Colère agricole : les agriculteurs réunionnais solidaires de leurs collègues de l'Hexagone

  • Publié le 9 janvier 2026 à 10:31
manifestation agriculteurs

(Actualisé) Les agriculteurs français ne décolèrent pas à l'approche de la signature de l'accord de libre-échange entre le Mercosur (Marché commun du Sud) et l'Union européenne. À La Réunion, la profession se dit solidaire des manifestations qui secouent le pays, et alertent sur les impacts possibles de cet accord pour la production réunionnaise. Emmanuel Macron a tranché, la France votera "contre" l'accord commercial (Photo : rb/www.imazpress.com)

"Nous sommes évidemment solidaires de nos collègues mobilisés en Hexagone", souligne Stéphane Sarnon, président de la FDSEA Réunion. "En décembre, nous avons mené une action pour signifier notre opposition à cet accord, et un courrier commun a été envoyé au préfet pour alerter sur les impacts pour la profession", dit-il. 

Les agriculteurs s'inquiètent notamment de l'impact pour la filière viande, mais aussi sucrière. "Nous dépendons beaucoup des importations de viandes, notamment de porc ou de volaille. Si on n'empêche pas le Mercosur, des produits moins chers mais soumis à beaucoup moins de normes vont être importés et impactés les filières locales et de métropole", détaille Stéphane Sarnon. 

L'importation de viande est "un gros sujet", rappelle Michel Moutama, président de la CGPER. "À La Réunion, on ne peut plus installer de jeunes éleveurs dans de nouveaux bâtiments parce que l'Etat ne délivre plus d'autorisation. L'abattoir de volaille et de porc génère des déchets, et leur traitement est arrivé à saturation", explique l'agriculteur. 

"Cet accord, c'est donc la porte ouverte à des containers de viande venus d'Amérique du Sud."

Il s'inquiète par ailleurs de l'impact sur la filière sucre, déjà fragilisée par les crises successives. "On va devoir se battre avec les pays du Mercosur, notamment le Brésil. Ici, on travaille dur pour créer des plus-values à nos sucres, qui sont produits dans des conditions beaucoup plus drastiques. Les sucres du Sud vont arriver en concurrence avec nos sucres, qui sont déjà en concurrence direct avec le marché libre européen", alerte-t-il. 

Pour Michel Moutama, "on ne peut être que solidaire du mouvement" en cours partout en France. "Une délégation sera présente ce week-end pour soutenir les manifestants, la CGPER devant être présente à Paris pour une convention nationale de la Confédération paysanne", annonce-t-il.

Pas de manifestation prévue à La Réunion cependant. "Les agriculteurs sont inquiets pour leurs exploitations en cette période cyclonique. Nous sommes en pleine sécurisation de nos exploitations", souligne Stéphane Sarnon. 

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- Reçus au Parlement -

Une "loi spéciale" pour la FNSEA, un "moratoire sur les contrôles" pour la Coordination rurale: les deux syndicats agricoles ont déroulé jeudi leurs demandes à la présidente de l’Assemblée nationale, où des centaines d’agriculteurs se sont rassemblés, tandis que des tracteurs campaient dans la capitale.

La Coordination rurale (CR), deuxième syndicat agricole, habitué des opérations coup de poing, est passée outre l’interdiction de manifester près des institutions parisiennes et a débarqué jeudi à l’aube autour de l’Arc de Triomphe et de la Tour Eiffel.

La FNSEA, premier syndicat avec ses alliés des Jeunes Agriculteurs, a elle appelé à un grand rassemblement devant le Parlement européen à Strabourg le 20 janvier si l’accord de libre-échange entre l’UE et des pays du Mercosur était signé. Un vote a lieu vendredi à Bruxelles.

Reçus par le président du sénat Gérard Larcher, puis par la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet, les syndicats ont porté le ras-le-bol d’une profession "à bout".

À la sortie, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a demandé un "créneau d’ici mars-avril" au Parlement pour une loi spéciale destinée à apporter des réponses "concrètes".

Face à la défiance des agriculteurs envers les politiques, il a appelé les parlementaires à voter le budget de l’Etat pour 2026, qui soulagerait par exemple les viticulteurs, et à appuyer la publication des décrets pour "enfin" appliquer la loi d’orientation agricole et la loi dite Duplomb.

Des parlementaires sont venus échanger avec des manifestants de la CR, ainsi que la ministre de l’Agriculture Annie Genevard qui n’a pas fait de déclaration. Plus tôt, Yaël Braun-Pivet qui était allée à la rencontre des manifestants, avait été chahutée et invectivée.

José Pérez, président de la CR du Lot-et-Garonne, a déploré une absence d’engagement après l’échange avec la ministre. "Il n’y a rien du tout, aujourd’hui il faudrait un engagement sur la suppression des normes françaises", a-t-il ajouté.

- "Moratoire" sur les contrôles -

La CR demande un "moratoire" sur les contrôles jusqu’à la présidentielle, une mesure "facile" à prendre dans l’immédiat, a déclaré Bertrand Venteau, le président de la CR.

Cette première condition pour lever le camp est "entre les mains du Premier ministre et de la ministre de l’Agriculture", a-t-il dit.

Il souhaite aussi la suppression des agences environnementales, ainsi que la fin de l’abattage total des troupeaux bovins infectés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), stratégie qui a ravivé début décembre la colère des agriculteurs.

Les syndicats agricoles rejettent aussi unanimement l’accord de libre-échange entre l’UE et des pays du Mercosur, qui doit faire l’objet d’un vote des Etats membres vendredi à Bruxelles.

Emmanuel Macron a tranché: malgré les concessions "incontestables" de Bruxelles, la France votera "contre" l'accord commercial avec le Mercosur, un choix qui ne bloquera pas le traité et qui l'expose à un procès en perte d'influence mais qui devrait permettre de sauver le gouvernement. "Le constat doit être dressé d'un rejet politique unanime de l'accord", a déclaré jeudi soir le chef de l'Etat dans un communiqué annonçant sa décision.

Avec une classe politique hostile et des manifestations agitées d'agriculteurs venus en tracteurs à Paris, la pression était forte contre cet accord de libre-échange sur lequel les Vingt-Sept doivent se prononcer vendredi, pour une signature avec le bloc latino-américain prévue la semaine prochaine.

Début novembre, depuis le Brésil, Emmanuel Macron avait insisté sur les bienfaits du texte pour "notre filière viticole qui est heurtée par les tarifs américains" et pour "beaucoup de secteurs industriels" en quête de "diversification".

Il avait aussi salué le "paquet" de mesures "tout à fait acceptable" proposé par Bruxelles, notamment sur une "clause de sauvegarde" pour protéger les filières agricoles en cas de perturbation du marché. "Je suis plutôt positif mais je reste vigilant", avait-il lâché, laissant entrevoir un possible feu vert français à terme, si d'autres exigences étaient satisfaites.

Ses déclarations avaient toutefois mis le feu aux poudres en France.

www.imazpress.com avec l'AFP/[email protected]

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