À La Réunion, des femmes condamnées à mourir sous les coups de leurs conjoints parce que la société ne les protège pas

  • Publié le 17 juin 2026 à 02:59
  • Actualisé le 17 juin 2026 à 16:02
violence femme

Ce lundi 15 juin 2026, le RAID a abattu un homme qui séquestrait et menaçait son ex-compagne. Dans un communiqué qui tombera quelques heures plus tard, la procureure de la République par intérim annonce que l’homme était connu de la justice. Pire, il a été condamné le 30 avril dernier pour violence sur la victime qu’il souhaitait abattre à nouveau. Moins de deux mois après sa condamnation, il récidive avec l’objectif cette fois, semble-t-il, d’en finir pour de bon et de ne pas manquer sa cible (Photo www.imazpress.com)

Comment un homme connu et condamné par la justice il y a quelques semaines peut se rendre au domicile de son ex-compagne et tenter de la tuer ? Dans un pays où les institutions fonctionneraient comme il se doit, une victime est en sécurité quand la justice est passée.

À La Réunion, comme ailleurs en France, il n’en est rien. La justice ne nous protège pas, un procès ne nous protège pas, une peine de prison ne nous protège pas.
Sur notre île, les femmes réunionnaises semblent être condamnées à mourir sous les coups de leurs conjoints, de leur mari, de leur ex-mari, parce que la société et la justice ne les protègent pas.

L’homme abattu par le RAID a été "condamné le 30 avril 2026 par le tribunal correctionnel à une peine de six mois d’emprisonnement assortie d’un sursis probatoire de deux ans, comprenant notamment des obligations de soins et de travail, pour des faits de menaces sur la même victime, de dégradations et de violences commis sur un ascendant", ce sont les informations partagées ce lundi soir par le parquet de Saint-Pierre.

- La Réunion est malade de ces violences conjugales -

Ce lundi soir, c’est avec un couteau sous la gorge qu’il tenait sa victime, alors qu’il aurait pu être en prison. C’est avec ce couteau qu’il lui a probablement lacéré le visage, le parquet nous informe que la victime prise en otage y porte des lésions. Le message est clair, si elle n’est pas à lui, elle ne sera à personne.
L’emprise, la violence, puis la mort.

La Réunion est malade de ces violences conjugales, des femmes en souffrance et des enfants témoins d’une violence qui les traumatise, les transforme ou les tue eux aussi.

Aux Avirons en 2024, c’est un père de famille d’une soixantaine d’années qui tue ses enfants âgés de 4 et 7 ans. Au moment des faits, leur maman est à son travail au port Alertée par des SMS inquiétants, elle contacte les gendarmes. Sur place, ces derniers retrouvent l’homme pendu et à ses pieds deux petits corps enroulés dans des draps blancs. La maman mettra fin à ses jours quelques semaines plus tard.

Lire aussi : Infanticides aux Avirons : la mère des deux petites filles a mis fin à ses jours

Tuer les enfants pour indirectement tuer leur mère. Les infanticides marquent l’histoire de la Réunion, choquent, des inconnus apportent des fleurs, blanches, et marchent, puis les drames recommencent.

- La violence commence derrière les portes closes des foyers de La Réunion -

À La Réunion, pour lutter contre les violences conjugales, nous avons les marches blanches, des médecins, des bénévoles et puis rien. Puisque même lorsque la justice passe, la femme est toujours en danger. Les victimes ont même le sentiment d’être encore plus vulnérables, encore plus en insécurité quand elles décident de partir et de parler.

Avant ces faits qui marquent les esprits, la violence commence derrière les portes closes des foyers.

Le téléphone sonne : "je ne peux pas parler longtemps. Il ne veut plus que j’appelle ou que je parle aux gens". Ce sont les mots de Colette, enfermée dans sa chambre, cachée sous une couette avec son écran ouvert. Elle n’a plus le droit de fermer la porte à clef, il peut rentrer à n’importe quel moment. Alors, le temps d’un appel vidéo, elle essaiera de cacher la lumière de l’écran et les sons des échanges. Il faut parler vite et peu.

C’est l’histoire d’un piège qu’elle n’a pas vu venir et qui s’est refermé sur elle. Avec cet homme, attentionné, intelligent.Elle n’a pas vu le danger arriver. Elle était en sécurité.

Ça a ressemblé au fil du temps à des demandes presque banales au fil d’une discussion où il s’interroge : "ton amie là, elle te manipule. Elle t’a menti, je l’ai entendue au téléphone, elle t’a menti".

Au fil du temps, il dira qu’il ne veut plus que ces amies viennent chez eux.

- C’est l’histoire d’un départ, avant la mort -

C’est l’histoire d’une chute dans un escalier en ville, avec leur enfant en porte-bébé, un poignet fracturé. Au grand jour, pas vu, pas pris.

Puis l’histoire d’un départ, seule. De son enfant qu’on récupère à la crèche en milieu de journée, en demandant s’il est possible d’avoir quelques couches.

Un départ. Précipité. La veille encore, un conjoint qui exige de récupérer les passeports. Qui prétend avoir perdu ses clefs, qui se poste dans le salon et n’en bouge plus.

C’est l’histoire d’un départ, avec quelques couches dans un sac à main, un billet d’avion pour disparaitre et très peu d’aide. "Votre amie veut-elle disparaitre de tous les radars ou rentrer dans sa ville d’origine ?".  "On peut la cacher à l’étranger », explique la bénévole d’une association basée dans un pays européen.

C’est l’histoire d’un départ, avant la mort. Une fuite organisée en quelques heures.

C'est l'histoire, encore une autre, d'une Réunionnaise. L'histoire d'une promesse : "quand je sors de prison, je te tue !" C'est l'histoire d'une promesse tenue. En plein jour, et sous les yeux de leur enfant.

Où sont les institutions, où sont les logements d’urgence, où est la dignité lorsqu'une femme victime de violence subit des humiliations lorsqu’elle récupère un colis alimentaire : "mais vous, on vous a déjà aidé ! Et la regardez toutes ces bonnes choses qu’on vous donne encore".

Les femmes meurent sous les coups de leurs conjoints, malgré le téléphone grave danger, malgré les ordonnances de protection.

C’est l’histoire d’un autre homme qui ira au siège d’une association à La Réunion pour mettre le feu aux locaux parce que les bénévolesont aidé sa femme à partir et à survivre.

C’est l’histoire de dossiers qui partent en fumée ce jour-là : tout à refaire, il faut tout recommencer.

C’est l’histoire du courage infini de celles qui réussissent à partir, à porter plainte, mais qui mourront quand même car les institutions, qui perdent en budget, ne les protègent pas.

- Honteux, intolérable, inacceptable -

À celles qui restent, le couteau sous la gorge et sous celles de leurs enfants, nous vous voyons.

Nous savons les dangers que chaque tentative de départ cause.

Nous savons la longue attente pour un logement social à La Réunion même lorsqu’un dossier prioritaire aboutira au bout d’une année.

Nous savons les crises de panique quand une lettre ou un e-mail arrivent avec le nom de votre bourreau. Nous savons l’attente pour un colis alimentaire, la honte, la peur, les remarques déplacées, l’effroi, le désespoir.

Et cet éternel recommencement. Il semble, malheureusement, que votre pays ne vous protège pas.

Honteux, intolérable, inacceptable.

Il serait grand temps que nos gouvernants le comprennent… et agissent.

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1 Commentaires
Michel
Michel
7 heures

Et l'alcool joue un rôle non négligeable concernant les violences familiales.