Il y a une semaine, les autoritĂ©s mahoraises et mauriciennes faisaient Ă©tat de plusieurs cas de grippe A H1N1 sur leurs territoires respectifs. Il n'en fallait pas plus pour dĂ©clencher un dĂ©but d'inquiĂ©tude et quelques articles de presse. D'autant que dans le mĂȘme temps deux patients atteints de ce mĂȘme virus Ă©taient dĂ©cĂ©dĂ©s en mĂ©tropole, au CHU de Niort. Pourtant, "le virus H1N1 est depuis 2010 un virus grippal saisonnier comme un autre, pas plus contagieux, ni plus mortel", explique Elise Brottet, Ă©pidĂ©miologiste Ă la Cire OcĂ©an Indien.
Le virus H1N1 de la grippe A n'a pas bonne rĂ©putation. Il lui suffit de frapper ici ou lĂ pour faire les gros titres des journaux, quand ses collĂšgues de la grippe B ou de la grippe A H3N2 font les mĂȘmes dĂ©gĂąts en toute impunitĂ©. Qui a d'ailleurs entendu parler du H3N2 ? Non, l'ennemi, le mĂ©chant, c'est le H1N1.
La faute sans doute à la mémoire collective, qui a gardé le souvenir de la pandémie de 2009 consécutive à l'émergence de ce nouveau virus. Et de la psychose qui avait suivi, avec ces commandes massives de tamiflu dont les nombreuses dosettes nous sont restées sur les bras. Sans compter toutes ces personnes n'osant plus faire un pas dehors sans porter de masque. DÚs le mois d'août 2010, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait pourtant le début de la phase "post-pandémique".
"Depuis 2010, le H1N1 est un virus local saisonnier comme un autre", explique ainsi Elise Brottet, épidémiologiste à la Cire Océan Indien. "Actuellement nous ne sommes pas du tout en période d'épidémie de grippe, mais le virus circule toute l'année, notamment par les mouvements de population. Donc on a isolé quelques cas de grippe B, H1N1 ou H3N2, mais trÚs peu. La période d'épidémie, c'est vraiment juin-septembre", détaille-t-elle.
Et le H1N1 est donc logĂ© Ă la mĂȘme enseigne que ses petits camarades. Certes, il peut s'avĂ©rer mortel, au mĂȘme titre que les autres formes de grippes, mais pas davantage. "Il a eu une mortalitĂ© plus Ă©levĂ©e en 2009, lorsqu'il s'agissait d'un virus Ă©mergent, mais depuis il connaĂźt la mĂȘme dynamique que les autres, avec une dangerositĂ© plus importante pour les personnes fragiles, comme les jeunes enfants, les personnes en insuffisance respiratoire...", poursuit Elise Brottet.
Selon l'épidémiologiste de la Cire, il n'y a donc rien d'étonnant à retrouver quelques personnes atteintes à Maurice ou à Mayotte ces temps-ci. "Toute l'année on va trouver quelques cas, mais les médias n'en parlent que lorsqu'il s'agit du H1N1...", souligne-t-elle.
Il n'y a donc aucune crainte particuliÚre à avoir actuellement suite à ces cas identifiés dans les ßles voisines. "En ce moment, la situation sanitaire à La Réunion est plutÎt calme au niveau épidémiologique", indique Elise Brottet. "Mais la campagne de vaccination contre la grippe commencera à la mi-avril", rappelle-t-elle.
Car si le H1N1 n'est pas le "serial killer" décrit par une certaine imagerie populaire, la grippe n'en demeure pas moins meurtriÚre, tuant 1500 à 2000 personnes chaque année en France.
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