Hommage aux défunts

Le Port célèbre tous ses morts, sans exception

  • Publié le 30 octobre 2015 à 05:00
Cimetière des Piémontais

Alors que La Réunion se prépare à honorer ses morts, dimanche 1er novembre 2015, la ville du Port rend hommage à des sépultures presque oubliée: celles du cimetière dit des Piémontais, situé près de la nouvelle centrale thermique d'EDF. Un cimetière parmi cinq autres dans cette ville marquée par son histoire.

Nul n’ignore que sous la centrale thermique d’EDF, au Port, gît l’histoire de La Réunion. En tout cas, "les habitants de la ville le savent et en parlent souvent", témoigne Bruno Leperlier, historien de formation et guide touristique. En ce lieu précis serait enfoui le cimetière dit des Piémontais. Encore jusqu’à aujourd’hui, on suppose qu’il s’agit des Piémontais, ces ouvriers venus d’Italie entre 1870 et 1882 pour la construction des tunnels des chemins de fer. Mais aucune preuve historique et archéologique n’a encore été apportée sur l’origine de ces tombes.

Mais depuis quelques années déjà, il y a de nombreux soupçons à ce sujet. Prosper Ève, historien local de renom et spécialiste de l’histoire de La Réunion et de l’esclavage à Bourbon, en fait mention dans son livre "Les cimetières de La Réunion – contribution pour servir une histoire des mentalités", édité en 1994. Pour lui, l’origine de ce cimetière tient à deux hypothèses : soit, il s’agit bien de Piémontais morts d’une épidémie, soit il s’agit d’esclaves. Des hypothèses qui partent du postulat de l’emplacement géographique de ces sépultures. "Dans une société où le catholicisme domine, quel intérêt à faire inhumer les ouvriers Piémontais dans cet espace isolé comme de vulgaires païens" alors qu’il y avait des cimetière officiels dans toute l’île, interroge l’historien dans son ouvrage.

L’idée d’un cimetière d’esclaves n’est donc pas à exclure, et "si cela s’avère exact, explique Bruno Leperlier, ce serait très intéressant pour La Réunion" s’enthousiasme le guide qui milite pour la valorisation du patrimoine. En effet, si l’île est marquée par l’esclavage, elle n’en garde que très peu, voire quasiment aucune trace matérielle de cette époque. "Le cimetière serait le vestige de cette mémoire" indique-t-il. Quoiqu’il en soit, il y a des traces écrites authentiques du cimetière, "d’environ 500 m2" mentionné dans une délégation datant de 1835, éditée par les élus du conseil municipal de Saint-Paul, citant un cimetière de seconde zone, "où meurt de temps en temps, soit un libre, soit un noir". 

Pour avoir toutes les réponses, il n’y aura que des fouilles archéologiques possibles. Des investigations qui seraient déjà engagées à en croire la mairie du Port : "Dans son ‘pacte culture’ signé avec l’Etat, la municipalité s’est engagée à réaliser ces travaux. Mais pour l’instant aucun calendrier n’a été arrêté", fait-on savoir. Le cimetière des Piémontais lui aurait pu ne jamais être honoré. En 2007, lorsqu’EDF voulait installé sa nouvelle centrale thermique, "ils avaient demandé à déplacer les tombes", se souvient Bruno Leperlier, "mais la mairie, seule compétente sur ce sujet, a refusé l’idée". On ne peut déplacer l’histoire, au risque de ne jamais la connaître ou d’en fausser les données.

À défaut de s’en débarrasser, l’entreprise a consenti à donner l’accès au cimetière.  La ville du Port profite donc de l’occasion de la Toussaint pour organiser une "petite cérémonie", par le dépôt d’une gerbe de fleurs sur ces tombes, dimanche 1er novembre 2015. "Une manière de dire que l’on n’oublie pas" déclare solennellement Bruno Leperlier.

Ne pas oublier que des gens sont morts ici, pour et par l’histoire de La Réunion. Car, la commune du Port a cette particularité d’être la plus petite ville en superficie mais de compter cinq cimetières : celui de la peste bubonique, situé près de l’ancienne centrale EDF, celui dit des Piémontais près de la nouvelle centrale EDF, le Marin, dans le quarier de l'Epuisement, le Paysager non loin du front de mer est, et enfin celui de la Butte Citronnelle. Ce dernier, date de 1919 et de l’arrivée du bateau le Madona qui en quittant Marseille ramène à son bord 1 400 soldats Réunionnais de la Grande Guerre malades de la grippe espagnole. Le bateau avait été lesté avec la terre contaminée au Sénégal lors du rapatriement des tirailleurs.

Tant de cimetières et tant de morts oubliés qui en réalité font partie des pilliers de l’Histoire de La Réunion. Ils seront tous honorés sans exception dimanche 1er novembre 2015.

www.ipreunion.com

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1 Commentaires
GERARD97460
GERARD97460
10 ans

On devrait honoré les gens de leur vivant et pas quand ils sont mort et enterrer, quel sens de l'honneur ont ces gens qui sont en adoration devant des totems de l'histoir de la REUNION, ça c'est une dévotion à un culte satanique.. Très bonne éducation culturelle que nous avons à la REUNION par notre façon de faire...