[Vidéos] Handicap invisible : des difficultés cachées, des préjugés bien visibles

  • Publié le 30 juillet 2026 à 09:06
  • Actualisé le 30 juillet 2026 à 09:07
Denise Ledormeur, fondatrice et adulte relais au sein de l’association Handicap Solidaires  En jaune : Geraldine Adolphe, bénévole au sein de l’association Handicap Solidaires

À l'occasion de la journée "Art-Lévé", organisée ce samedi 1er août 2026, à la médiathèque du Port, l'association Handicap Solidaire souhaite sensibiliser le grand public au handicap invisible. Derrière des pathologies qui ne se voient pas, des milliers de Réunionnais.es doivent encore, au quotidien, expliquer, justifier, voire prouver leur handicap pour faire valoir leurs droits. Une réalité que les associations espèrent faire évoluer. (Photos Richard Bouhet / www.imazpress.com)

Ce samedi, la médiathèque Benoîte-Boulard du Port accueillera "Art-Lévé", une journée de sensibilisation consacrée au handicap, à la résilience et à l'inclusion. Au programme : conférences, témoignages, performances artistiques et échanges.

Organisée par l'association Handicap Solidaire, cette manifestation, gratuite, a pour objectif de faire évoluer le regard porté sur le handicap, en particulier lorsqu'il est invisible. "Le handicap ne limite pas la personne dans l'ensemble de ses compétences. Nous voulons mettre en avant la résilience, montrer que nous sommes capables", explique Denise Ledormeur, fondatrice et adulte relais de l'association. Écoutez.

- Un handicap qui ne se voit pas... mais qui existe -

Selon l'association, près de 80 % des situations de handicap sont invisibles. Troubles psychiques, autisme, TDAH, maladies chroniques, douleurs permanentes, troubles cognitifs ou encore dyslexie : autant de réalités qui ne sont pas perceptibles au premier regard. "Si la personne ne nous dit pas qu'elle est concernée, on ne va pas savoir qu'elle est touchée par un handicap", résume Denise Ledormeur.

Pourtant, cette invisibilité est souvent source d'incompréhension. Dans une file d'attente prioritaire, sur une place de stationnement réservée ou lors de démarches administratives, certaines personnes racontent devoir régulièrement expliquer pourquoi elles bénéficient de certains droits.

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"Les gens ont tendance à ne pas croire ce qu'ils ne voient pas. Lors de démarches administratives, par exemple, il arrive que l'association doive accompagner une personne porteuse de handicap", regrette la fondatrice de Handicap Solidaire. "Ça apporte parfois de la crédibilité et permet de faire avancer la situation".

- "Je laisse mon chariot et je pars" -

Elle-même atteinte d'un trouble bipolaire, Denise Ledormeur décrit des difficultés souvent méconnues. "Je suis stable, mais certaines journées sont émotionnellement très difficiles. En fin de journée, je ne vais pas pouvoir attendre à la caisse d'un supermarché. Alors si je suis dans la file prioritaire et qu'on me demande de justifier mon handicap, je n'aurai pas la force... Je laisse mon chariot et je pars", elle confie. "J'ai des difficultés de concentration quand l'émotion devient trop intense".

Au-delà des symptômes, c'est surtout le regard porté sur les maladies psychiques qui demeure difficile à vivre. "Le handicap psychique est souvent associé à la folie et on entend encore des gens dire "la tét la pa bon". On est loin d'une société inclusive." 

Selon Denise Ledormeur, les progrès existent, mais restent insuffisants. "L'année dernière, nous avons célébré les vingt ans de la loi sur le handicap. Il y a eu des avancées, mais nous sommes encore loin du compte." Elle lance un appel à l'ensemble de la population : "Regardons avec le cœur. La différence n'est pas une faiblesse, c'est aussi une richesse que chacun peut apporter. Soyons solidaires."

- Le regard des autres, un obstacle supplémentaire -

Bénévole au sein de l'association, Géraldine Adolphe connaît elle aussi cette réalité. Notamment atteinte de plusieurs troubles "dys" et amputée d'une jambe, elle explique que certaines difficultés restent invisibles. "Quand quelqu'un me pose une question, je cherche parfois mes mots. J'ai peur d'être jugée, de mal faire". Elle raconte.

Si son amputation est parfois visible, en fonction de la tenue qu'elle porte, ses troubles cognitifs, eux, ne le sont pas. "À la caisse prioritaire, sortir ma carte de mon sac représente parfois un énorme effort. J'ai le droit de passer, mais j'ai honte de devoir montrer que je suis handicapée."

Pour elle, le plus difficile reste parfois le regard des autres et celui qu'elle porte sur elle-même. "On pense avoir accepté son handicap. Puis quelqu'un fait une remarque et on se rend compte que la blessure est toujours là."

Née valide, Géraldine a pris du temps à accepter son handicap. Elle continue aujourd'hui ce travail sur elle-même et souligne l'importance de profiter de l'instant présent.

- Un cordon tournesol pour éviter d'avoir à se justifier -

Afin de rendre le handicap invisible plus facilement identifiable, plusieurs associations réunionnaises encouragent désormais l'utilisation du cordon Tournesol, ou "Hidden Disabilities Sunflower". Créé au Royaume-Uni en 2016, il permet à une personne de signaler discrètement qu'elle peut avoir besoin "de compréhension, de patience ou d'une aide adaptée", sans avoir à dévoiler sa pathologie.

L'association Les Hérauts' Invisibles le propose désormais au Tampon afin de favoriser sa diffusion à La Réunion. "Parce qu'un handicap ne se voit pas toujours, ce simple cordon est un véritable outil de sensibilisation qui favorise la bienveillance et l'inclusion au quotidien", souligne l'association.

Pour Denise Ledormeur, la sensibilisation reste la clé. "Nous aimerions que le handicap invisible soit davantage reconnu. Pourquoi ne retrouve-t-on pas aussi son symbole sur les places prioritaires ? À quand une véritable place du handicap invisible dans notre société ?"

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- Art-Lévé : une journée pour sensibiliser autrement -

L'événement Art-Lévé se déroulera ce samedi 1er août, de 10 heures à 17 h 30, à la médiathèque Benoîte-Boulard du Port. Ouverte gratuitement au public, cette journée proposera des conférences, des témoignages sur le handicap invisible, les violences conjugales, le polyhandicap, l'inceste ou encore les addictions, ainsi que plusieurs performances artistiques et un ron maloya en clôture.

L'association Handicap Solidaire souhaite faire de cette journée un temps d'échange où le handicap sera abordé sous l'angle des compétences, de la résilience et de l'inclusion.

vg / www.imapress.com / [email protected]

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