Fabienne Redt, présidente du Festival du film de La Réunion, va "prendre le large" pour relever d'autres challenges. Le festival qu'elle a créé et tenu à bout de bras pendant 10 ans se met en sommeil pour le moment et Fabienne Redt a déjà des projets plein la tête.
Quel bilan de ces 10 ans de festival ?
Le festival a été pendant 10 ans une des vitrines de la Réunion. Chaque année, si on ne prend en compte que la presse papier nationale, les parutions concernant le festival assuraient une visibilité pour l’île d’environ 300 000 euros par an. Ainsi, en 10 ans, c’est près de 3 millions d’euros d’espace communication sur des médias prestigieux (Gala, Paris Match, Marie Claire, Cinéplus, BFMTV etc.) qui ont été générés grâce au festival sans compter le web. Pour ne citer qu’un exemple, l’an dernier, deux sujets de 3 minutes ont été multi-diffusés sur BFM TV pendant deux jours. Quand on connaît l’audience de cette chaîne, qui touche 24 millions de téléspectateurs par jour, on peut se réjouir de l’image positive que le festival a véhiculée pour La Réunion. Si on se penche sur les articles internet de ces dernières années nous avons atteint une audience cumulée de 25 millions de personnes par an. De pllus au-delà de la vitrine le festival représentait un bilan économique positif pour La Réunion. 80 % du budget récolté était chaque année réinvesti et dépensé sur l’île. Il ne faut pas nier que la culture est un levier économique important.
En quoi selon vous le festival a-t-il contibué à la bonne image de marque de La Réunion
Par exemple, la première fois que j’ai rencontré Fabienne Servan Schreiber, en 2009, à Cannes, elle voulait tourner au Brésil. Quand je lui ai parlé de La Réunion, elle m’a répondu : " C’est vrai, c’est la France, mais on n’y pense jamais ". Quelques mois plus tard, elle tournait "Signature" avec Sandrine Bonnaire à la Réunion. Ravie de son tournage, elle a été et reste une formidable ambassadrice. D’une certaine façon, vu son réseau, elle a dû contribuer au développement de cette économie sur l’île.
Le festival est-il arrivé à s'imposer auprès des professionnels ?
Oui et c'es là  aussi le bilan est positif. C’était un événement de qualité, reconnu par les professionnels. C’était un festival inscrit dans le calendrier des festivals nationaux et internationaux. Uniquement grâce à la renommée du Festival, des personnalités prestigieuses comme Victoria Abril, Josiane Balasko, Nathaie Baye, Julie Depardieu, Patrick Bruel, Gérard Jugnot, Patrice Leconte, Claude Lelouch, Audrey Tautou, Patrick Timsit, pour ne citer qu'eux sont venues durant cinq jours sur l’île de La Réunion. Nous avons fait découvrir notre île à plus de 500 personnalités. Dans le même temp, le festival a offert au public réunionnais une centaine de films en exclusivité internationale.
Que répondez-vous à ceux qui vous disent que le festival était bling-bling ?
Je leur répondrais qu’il ne connaissait pas le festival. Nous avions un tapis rouge, puisque de mon point de vue, c’est aussi ça le rêve du cinéma. Mais il y avait les projections pour les scolaires ainsi que des masters class. Il y deux ans un petit garçon de 11 ans est venu pour la première fois dans une salle de cinéma grâce à nous. Nous avions un volet social très important. Les festivaliers se rendaient tous les après-midi dans les hôpitaux, maisons de retraite, centres pénitencier pour présenter des films et débattre avec le public, un public souvent oublié de tous. Laurent Weil (le Monsiuer cinéma de Canal + - ndlr) me disait que nous étions un des rares festivals français à avoir un volet social si important ! Alors partager l’amour du cinéma avec tous, est-ce vraiment ça être bling-bling ? Il y avait aussi les projections gratuites en plein air, les films en compétition, des exclusivités présentées au public par leur équipe pour la modique somme de 5 euros, moins cher qu’une place de cinéma.
Quels sont les plus beaux souvenirs que vous gardez du festival?
Il y en a plein. Le dernier était de voir Claude Lelouch présenter ses films devant un public heureux et nombreux sur la plage de Boucan Canot, plage de notre enfance désertée depuis un long moment.
Et les plus belles rencontres ?
Là aussi, il y en a beaucoup… La dernière, Claude Lelouch et tous les jeunes réalisateurs présents l’an dernier. On a monté un " club " (rires). On dîne ensemble tous les un mois et demi. J’ai aujourd’hui plusieurs très bons amis dans ce métier, je ne peux pas tous les citer… C’est un métier de désir, il y a beaucoup de personnes engagées, passionnées et cela me plaît.
Quels sont vos rapports avec les institutions locales ?
La Région et la mairie de Saint-Paul sont des partenaires historiques, ils étaient présents aux premières heures du festival. J’ai traversé toutes les couleurs politiques, parce que l’oiseau de la culture a besoin de ses deux ailes, celle de droite et celle de gauche. L’État a toujours été et reste également d’un soutien sans faille.
Pourquoi avoir retiré votre dossier de demande de subvention du bureau de la Région cette année ?
Je n’ai pas retiré mon dossier de la Région. L’histoire, c’est qu’après trois mois de relance sans réponse, nous avons envoyé un courrier au Président de Régin pour lui faire part de nos difficultés financières. Nous lui avons également indiqué que nous avions besoin d’un positionnement de leur part quant à leur participation. À la mi-mai, n’ayant toujours pas de réponse de leur part, nous leur avons stipulé que nous ne pouvions pas réaliser le festival faute de budget. Fin mai, nous avons reçu un courrier nous indiquant que la Région était favorable au festival cependant, nous n’avions toujours pas de réponse quant au montant de la subvention. Depuis nous n’avons jamais eu de retour.
Quel a été le positionnement de la mairie sur ce dossier ?
Après une réunion du conseil municipal, nous avons appris que nous étions la manifestation artistique de qualité la moins soutenue financièrement par la commune. Nous n’avons jamais vraiment eu de contact avec l’élue à la culture. Elle n’a pas été présente lors du dernier festival. Aucun débriefing n’a pu être fait, ce qui est dommage. J’image qu’elle doit être débordée, d’ailleurs plusieurs rendez-vous ont été annulés au dernier moment. Il m’est donc difficile de préciser quel est l’intérêt de la mairie pour le festival.
Quel était le montant de la participation financière des partenaires privés du festival ?
Les partenaires privés participaient à hauteur de 70 % au budget. Certains d'entre eux ont décidé de se désengager. Nous en avons pâti. Malgré notre acharnement à combler le budget, il restait 175 000 euros à trouver. Nous étions donc dans l’obligation d’annuler la manifestation.
Quels sont vos projets d’avenir ?
Je prends le large. On m’a proposé d’autres projets de festival. Je m’occuperai finalement que de ce qui m’intéresse, la partie artistique. J'ai en cours un projet artistique autour de la photo à New York. C’est une ville que je connais bien, j’y vais régulièrement, j’y ai de la famille, des amis. Cela me réjouit de pouvoir y passer plus de temps, d’y travailler. J’ai aussi mon projet de long-métrage. Je travaille actuellement avec un co-auteur, Brice Cauvin, qui est venu présenter "L’art de la fugue" l’an dernier au festival. Il a des milliards de projets ; travailler avec lui, c’est une vraie émulation. J’espère toutefois pouvoir refaire un festival à la Réunion, car je reste très attachée à mon île. De nombreux soutiens locaux m’encouragent dans ce sens.
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