Nouveau rebondissement dans l'affaire Mediator. Selon le journal Le Parisien, 86% des dossiers de malades déjà examinés par le collÚge d'experts de l'Oniam (office national d'indemnisation des accidents médicaux) ont été jugés "sans lien de causalité" entre la prise du médicament des laboratoires Servier et la maladie. Au niveau local, on se rappelle que le 29 septembre 2011, le tribunal de grande instance de Saint-Denis acceptait 24 demandes d'expertise sur les 52 déposées par maßtre Alain Antoine, avocat de victimes réunionnaises du Mediator. Selon ce dernier, 40% des plaintes à La Réunion sont fondées, et une expertise a montré que huit dossiers sont favorables, ce qui signifie que pour ces cas, la prise du Mediator a bien engendré des pathologies cardiaques graves.
Durant sa commercialisation de 1976 Ă 2009, le Mediator, mĂ©dicament antidiabĂ©tique, a souvent Ă©tĂ© dĂ©tournĂ© de son usage et prescrit comme coupe-faim pour des cures dâamaigrissement, notamment Ă La RĂ©union. RetirĂ© du marchĂ© en novembre 2009, il serait responsable de 500 Ă 2 000 dĂ©cĂšs et de milliers de pathologies cardiaques.
Toutefois, selon une information du Parisien, parue ce mercredi 3 octobre 2012, 86% des dossiers de victimes prĂ©sumĂ©es du Mediator qui ont Ă©tĂ© examinĂ©s sont jugĂ©s irrecevables par les experts du ministĂšre de la SantĂ©. Le collĂšge dâexperts de lâOffice national dâindemnisation des accidents mĂ©dicaux aurait jugĂ© quâil nây a pas de causalitĂ© entre la prise du mĂ©dicament des laboratoires Servier et les maladies des victimes.
Depuis septembre 2011, 831 dossiers mĂ©dicaux ont Ă©tĂ© examinĂ©s par lâOniam, organisme dâindemnisation rapide, qui Ă©vite de passer devant les tribunaux. 712 ont Ă©tĂ© rejetĂ©s et seuls 112 ont Ă©tĂ© jugĂ©s recevables. Le Parisien indique que dans 7 cas, les patients ont renoncĂ© aux poursuites. Ce qui signifie que moins de 15% des dossiers sont reconnus comme lĂ©gitimes. Quelques heures plus tard, le prĂ©sident de lâassociation des victimes du Mediator confirmait lâinformation : environ 80% des dossiers ont Ă©tĂ© jugĂ©s irrecevables.
Ce mercredi, la ministre de la santĂ©, Marisol Touraine, s'est dite "trĂšs attentive Ă ce que les victimes" du mĂ©dicament Mediator "puissent ĂȘtre indemnisĂ©es correctement, soulignant que le laboratoire Servier qui le commercialise "devra assumer ses responsabilitĂ©s" sur ce point.
Lâexamen des demandes dâindemnisation est loin dâĂȘtre terminĂ©, puisque ce sont 7 500 dossiers qui ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s au total. Mais le premier point dâĂ©tape interpelle. Les exigences et les critĂšres de sĂ©lection semblent ĂȘtre drastiques.  ContactĂ© par 20 minutes, Dominique Courtois, mĂ©decin et prĂ©sident de lâassociation des victimes de lâIsomĂ©ride et du Mediator, estime que les critĂšres des experts sont trop stricts. PrĂ©cisant que "ce ne sont pas les critĂšres qui avaient Ă©tĂ© dĂ©finis avec Xavier Bertrand lors de la mise en place du fonds dâindemnisation, il explique : "Aujourdâhui, les malades doivent prouver quâils nâont pas fait dâangine Ă©tant petit, quâils nâont pas pris de traitement anti-migraineuxâŠPour certains, cela remonte Ă trente ans. Comment voulez vous prouver cela".
Si les demandes dâindemnisation nâaboutissent pas, câest donc avant tout parce que les victimes prĂ©sumĂ©es ne doivent pas seulement souffrir dâune maladie cardiaque, elles doivent aussi fournir un dossier dĂ©taillĂ©, documentĂ© par des ordonnances, des examens mĂ©dicaux. Puis les experts doivent juger cette maladie cardiaque suffisamment invalidante pour justifier un dĂ©dommagement.
Pour IrĂšne Franchon, pneumologue au CHU de Brest, auteur du livre qui a rĂ©vĂ©lĂ© le scandale du Mediator, "Servier fait pression sur les experts". InterrogĂ©e par Le Parisien, elle dit trouver "incroyable que lâEtat ait retirĂ© le Mediator en sâappuyant sur des Ă©tudes prouvant sa dangerositĂ©, et que deux ans aprĂšs, des experts prennent des dĂ©cisions souvent contraires".
A La Réunion, le 29 septembre 2011, le tribunal de grande instance de Saint-Denis rendait sa décision concernant la demande des expertises pour évaluer si le Mediator était la cause de problÚmes cardiaques rencontrés par certains patients. Sur les 52 demandes déposées par maßtre Alain Antoine, avocat des victimes réunionnaises, seules 24 avaient été acceptées. L'avocat a indiqué que sur cette vingtaine d'expertises, une expertise a mis en évidence que "40% de plaintes sont fondées". "Huit expertises sont jugées favorables, c'est-à -dire que les experts ont affirmé avec certitude que la prise du Mediator a engendré des pathologies cardiaques graves sur certains patients", dit-il.
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