Mariage civil en France

Les homosexuels pourront-ils un jour se marier ?

  • PubliĂ© le 2 juillet 2011 Ă  07:00
Les homosexuels pourront-ils un jour se marier ?

Les personnes de mĂȘme sexe pourront-elles un jour se passer la bague au doigt en France ? C'est le dĂ©bat du moment, aprĂšs le rejet de l'AssemblĂ©e nationale d'une proposition de loi PS susceptible d'ouvrir les unions maritales aux homosexuels. Pour les principaux concernĂ©s et les dĂ©fenseurs des droits de l'Homme, ce refus est consternant et incomprĂ©hensible. Cela d'autant que la France, pays dĂ©mocratique et laĂŻc, rejette ce type d'union, alors que des pays Ă  forte tradition religieuse, comme l'Espagne et le Portugal, ont finalement laissĂ© la possibilitĂ© aux gays et lesbiennes de se marier. Pour d'autres, le mariage est clairement une instance sacrĂ©e et doit unir un homme Ă  une femme.

Suite au refus de l'AssemblĂ©e de lĂ©galiser le mariage entre personnes du mĂȘme sexe, les rĂ©actions de colĂšre ont fusĂ© de la part des associations qui militent pour les homosexuels en France. A La RĂ©union, ValĂ©rie Renouf, prĂ©sidente de l'association LGBT 974, qui dĂ©fend les droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels, fait part de son incomprĂ©hension : "je suis rĂ©voltĂ©e et indignĂ©e. Je ne comprends vraiment pas pourquoi les dĂ©cideurs politiques refusent de nous accorder ce droit. C'est comme s'ils nous considĂ©raient comme une sous-catĂ©gorie d'ĂȘtres humains".

Le refus de l'AssemblĂ©e a aussi choquĂ© les dĂ©fenseurs des droits de l'Homme. "Le gouvernement français a un double discours", regrette Christophe Pomez, vice-prĂ©sident du comitĂ© local de la Ligue des droits de l'Homme. "D'un cĂŽtĂ©, la France approuve la rĂ©solution de l'ONU selon laquelle chacun doit pouvoir bĂ©nĂ©ficier de l'ensemble des droits et des libertĂ©s sans aucune distinction. De l'autre, elle refuse d'accorder le droit au mariage aux personnes de mĂȘme sexe", explicite-t-il. Pour la Ligue des droits de l'Homme, "le discours de la France est hypocrite et discriminatoire". Christophe Pomez souligne : "Certes, chacun a ses convictions idĂ©ologiques, morales, religieuses. Mais l'Etat français est censĂ© ĂȘtre laĂŻc, et les valeurs conformistes idĂ©ologiques n'ont pas lieu d'exister dans le discours des hommes politiques".

Du cĂŽtĂ© des Ă©lus locaux, si certains refusent de s'exprimer sur le sujet, le dĂ©putĂ©-maire Jean-Claude Fruteau se prononce haut et fort : "J'ai votĂ© pour cette proposition de loi. Selon moi, le mariage est une institution civile, c'est un droit qui doit ĂȘtre accessible Ă  tous les citoyens, quelle que soit leur orientation sexuelle". Il explique que les Ă©lus rĂ©fractaires au mariage homosexuel sont "ceux qui ont peur de l'opinion publique, et ceux qui laissent leurs conceptions religieuses et idĂ©ologiques prendre le dessus". Le dĂ©putĂ©-maire estime par ailleurs que "la France est en retard par rapport Ă  d'autres pays en ce qui concerne l'Ă©galitĂ© des droits".

D'autres élus sont plus nuancés. Paul Técher, maire de Cilaos, déclare : "Je n'ai rien contre les homosexuels. Les élus ont obligation d'appliquer les lois et si le mariage homosexuel est autorisé, je le célébrerai". Cependant, son avis personnel sur la question est plus réservé. "En tant qu'individu, je pense que le mariage est une valeur sacrée et il doit s'établir entre un homme et une femme, notamment pour que l'espÚce humaine perdure. Selon moi, la nature nous a imposé des normes, et elle ne permettrait pas de célébrer les unions homosexuelles" dit-il.

Ce discours est Ă©galement celui des religions monothĂ©istes. "Dans l'islam, l'homosexualitĂ© est condamnĂ©e, c'est une union contre-nature, rĂ©prĂ©hensible et contraire Ă  la morale", indique Houssen Amode, prĂ©sident du conseil rĂ©gional du culte musulman (CRCM) Ă  La RĂ©union. "Pour autant, lĂ , il ne s'agit pas d'un dĂ©bat religieux, mais de politique, et c'est aux Ă©lus de se positionner sur la question. Les homosexuels auront droit au mariage civil si c'est inscrit dans la loi, ce qui n'est pas le cas actuellement", ajoute-t-il. Le prĂ©sident du CRCM estime par ailleurs que "La RĂ©union n'est pas encore prĂȘte Ă  accepter ce type d'unions, car la religion et les valeurs morales sont trĂšs ancrĂ©es dans la sociĂ©tĂ©".

Pour le frĂšre Arnaud Blunat, curĂ© de la cathĂ©drale de Saint-Denis, "l'homosexualitĂ© est le choix libre de certaines personnes, on ne peut pas les empĂȘcher de vivre ensemble s'ils le souhaitent. Mais le mariage est l'union d'une femme et d'un homme". Pour lui, "la France ne doit pas lĂ©galiser le mariage homosexuel pour suivre un effet de mode". "Il doit y avoir un vrai dĂ©bat Ă  ce sujet, et les opinions religieuses y ont leur place parce que les valeurs judĂ©o-chrĂ©tiennes ont forgĂ© les sociĂ©tĂ©s civiles", estime-t-il.

Dans la religion tamoule, le discours est moins catégorique. "L'homosexualité n'est pas encouragée, car le but du mariage, c'est la procréation, mais elle n'est pas interdite", explique le swami Advayananda Sarasvati, responsable de l'ashram du Port. "Il existe des cas d'homosexualité et de bisexualité dans la mythologie et la littérature hindoues. Selon moi, le mariage, c'est avant tout l'harmonie entre deux personnes, peu importe leur sexe". Le swami considÚre : "il ne faut pas voir tout en noir ou en blanc. Il y a une grande variante de couleurs dans l'arc-en-ciel. Tous les goûts sont dans la nature, on doit juste les accepter". Lui, est persuadé que "tÎt ou tard, le mariage homosexuel sera officialisé en France".

Quoi qu'il en soit, pour l'instant les homosexuels n'ont pas droit au mariage civil, et ils ont du mal à l'accepter. "A l'heure actuelle, on nous interdit le bonheur. C'est cruel. L'homosexualité est déjà suffisamment difficile à vivre au quotidien, entre les regards accusateurs, les moqueries, les reproches et les insultes. Que l'Etat refuse de nous reconnaßtre, c'est une souffrance supplémentaire. Nous ne demandons pas un mariage religieux, mais bien un mariage civil.On aimerait juste qu'on nous laisse nous aimer en toute liberté et que l'union homosexuelle soit officiellement reconnue et acceptée", conclut Valérie Renouf.

Samia Omarjee pour
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