Alors que la saison cyclonique 2025-2026 s'est officiellement achevée le 30 avril dernier, Météo France Réunion fait le bilan. Les météorologues notent une saison "plus active que la normale mais moins remarquable que la saison précédente". Si La Réunion a été épargnée, les scientifiques rappellent que "trois systèmes ont touché les terres habitées, dont deux avec des impacts significatifs, notamment sur Madagascar où les cyclones Fytia et surtout Gezani ont laissé derrière eux un lourd bilan humain et matériel." À l'heure de ce bilan, les météorologues indiquent qu'une activité tardive n'est pas exclue ...
"Un début de saison précoce, un coeur de saison actif, des impacts cycloniques très marquants sur Madagascar" c'est comme cela que Météo France résume cette saison cyclonique qui se termine....
- En cas de nouveau système tardif, il s'appellerait Kundai -

- Un début de saison exceptionnellement précoce -
Si la saison précédente avait démarré plus tôt que d’habitude (tempête Ancha baptisée dès le 1er octobre 2024), on observe en 2025 un démarrage de l’activité perturbée tropicale encore plus atypique, en plein coeur de l’hiver austral, à une période habituellement très peu propice à la cyclogenèse !
En effet, la dépression tropicale n°01 voit le jour dès le 16 juillet, sans toutefois atteindre le stade de baptême. Mais quelques semaines plus tard, la première tempête tropicale de la saison se forme le 7 août, baptisée Awo.
Il faut remonter à 1996 pour observer une tempête tropicale sur notre bassin au mois d’août. La 2e tempête de la saison, Blossom, éclot brièvement le 10 septembre. Puis c’est au tour de Chenge de se former en seconde quinzaine d’octobre. Si Awo et Blossom sont des tempêtes éphémères, ne survivant pas plus de 24 heures,
Chenge a une durée de vie plus longue, comptabilisant 7 jours complets au stade tempête. Ces phénomènes restent majoritairement à l’écart des terres habitées, même si Chenge circule à proximité d’Agaléga et des îles Extérieures des Seychelles, sans conséquences notables.
Il est très rare d’avoir déjà 3 tempêtes au compteur avant le 1er novembre. Après un tel démarrage précoce, le bassin reprend son souffle en faisant une pause d’environ 2 mois jusqu’à la période de Noël. On avait observé un scénario relativement similaire en début de saison 2022-2023 (les tempêtes tropicales précoces Ashley et Balita avaient été suivies d’une pause jusqu’à fin décembre).
- Un coeur de saison actif concentré entre fin décembre et fin février -
Après une pause de 2 mois, l’entrée de la tempête Grant dans notre bassin depuis la zone australienne le 27 décembre marque le début d’une phase d’activité quasi ininterrompue qui se prolonge jusqu’à fin février. Durant ces 2 mois, pas moins de 6 phénomènes cycloniques nommés se succèdent.
Si l’on excepte l’éphémère forte tempête tropicale Ewetse, les 5 autres ont tous atteint le stade de cyclone tropical, dont 4 jusqu’au stade de cyclone intense. Grant, Dudzai et Gezani ont eu une importante durée de vie à un stade mature (cyclone ou plus) : 4 à 5 jours pour chacun d’eux. Dudzai est le phénomène qui combine à la fois la plus longue durée de vie et la plus forte énergie cyclonique cumulée (ACE*), passant plus de 11 jours à un stade tempête (ou plus), juste devant les 9 jours de Gezani.
Horacio clôture cette période très active, passant à environ 200 km à l’est-sud-est de Rodrigues avant de devenir post-tropical en soirée du 25 février. Ainsi, la période de 60 jours s’étalant du 27/12 au 25/02 concentre plus de 85 % de l’ACE totale de la saison.
- Madagascar frappé successivement par les cyclones Fytia et Gezani -
Madagascar est le pays le plus sévèrement meurtri par l’activité cyclonique du coeur de saison, subissant en moins de 2 semaines les atterrissages successifs du cyclone Fytia (le 31 janvier au nord-ouest du pays) puis de Gezani (le 10 février sur la côte centre-est).
Fytia naît dans le centre-nord du Canal du Mozambique et observe une intensification rapide juste avant de toucher terre sur l’ouest de la province de Mahajanga, à l’est du cap Saint-André au niveau du cap Amparafaka (district de Soalala, région Boeny). Son intensité maximale, atteinte au moment de toucher terre, est estimée à l’échelon maximal du stade cyclone tropical.
Il est ainsi comparable au cyclone Belna qui avait frappé précisément cette même zone le 10 décembre 2019 et il faut remonter au cyclone Andry du 12 décembre 1983 pour trouver un impact cyclonique significativement plus puissant sur cette province.
Fytia génère d’importants dégâts et des inondations meurtrières, non seulement près de sa zone d’atterrissage mais aussi dans le centre du pays, causant la mort de 12 personnes et plus de 70.000 sinistrés.
Le système ressort affaibli par la côte centre-est avant de connaître une nouvelle intensification plus modeste sur l’océan, jusqu’à presque atteindre le stade de cyclone tropical lors de son passage à 250 km au sud-ouest de La Réunion le soir du 2 février.
Une semaine plus tard, au terme d’une cyclogenèse très laborieuse, le système Gezani consolide son statut de tempête tropicale le 9 février au nord des Mascareignes.
Il connaît alors une intensification rapide jusqu’au stade cyclone tropical intense tout en orientant son cap irrémédiablement vers la Grande Ile.
C’est au paroxysme de sa puissance que le mur de l’oeil du météore frappe la ville de Tamatave (Toamasina, près de 400 000 habitants) en soirée du 10 février, avec des vents dévastateurs estimés à plus de 190 km/h et des rafales supérieures à 270 km/h. Il s’agit du plus violent impact cyclonique recensé sur le secteur de Toamasina (au moins depuis le début de l’ère satellitaire), supérieur à ceux des cyclones Geralda (février 1994) et Ava (janvier 2018).
Gezani provoque aussi d’importantes inondations et des glissements de terrain près de la zone d’impact. Les dégâts sur la grande ville portuaire sont catastrophiques et le bilan humain est dramatique (au moins 63 morts, des milliers d’habitations détruites et plus de 140 millions de dollars de dégâts). Après sa traversée des terres malgaches, Gezani se réintensifie rapidement dans le Canal du Mozambique et circule ensuite près de la côte sud-est du Mozambique (province d’Inhambane) en tutoyant de nouveau le stade de cyclone intense.
La partie ouest du mur de l’oeil longe la côte mozambicaine dans la nuit du 13 au 14 février et génère des dégâts significatifs mais qui restent heureusement localisés. L’épisode Gezani survient dans un contexte où le sud du Mozambique avait déjà été durement éprouvé en début de saison par des pluies et des inondations catastrophiques.
Gezani effectue ensuite une boucle en effleurant la côte sud-ouest de Madagascar au large de Tuléar (Toliara), y apportant des vents forts et des pluies soutenues, mais en restant beaucoup moins impactant sur cette zone que les cyclones Honde et Jude de la saison précédente.
- Les territoires français globalement épargnés -
Contrairement aux deux années précédentes, marquées par les impacts cycloniques directs des cyclones Belal (2024) puis Garance (2025), La Réunion n’a pas connu l’impact direct du cœur d’un phénomène cyclonique.
Une influence périphérique a pu être constatée en marge de la tempête Fytia passant à plus de 250 km au sud-ouest de l’île début février, avec le passage d’une bande pluvio-orageuse sur l’île, mais sans quantités de pluie notables.
L’absence de phénomènes cycloniques à proximité de l’île, associée à des épisodes pluvio-orageux moins fréquents que d’habitude, ont d’ailleurs conduit à une saison des pluies exceptionnellement peu arrosée par rapport à la normale. Le déficit est particulièrement criant sur l’est et l’intérieur de l’île (moitié moins d’eau que la normale).
- Horacio : un cyclone intense aux portes de Rodrigues au sud du 20ème parallèle -
Horacio se forme le 20 février au sud des Chagos. Après un démarrage plutôt lent dans un premier temps, il bénéficie ensuite de conditions très propices à son développement, lui permettant d’atteindre le haut du stade cyclone intense en soirée du 23 février.
Il a la particularité d’atteindre un pic d’intensité très marqué (vents moyens à 200 km/h) à une latitude remarquablement basse (20.6°S) pour une telle intensité. Les exemples comparables sur les 30 dernières années se comptent sur les doigts d’une main (Bansi en 2015, Juliet en 2005). Sa trajectoire vers le sud-ouest le rendait pendant un moment menaçant pour Rodrigues, mais elle finit heureusement par effectuer une parabole plongeant vers le sud, passant donc au paroxysme de son intensité à environ 200 km à l’est-sud-est du territoire, qui évite donc les dangers d’Horacio.
Cela nous rappelle que, même si les Mascareignes ont été épargnées cette saison, ces territoires restent potentiellement exposés à des phénomènes cycloniques d’intensité majeure.
- Un mois de mars calme et une fin de saison un peu moins active -
Une fois qu’Horacio perd ses caractéristiques tropicales et se fond dans la circulation des moyennes latitudes fin février, les conditions deviennent plus défavorables à la formation des phénomènes cycloniques au mois de mars.
Le système n°12 parvient tout juste à atteindre de façon éphémère le stade de dépression tropicale pendant 12 heures en milieu de mois. On aboutit donc à un mois de mars "blanc" (sans aucune tempête tropicale), ce qui est rare mais pas inédit : il faut remonter à la saison 2012-2013 pour observer un tel mois de mars. Un regain d’activité dans la zone de convergence intertropicale se manifeste ensuite début avril, permettant la formation du système Indusa sur l’est du bassin.
Quelques semaines plus tard, une éphémère tempête subtropicale (phénomène aux caractéristiques hybrides mélangeant celles des phénomènes tropicaux et extratropicaux) se forme au large du sud de Madagascar le 27 avril, baptisée Juluka.
- Retour sur les prévisions saisonnières d’activité cyclonique -
Fin octobre 2025, nous annoncions que la saison cyclonique 2025-2026 allait probablement connaître une activité normale à excédentaire avec 10 à 14 tempêtes nommées dont 5 à 8 deviendraient des cyclones (lien).
Cette prévision s’est vérifiée, avec 11 phénomènes nommés (10 tropicaux + 1 subtropical), dont 6 cyclones, et une activité supérieure à la normale en termes d’ACE (excédentaire à la normale de plus de 20 % et dans le tiers supérieur de la distribution climatologique).
Concernant les caractéristiques plus qualitatives de la prévision (types de trajectoires et répartition géographique sur le bassin), la prévision s’est globalement montrée correcte, à quelques détails près : parmi les 10 phénomènes purement tropicaux, 5 tempêtes ont pris naissance sur l’est du bassin (ou en zone australienne pour Grant), 3 sur le centre du bassin et 2 sur l’ouest du bassin, dans le canal du Mozambique.

Pour le centre et l’est du bassin, ces chiffres sont proches de la climatologie et un peu inférieurs à ce qui était envisagé (prévisions annonçant respectivement 4 à 5 sur le centre, 6 à 8 à l’est).
A l’inverse, le nombre de cyclogenèses dans le Canal est dans le haut de la fourchette prévue, qui était de 0 à 2. Parmi les 5 systèmes ayant pris naissance à l’est de 70°E, aucun n’est strictement resté à l’est de ce méridien, ce qui est peu commun : ces systèmes ont en effet systématiquement débordé au moins sur la bande centrale (50 à 70°E).
Avec des trajectoires paraboliques privilégiées, un risque d’impact « a minima climatologique pour les Mascareignes, Madagascar et la moitié sud du Mozambique » avait été anticipé, ainsi qu’un « risque atténué sur le nord du Canal du Mozambique ».
Si le risque d’impact se vérifie bien pour Madagascar (3 impacts) et le sud du Mozambique (impact direct de Gezani), la menace théoriquement un peu plus importante que la normale qu’on pouvait craindre sur les Mascareignes ne s’est pas concrétisée, car les systèmes ayant adopté une trajectoire parabolique ont soit plongé vers le sud à l’est de Rodrigues (Dudzai, Horacio ou Indusa) ou se sont affaiblis significativement à leur passage près des Mascareignes (fin de vie affaiblie de Grant, début de vie laborieux de Gezani, cyclogenèse avortée du système n°08-20252026).
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