Le règlement interdit toujours à l'île aux parfums de porter les couleurs tricolores

Mayotte, département français apatride aux Jeux des îles

  • Publié le 4 juillet 2015 à 07:12
Jeux des Iles

À moins d'un mois de la cérémonie d'ouverture des 9èmes Jeux des îles à La Réunion, la délégation mahoraise ne sait toujours pas si elle pourra porter, pour la première fois, les couleurs françaises. L'interdiction imposée par les Comores est en effet toujours inscrite dans le règlement intérieur, que les autorités françaises espèrent parvenir à faire modifier au tout dernier moment...

Le problème est surréaliste. Lors des prochains Jeux des îles à La Réunion, du 1er au 9 août 2015, les athlètes mahorais, français, risquent de ne pas pouvoir défiler sous le drapeau tricolore lors des cérémonies d’ouverture et de clôture, et de ne pas avoir droit à la Marseillaise sur les podiums.

L’explication de cette situation, unique dans le monde du sport, tient à l’opposition farouche des Comores, qui revendiquent toujours la souveraineté sur l’île aux parfums. En 2007, le comité olympique et sportif comorien avait certes accepté que Mayotte participe pour la première fois aux Jeux des îles en tant qu’entité distincte de La Réunion, mais à la condition que les athlètes mahorais ne portent pas les couleurs françaises. Ce compromis bancal avait alors été inscrit dans le règlement intérieur de la compétition et, en 2007 à Madagascar comme en 2011 aux Seychelles, la délégation mahoraise avait défilé sous la bannière neutre des Jeux des îles.

"On va mouiller le maillot pour quoi, pour qui ?"

Mais Mayotte est un département français depuis 2011 et une région ultrapériphérique (RUP) de l’Union européenne depuis 2014, et revendique à ce titre de pouvoir enfin défiler sous les couleurs de son pays. Sauf que le règlement intérieur n’a pas été modifié à ce jour et que la position comorienne demeure inflexible...

"Pour nous, il n’y a pas de changement. Ce qui est prévu dans la charte, c’est que Mayotte défile sous le drapeau des Jeux des îles", confie ainsi Adolphe Pépin, commissaire au sein du comité réunionnais d’organisation de ces 9èmes Jeux des îles (COJI). "Nous, au niveau de l’organisation, on applique ce que décident les membres du CIJ (Conseil international des Jeux des îles, ndlr). Et je ne pense pas qu’on puisse modifier la charte des Jeux à quelques semaines du début de la compétition", ajoute-t-il.

Mais le son de cloche est bien différent du côté de Mayotte, où l’on n’imagine pas être de nouveau privé du drapeau et de l’hymne français. "Dans toute compétition, on y va pour représenter sa nation. Un pays qui participe comme apatride, ça n’existe pas et ça n’a pas de sens au niveau des valeurs de l’olympisme", souligne Madi Vita, président du Comité régional olympique et sportif (CROS) de Mayotte. "On mouille le maillot pour quelque chose, mais nous on va le mouiller pour quoi, pour qui ?", s’indigne-t-il.

Le dirigeant du mouvement sportif mahorais s’appuie sur les promesses des autorités françaises pour croire qu’une évolution de la situation est encore possible à l’aube du coup d’envoi des Jeux. "Lorsque que le Premier ministre est venu à Mayotte, il a dit publiquement qu’il y aurait du changement à ce niveau. Je n’ai pas de raison de mettre en doute sa parole", explique Madi Vita. "La ministre des Outre-mer s’est également engagée à tout faire pour que Mayotte puisse participer sans aucune restriction", complète-t-il.

31 juillet : la réunion de la dernière chance

Mais depuis ces déclarations venues du plus haut sommet de l’État, les choses n’ont pas beaucoup bougé. La dernière chance mahoraise se jouera le 31 juillet, lors de l’ultime réunion du CIJ avant le début des Jeux, à laquelle doivent assister les ministres des Sports des différents pays, dont le Français Patrick Kanner.

"Il ne s’agit pas de modifier la charte, mais le règlement intérieur des Jeux des îles et pour ça il suffit d’avoir la majorité", poursuit le président du CROS mahorais. "C’est un problème diplomatique qui se joue à un autre niveau, mais pour moi, si le Premier ministre a pris position publiquement, ça veut dire que la diplomatie a avancé sur le sujet", espère-t-il.

À Mayotte, on ne veut pas croire que Manuel Valls et George Pau-Langevin se sont avancés un peu vite en promettant les couleurs de la France au 101ème département. Mais si ce dossier hautement sensible devrait figurer à l’ordre du jour de la réunion du 31 juillet, rien ne garantit qu’un accord puisse être trouvé, à la veille de la cérémonie d'ouverture, avec les cinq autres pays (les Comores, Madagascar, Maurice, les Seychelles et les Maldives). Les États africains devraient notamment se montrer assez frileux de prendre une position contraire à celle de l'OUA (Organisation de l'unité africaine), qui refuse toujours de reconnaître la souveraineté française sur Mayotte.

Qui qu'il en soit, un refus du CIJ serait très mal vécu par les Mahorais. "Je n’ose même pas imaginer qu’il n’y ait pas d’évolution du règlement", se persuade Madi Vita. "Si ce n’est pas le cas, ils assumeront les conséquences...", prévient-il.

Des menaces de boycott

Ce jeudi 2 juillet, l’affaire a également suscité des remous au sein du Conseil départemental de Mayotte, où l’on a parlé d’une nouvelle "humiliation". L’un des élus, Nomane Ousséni, a même demandé le boycott pur et simple des Jeux des îles tant que le problème ne serait pas résolu, rapporte France Mayotte Matin. "Il ne faudra plus aucune relation non plus avec les Comores, plus aucune coopération avec ce pays", a-t-il également lancé.

Si la tension diplomatique entre les Comores et la France autour de Mayotte n’est pas une nouveauté, elle risque bien de venir entacher cette 9ème édition des Jeux des îles, les autorités françaises comme le comité international n’ayant pas osé jusqu’ici s’attaquer à cette question épineuse. À moins d’un revirement de dernière minute, le samedi 1er août pourrait ainsi voir des athlètes d’un département français défiler sur le sol d’un autre département français, mais sans avoir l’autorisation de porter les couleurs françaises. Surréaliste.

Guilhem George pour www.ipreunion.com

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2 Commentaires
yabos
yabos
10 ans

Mayotte au niveau international fait partie de la République des Comores. Elle n'aurait jamais du être un département Français. Voila le problème, la France a confisqué à la dite République une partie de son territoire. Se conduisant ainsi au même titre que la Russie sur une partie de l'Ukraine.

Sportif Anjouannais
Sportif Anjouannais
10 ans

C'est quand même fou, cette situation. Je trouve que les organisateurs n’ont pas été à la hauteur face à ce problème grave. L’aborder à 1 mois voir à 1 jour avant l'ouverture des JOIO, alors que cette situation perdure déjà il y a 4 ans depuis à la fin des derniers JIOI des Seychelles.
Qu'a fait l'ex-président du CIJ, président du CROS, secrétaire général du CIJ, beau-père du président de la région Réunion. C'est bien de faire des va et viens à Madagascar, Maurice et Seychelles, mais il fallait anticiper ce problème avec les autorités concernées...
De même, comment l’Etat à travers la Jeunesse et des Sports, n’a pas n’ont plus attiré l’attention du 1er ministre et de KANNER le ministre des sports lors de son passage à La Réunion. Que font les fonctionnaires de l’Etat ? Cette question aurait pu être traité également dans les rencontres coopératives des Iles dans le cadre de la COI par exemple…
Cette fête fraternelle quelque que soit l'épilogue aura un goût amer car:
- soit Mayotte reste délégation apatride et donc les participants sont considérés comme des « sous-sportifs »
- soit La France impose son véto, comme elle l’a fait à propos du choix de Mayotte française contre l’avis de ONU et l’OUA, alors l’équité aux médailles sera complètement modifiée car La France aura 2 fois plus de chances d’avoir des médailles que les autres délégations. Déjà, que la venue des kréolopolitains pour la Réunion est très mal perçu pour beaucoup de délégation notamment de Maurice…
Elle promet cette fête fraternelle dont l’objectif est de rapprocher les iles de l’océan Indien, particulièrement nos jeunes…
Wait and see.