Pékin

Le sport est dans la rue

  • PubliĂ© le 7 avril 2006 Ă  00:00
À PĂ©kin, les  nageurs pratiquent leur sport quelle que soit la saison

Ouvrir à Pékin une salle de fitness et de musculation avec piscine chauffée dans l'espoir de faire fortune, serait un bien mauvais calcul économique. Ici le sport, du trÚs traditionnel taï chi au trÚs moderne aérobic en passant par la musculation, se pratique gratuitement. On entretien son rythme cardio vasculaire dans les parcs et jardins publics, on se muscle au long des rues et l'on nage dans les lacs artificiels de la ville

En mocassins, pantalon de toile Ă©paisse et veste de laine, Monsieur Zhou fait travailler ses biceps sur un appareil de musculation jaune vif. C'est le milieu de l'aprĂšs-midi et il vient d'entamer son parcours de "muscu". Il n'habite pas loin. Pour s'entraĂźner il a juste quelques centaines de mĂštres Ă  parcourir, ce qui lui sert d'Ă©chauffement, et Ă  s'installer sur l'un des appareils solidement fixĂ©s sur le trottoir. Dans cette rue des vieux quartiers de PĂ©kin, un parcours de musculation a Ă©tĂ© implantĂ© sur la voie publique. Il y a des steppers pour les cuisses et les fessiers, des barres Ă  poulies pour les biceps, des tourniquets pour les hanches, des bancs pour les abdominaux et mĂȘme des rouleaux pour se masser le dos. L'accĂšs Ă  ces appareils, soigneusement entretenus, est gratuit; Il existe des dizaines de parcours similaires dans la capitale chinoise (qui accueillera les Jeux Olympiques en 2008).

Bon pour la santé

Pour le plus grand bonheur de Monsieur Zhou, 55 ans, car dit-il "le sport est bon pour la santĂ©. Je viens ici tous les jours depuis un an et je suis en pleine forme. Avant cela j'Ă©tais toujours malade". Il parle tout en continuant Ă  s'entraĂźner. Pas du tout essoufflĂ©. Un couple d'une quarantaine d'annĂ©e le rejoint sur le parcours de musculation. Il salue Monsieur Zhou qui commente: "on se voit souvent. On est devenus amis". De l'autre cĂŽtĂ© de la rue sur la berge du lac Shisha de dimension trĂšs respectable trois hommes sont en train d'ĂŽter leurs vĂȘtements et se retrouvent rapidement en maillot de bain. L'air est vif, le mercure atteint pĂ©niblement les 20 degrĂ©s, mais cela ne refroidit visiblement pas les nageurs. "On nage en plein hiver alors qu'il fait - 11 degrĂ©s Ă  l'extĂ©rieur et que l'eau est Ă  - 2 degrĂ©s. Aujourd'hui c'est plutĂŽt une belle journĂ©e. Il fait bon. Regardez, il y a du soleil" sourit Monsieur Zhang, 65 ans. Il dit nager tous les jours depuis 7 ans. Son ami Monsieur Wang confirme et souligne "nous allons Ă  l'eau mĂȘme lorsqu'elle commence Ă  geler. C'est pour cela que nous sommes en forme. C'est lorsque l'on ne nage pas que l'on tombe malade". Son pĂšre et son grand pĂšre Ă©taient eux aussi des adeptes de la pratique de la natation quelle que soit la saison. "Les Chinois se sont toujours soignĂ©s grĂące aux plantes et au sport" souligne-t-il.

Marche lunaire

En attendant le retour sur la berge d'un troisiÚme nageur, les deux hommes font quelques mouvements d'assouplissement. L'air est toujours aussi vif et ils ont toujours l'air de ne pas en souffrir. Aucune chair de poule intempestive ne vient chatouiller leur peau. Le troisiÚme nageur est de retour. Monsieur Zhang descend dans le lac par l'échelle spécialement aménagée pour ces nageurs téméraires. C'est à peine s'il prend le temps de "tùter" l'eau. Il plonge immédiatement vers un aller-retour, en brasses énergiques, d'une berge à l'autre.
En face, Monsieur Zhou a quasiment fini son parcours de musculation. Ils sont maintenant plusieurs à s'entraßner sur les différents appareils. Monsieur Zhou procÚde en souplesse à quelques exercices d'étirement. "Le sport fait vivre l'ùme, mais aujourd'hui les jeunes veulent de moins en moins en faire. Ils disent qu'ils n'ont pas le temps" déplore-t-il. "Pourtant il devrait en faire, cela permet de rester jeune beaucoup plus longtemps" remarque-t-il en esquissant le fameux pas "lunaire" (marche à l'envers) rendu célÚbre par les chorégraphies de Mickael Jackson.

Dans les jardins

Mais Monsieur Zhou est peut-ĂȘtre un peu trop sĂ©vĂšre. C'est par centaines que jeunes et moins jeunes suivent quotidiennement les cours de fitness, d'aĂ©robic, de taĂŻ chi (gymnastique traditionnelle chinoise) dispensĂ©s gratuitement dans les parcs et jardins publics. TrĂšs tĂŽt le matin, au rythme des derniers succĂšs de la "dance music", des profs de gym donnent leurs cours et montent mĂȘme des chorĂ©graphies. Plus loin et plus au calme des maĂźtres de taĂŻ chi font respirer et se dĂ©placer leurs "disciples" en harmonie avec l'espace et le temps.
Les "élÚves" iront au bureau ou à l'usine directement aprÚs le cours. On vous le répÚte à nouveau: ouvrir une salle payante de sport à Pékin est un mauvais plan.
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