À l'heure de l'Ă©volution annoncĂ©e de la rĂ©serve marine et de Cap Requins 2

Crise requin : science et gestion du risque, une incompatibilitĂ© chronique

  • PubliĂ© le 23 avril 2015 Ă  05:00
Requins

L'annonce de la modification de la rĂ©glementation de la rĂ©serve marine pour favoriser la pĂȘche des squales et le dĂ©ploiement du programme Cap Requins 2 sur une grande partie du littoral ouest inquiĂštent certains scientifiques. Comme depuis le dĂ©but de la "crise" requin, se pose le dilemme de l'articulation entre le besoin urgent de sĂ©curisation et le temps nĂ©cessaire aux Ă©tudes pour proposer une gestion "durable" du risque.

Chercheur Ă  l’IRD (Institut de recherche et de dĂ©veloppement) et responsable du programme CHARC, Marc Soria se dit "dĂ©sespĂ©rĂ©". Alors que son Ă©quipe de scientifiques a rendu en fĂ©vrier dernier les conclusions de deux annĂ©es de recherche sur le comportement des requins tigres et bouledogues, il assiste avec une certaine amertume aux orientations qui se dessinent en matiĂšre de gestion du risque, notamment l’assouplissement envisagĂ© de la rĂ©glementation de la rĂ©serve marine.

"Tout ça n’a rien Ă  voir avec la rĂ©serve, rien ne dĂ©montre son attractivitĂ©", souligne-t-il, rejoignant la position et les inquiĂ©tudes des scientifiques du parc marin, exprimĂ©e dans une lettre ouverte adressĂ©e Ă  la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin. Selon le scientifique de l’IRD, une intensification de la pĂȘche des squales dans le pĂ©rimĂštre de la rĂ©serve irait d’ailleurs Ă  l’encontre des rĂ©sultats de CHARC.

Des rĂ©sultats qui, d’aprĂšs Marc Soria, n’ont pas Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ©s Ă  leur juste valeur. "À partir du moment oĂč on a rendu nos conclusions alors que certaines mesures avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© prises, nos rĂ©sultats ont Ă©tĂ© un peu dĂ©nigrĂ©s. Ils n’ont pas Ă©tĂ© pris en compte comme Ă©tant sĂ©rieux...", dĂ©plore-t-il.

Marc Soria : "Si ce qu'on dit est faux, alors autant arrĂȘter les recherches"

Parmi les questions laissĂ©es en suspens par l’étude CHARC demeurait notamment celle de la taille de la population de requins bouledogues et tigres, prĂ©alable Ă  la mise en place d’une campagne de prĂ©lĂšvements efficaces selon les scientifiques. "Je ne suis pas contre tuer des requins, mais il faut que ce soit utile", souligne Marc Soria, qui s’explique : "Aujourd’hui on a dĂ©jĂ  tuĂ© prĂšs d’une centaine de requins, en trĂšs grande majoritĂ© sur le seul pĂ©rimĂštre allant du Cap Lahoussaye Ă  Saint-Leu, or c’est la zone oĂč il y a encore des accidents. Soit cela veut dire qu’il y a 10 requins au kilomĂštre et alors on est incapables de les dĂ©celer, soit ils viennent d’ailleurs. Or on sait maintenant que les requins bougent Ă©normĂ©ment et qu’ils peuvent venir d’ailleurs, c’est un milieu ouvert."

Mais les autoritĂ©s ont choisi de passer outre cet Ă©lĂ©ment en amplifiant l’effort de pĂȘche, d’abord dans le cadre de Cap Requins 2, qui prĂ©voit le dĂ©ploiement de drumlines supplĂ©mentaires au large de Trois-Bassins, Saint-Leu, Étang-SalĂ© et Saint-Pierre, mais aussi de par cette Ă©volution de la rĂ©glementation de la rĂ©serve marine que devrait annoncer la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin vendredi.

Et ce au grand dĂ©sespoir des scientifiques, partisans de la poursuite des recherches, ce qui n’est pour le moment pas prĂ©vu. "Nous n’avons plus aucun financement pour poursuivre les Ă©tudes, j’ai compris que ce n’était pas la volontĂ© de l’État, de la RĂ©gion et des communes. Ça me chagrine de ne pas pouvoir faire plus, mais si on considĂšre que ce qu’on dit est faux, alors autant arrĂȘter la science et les recherches...", se dĂ©sole Marc Soria, fataliste.

Cap Requins : l'avis ignoré du comité scientifique

C’est que la place des scientifiques dans la gestion du risque requin s’est avĂ©rĂ©e la plupart du temps ambiguĂ«. PlacĂ©s en premiĂšre ligne lors du lancement de l’étude CHARC, ils ont Ă©tĂ© la cible de nombreuses critiques, l’utilitĂ© de leurs recherches Ă©tant souvent remise en cause.

C’est d’ailleurs ce qui avait conduit l’IRD Ă  se mettre en retrait du programme Cap Requins, auquel l’institut Ă©tait pourtant Ă©troitement associĂ© Ă  l’origine. "On a Ă©tĂ© beaucoup impliquĂ© dans la gestion du risque requin, mais on n’est pas lĂ  pour ça. On doit se recentrer sur la recherche scientifique", expliquait Ă  l’époque Marc Soria, qui est toutefois restĂ© membre du comitĂ© scientifique de Cap Requins.

Mais lĂ  encore, le rĂŽle de ce comitĂ© scientifique est sujet Ă  pas mal de cautions. Dans un bilan datant de septembre 2014, qu’Imaz Press a pu consulter, ce comitĂ© Ă©crivait que "le dĂ©ploiement de smart drumlines dans des zones d’activitĂ© nautique ou de baignade est actuellement prĂ©maturĂ©". Une mise en garde totalement ignorĂ©e, puisque le dĂ©ploiement de Cap Requins en zone rĂ©cifale, au large des Roches Noires, Ă©tait effectif quelques semaines plus tard...

Une dĂ©cision qui a notamment fait bondir Jean-Bernard GalvĂšs, prĂ©sident de Requin IntĂ©gration RĂ©union et porte-parole d’un collectif d’associations environnementales, qui ne cesse de mettre en cause les drumlines, Ă  coup de tribunes parues dans la presse, de pĂ©titions ou de courriers adressĂ©s aux diffĂ©rents maires concernĂ©s. Il estime que ces engins de pĂȘche constituent un "danger" pour les usagers en appĂątant les requins, ce que conteste fermement le comitĂ© des pĂȘches. Ce dernier s’appuie sur l’évaluation finale de Cap Requins 1, dont les rĂ©sultats "suggĂšrent que les smart drumlines n’ont pas modifiĂ© la prĂ©sence de requins dans la zone d’étude".

Le temps de la science n'est pas celui des décision politiques

Concernant ce dĂ©ploiement des drumlines en zone rĂ©cifale, "c’est une dĂ©cision d’une autre nature, il s’agit d’une dĂ©cision politique", justifie de son cĂŽtĂ© Nicolas Le Bianic, chargĂ© de mission auprĂšs de la prĂ©fecture pour la gestion du risque requin, qui considĂšre que "lier les drumlines Ă  la prĂ©sence de requins est malhonnĂȘte".

Comme pour l’IRD et son Ă©tude CHARC, le comitĂ© scientifique de Cap Requins s’est en fait heurtĂ© Ă  une rĂ©alité : le temps de la science n’est pas celui des dĂ©cisions politiques. L’urgence de la situation et le besoin de sĂ©curisation ont conduit les autoritĂ©s Ă  passer outre les recommandations des chercheurs.

Pour Marc Soria, "on est sous l’emprise de la peur et dans une rĂ©action Ă©motionnelle et irrationnelle ; or la peur est rarement de bon conseil, cela nous fait faire des choses qui n’ont pas de sens..."

Pour Nicolas Le Bianic, "l’enjeu, c’est de limiter la frĂ©quentation des requins aux abords des zones d’activitĂ©s nautiques ; et chaque fois qu’on prĂ©lĂšve un requin, on rĂ©duit les risques. On est dans une dĂ©marche de prĂ©caution. L’idĂ©e, c’est qu’une pression rĂ©guliĂšre vienne limiter la frĂ©quentation des requins."

On voit bien lĂ  l’incompatibilitĂ© des deux discours, qui risque de s’accroĂźtre en cas d’ouverture de la chasse sous-marine et de l’extension de la pĂȘche des squales au sein de la rĂ©serve marine. "Ça va nous couper l’herbe sous le pied pour tout ce qui concerne les Ă©tudes sur les requins. Ils vont modifier toute la configuration", estime notamment MichaĂ«l Rard, directeur de l’Observatoire marin de La RĂ©union (OMAR). "On va ouvrir la boĂźte de Pandore... mĂȘme si elle est dĂ©jĂ  ouverte car il y a dĂ©jĂ  des zones de pĂȘche dans la rĂ©serve", ajoute-t-il.

Nicolas Le Bianic : "Il n'y a aucune volonté de lùcher la réserve marine"

En effet, "pour ce qui est de la partie requins, on est dĂ©jĂ  dans une pĂȘche ciblĂ©e, puisque la rĂ©glementation le permet dans des zonages Ă  respecter", prĂ©cise Nicolas Le Bianic. "Mais il n’y a aucune volontĂ© de lĂącher la rĂ©serve marine. Nous ne sommes pas dans cette dĂ©marche. L’objectif est de chercher des solutions Ă  l’intĂ©rieur de la rĂ©serve", assure-t-il.

Si les recommandations ou Ă©tudes des chercheurs ne sont pas toujours suivies d’effets, "on a besoin d’un comitĂ© scientifique pour Ă©valuer notre outil", affirme le chargĂ© de mission auprĂšs de la prĂ©fecture. Cap Requins demeure donc un programme "mesurĂ©, Ă©quilibrĂ© et pesĂ©" selon lui et "ce n’est pas de but en blanc qu’on a dĂ©cidĂ© d’aller pĂȘcher des requins", insiste-t-il.

Reste qu’aprĂšs avoir tardĂ© Ă  prendre la mesure du problĂšme, aprĂšs avoir financĂ© un programme CHARC dont les rĂ©sultats ne sont pas pris en considĂ©ration, aprĂšs avoir lancĂ© une Ă©tude sur la ciguatera suscitant maintes et maintes interrogations, les autoritĂ©s semblent bien avoir laissĂ© de cĂŽtĂ© le volet scientifique pour accĂ©lĂ©rer le volet opĂ©rationnel, sans avoir trouvĂ© l’articulation entre les deux.

Certains le dĂ©plorent tandis que d’autres l’approuvent, mais tous s’accorderont sans doute sur un Ă©lĂ©ment : le temps perdu depuis 2011...

Guilhem George pour www.ipreunion.com

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7 Commentaires
9 ans

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Pau
Pau
10 ans

VoilĂ  encore une fois la preuve que les politiques n'en font qu'Ă  leur tĂȘtes.. Ils sont les premiers Ă  pointer les scientifiques du doigt mais lorsque ces derniers vont des Ă©tudes et des recherches poussĂ©es sur ces squales et leurs comportements ils ne prennent absolument pas en considĂ©ration leurs propos.
Etant moi mĂȘme Ă©tudiante en biologie, je me sens complĂštement concernĂ©e par cette "crise requin" parce que les politiques encore une fois cherchent Ă  faire les choses en grand dans la prĂ©cipitation et le rĂ©sultat ?
Une pĂȘche intensifiĂ©e scandaleuse des squales et ce mĂȘme au sein de la rĂ©serve marine. Quand on connait tout les efforts de prĂ©servation qui ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© afin de crĂ©er cette rĂ©serve et de conserver le peu de biodiversitĂ© qu'il reste Ă  la RĂ©union, c'est dĂ©solant..
Je suis horrifiée, par ce que devient notre ßle!

Zot i comprend pas que c l'homme la pou dérÚgle toute? Kansa i sa roder band vraies solutions au lieu cache a zot derniÚre des massacres que néna point aucun sens?

capatin igloo
capatin igloo
10 ans

il faut mesurer l'évolution des discours pour prendre la mesure de la sincérité de chacun.
au départ, en 2011, les scientifiques ont dit que le requin n'attaque pas l'homme, que ces accidents sont des erreurs alimentaires.
dĂ©sormais, ils nous prĂ©viennent qu'il est vain de pĂȘcher parce que tous les requins de l'ocĂ©an passant par ici auront le mĂȘme comportement et attaqueront.
et ils s'étonnent qu'on puisse douter..............

974
974
10 ans

Jean ba...kossa ou voie comme propos faciste dans le post kamaradana?????lé pas criant de vérité ce ke li la dit....kossa lé faciste en dans là????développé souple!!!!

jean ba
jean ba
10 ans

Kamaradana gard zot discour faciste ,deja 10 ans avant il y avait autant de creole et de zoreil a surfer ,zot argumentation est RIDICULE !!Zot y crois quoi que l argent il viens tous seul a la reunion ,40 % de touristes en moins par an ,et vous vous demandez pourqyoi kes gens ont plus de boulot ....

Kamaradana de Sainte-ThérÚse
Kamaradana de Sainte-ThérÚse
10 ans

La "Pseudo-Crise requin" n'intéresse pas les réunionnais les plus démunis qui souffrent quotidiennement de la pauvreté, du mal-vivre, du chÎmage, de la précarité institutionnalisée, des logement insalubres et du mépris et du refus de la RCF (République Coloniale Française) à satisfaire leurs justes et légitimes revendications.
Satisfaire en priorité les demandes inappropriées d'une "minorité" de membres de la "Communauté ZorÚy" non-intégrée à la société réunionnaise pour leur permettre de pratiquer une "activité nautique importée" au détriment de la grande majorité des autochtones est une insulte aux peuples réunionnais...
"...Nou lé pas plis, nou lé pa mwin, respÚkt anou..! "

charlie
charlie
10 ans

oui en 2015, chez nous, c'est le retour à l'obscurantisme. Ce Bianic se prend pour un mini rambo; c'est pathetique. (supprimé pour prise à partie - webmaster ipreunon.com)