFD) présentaient ce lundi 28 septembre 2015 un rapport autour des problématiques de l'emploi et du chômage à La Réunion. Il en ressort une ambivalence de notre département, avec un taux de chômage le plus élevé de France (26,8 % en 2014 contre 9,9 % en métropole) face à une forte dynamique en termes de création d'emplois (4 600 emplois supplémentaires par an en moyenne, sur la période 2001 - 2013), plaçant La Réunion juste derrière la Corse au niveau national.

Comment La Réunion peut-elle être si performante sur un tableau (progression de l'emploi total de + 2,0 % entre 2001 et 2013, contre + 0,4 % au niveau national) et autant perdante sur l'autre (plus fort taux de chômage des régions françaises, 26,8 % en 2014) ? L'Insee s'est associée à l'Iedom et l'AFD pour tenter d'apporter des éléments de réponses généraux, "structurels", à cette interrogation et à celles qui l'accompagnent immanquablement. Les idées reçues (le chômage explose à cause des jeunes, de plus en plus sur le carreau, etc…) reflètent-elles réellement la situation ? Quelles sont les grandes tendances qui se dégagent de la période 2007 - 2013 par rapport aux six années précédentes (2001 - 2007), que l'on peut qualifier "d'avant crise" ?

Deux temps se sont succédé autour de l'année charnière de 2007. De 2001 jusqu'au moment de "la crise", 6 300 emplois (soit une progression de 2,8 %) étaient créés par an pour une population active en âge de travailler (15 ans et plus) augmentant de 5 000 unités par an. Dans ce contexte favorable, La Réunion connaît une baisse significative de son taux de chômage, passant de 30,1 % en 2001 à 24,6 % en 2007. Parmi les créations de postes, l'emploi salarié prédomine fortement (9 emplois sur 10), notamment dans l'économie marchande (82 % des créations totales).

Dès 2008, au lendemain de "la crise", le chômage repart à la hausse pour culminer à 29 % en 2013 et la tendance des créations d'emploi s'infléchit durement (sur la période 2007 - 2013, 2 900 créations par an, moins de la moitié de ce que produisait la période précédente). L'économie marchande est la première à pâtir du contexte, à peine amortie par une hausse de l'emploi salarié non marchand (due notamment aux politiques publiques des contrats aidés) et de l'auto-entreprenariat. Face à cette baisse substantielle, le chômage se trouve accentué par un nombre d'actifs qui, lui, se met à augmenter de 7 300 personnes par an sur la période 2007 - 2013 (contre 5 000 précédemment).

La pression des jeunes sur le marché du travail est plus faible que celle des seniors

Il faudrait donc créer 7 300 emplois par an pour stabiliser le chômage ! La hausse de la population active pourrait s'expliquer par la pression démographique et l'arrivée toujours plus massive de jeunes sur le marché du travail. Faux : la part du renouvellement des actifs par le vieillissement naturel de la population est passé de + 3 900 individus par an sur la période 2001 - 2007, à + 1 800 de 2007 à 2013. Soit une baisse de plus de 50 %. En parallèle, les migrations dans l'île ont triplé (passant de + 300 à + 1 000 individus par an) et le taux d'activité (c'est-à-dire les personnes en âge de travailler qui entreprennent une recherche d'emploi) a explosé, évoluant d'un "petit" + 800 individus par an à + 4500 ! 60 % de l'augmentation du nombre d'actifs pour la période 2007 - 2013 s'explique par ce biais, les Réunionnais se portant "davantage sur le marché du travail, certainement pour contribuer à maintenir le niveau de vie familial", note le rapport.

Dans la continuité de ce constat, un autre point a retenu l'attention des contributeurs de l'étude : de plus en plus de femmes réunionnaises se positionnent sur le marché du travail. Entre 2001 et 2007, leur taux d'activité oscillait autour de 50 % quand ce dernier se situe à 64 % en métropole. A partir de 2008, ce taux d'activité des Réunionnaises augmente sensiblement pour atteindre 56 % en 2013 quand le référentiel hexagonal stagne. Bien qu'observable sur toutes les tranches d'âge, cette hausse est d'autant plus marquée à partir de 40 ans, "signe d'un renouvellement profond de générations anciennes peu actives", interprète le rapport. Avec un niveau de formation en amélioration constante, les Réunionnaises diplômées (du CAP/BEP au second cycle de l'enseignement supérieur) sont d'ailleurs aussi "actives" que leurs homologues métropolitaines, confirmant une tendance à la hausse pour les prochaines années et un pourcentage qui va tendre de plus en pus vers les 64 %.

Enfin, en découpant la population active en tranches d'âge, il apparaît que ce sont les seniors (50 ans et plus) qui constituent une grande part de cette augmentation annuelle des actifs sur la période 2007 - 2013, soit + 4 900 individus en moyenne (sur les 7 300 au total), alors que les 15 - 24 ans n'y contribuent qu'à hauteur de + 800 individus. La pression des jeunes sur le marché du travail est donc plus faible que celle des seniors. En cause, notamment, de plus en plus de départs en métropole pour les 15 - 24 ans. Concernant l'emploi en lui-même, sur la période 2007 - 2013, les créations se focalisent uniquement sur les plus de 50 ans (+ 3 800 en moyenne par an), quand les 25 - 49 ans (- 700) et les 15 - 24 ans (- 200) voient les opportunités se réduire. En 2013, 58,6 % de ces derniers étaient au chômage.

www.ipreunion.com

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1 Commentaires
10 ans

2 instituts , une agence , en alliance avec un " genre de cours de statistique " , et un grand travail d'analyse , pour pondre un bulletin papier pour :
emploi et chomage , c'est incroyable mais vrai .