Hausse des carburants : ils font entre 100 et 350 kilomètres par jour, des professionnels de la route menacent de faire grève

  • Publié le 30 mars 2026 à 03:00
Station service poids lourd

Ce mercredi 1er avril 2026, les carburants vont augmenter. Les Réunionnais n'auront donc pas d'autre choix qu'une fois de plus, mettre la main au porte-monnaie. Sur notre île, infirmiers libéraux, transporteurs, taxiteurs, ambulanciers notamment s’inquiètent et s’interrogent. Le gouvernement a annoncé des aides mais pour ces professionnels de la route qui font entre 100 et 350 kilomètres quotidiennement, ce ne sont que des "miettes". Certains envisagent de se mobiliser à partir du 1er avril (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

Ces actions viseraient à dénoncer l’explosion des coûts du carburant, qui met en péril la rentabilité de nombreuses entreprises du secteur.

Lire aussi - Carburants : Réunionnais.es c'est confirmé, vous allez devoir payer (très cher) à la pompe et dans les rayons des magasins

- Face à la hausse des carburants, les transporteurs menacent de faire grève -

"Les transporteurs feront grève seulement devant les donneurs d'ordre, s'ils refusent d'appliquer l'indexation du carburant sur la facture", explique à Imaz Press, Michel Allamèle, président de la FTR (fédération de transporteurs terrassiers).

Une mesure prévue dans la réglementation et la charte des bonnes pratiques sur les transports qui stipule que "pour toute augmentation concernant le carburant, elle peut être répercutée directement sur la facture", dit-il.

Sauf que si dans les faits c'est obligatoire, selon les syndicats, "certains donneurs d'ordre n'accepte pas".

Michel Allamèle précise, "33 km par jour c'est 150 euros en plus pour le plein et près de 300 euros pour les grands trajets. Nous ne pouvons payer cela de notre poche".

Il existe par ailleurs une aide versée par la Région Réunion, qui permet à certains professionnels d’obtenir un remboursement de 8 centimes d’euros par litre de gazole pour les entreprises de transport de marchandises et de voyageurs, et 23 centimes d’euros par litre de gazole pour les entreprises de taxi, ambulance, auto-école, véhicule de transport avec chauffeur et transport de produits sensibles (sang, médicaments, greffes de reins, cornées).

Une détaxe partielle, maintenue par la Région Réunion, qui s'applique également aux agriculteurs et aux pêcheurs.

À La Réunion, le président de la Fédération nationale des transporteurs, Jean-Gaël Rivière prévient, dès le 1er avril, en cas de refus, les transporteurs cesseront immédiatement le travail et si le blocage persiste, des actions plus dures sont envisagées, jusqu’au blocage des sites concernés.

- Les professionnels de la route se demandent comment ils vont payer -

Ce vendredi, le gouvernement a annoncé des aides "ciblées" pour près de 70 millions d'euros et la mise en place de plusieurs dispositifs d'aides de soutien immédiat à la trésorerie au bénéfice de certaines filières économiques. Un plan d'aide pour les secteurs les plus touchés par la flambée des prix des carburants : la pêche, l'agriculture ou les transports.

Parmi ces aides, le report de cotisations sociales, un "étalement des échéances fiscales et la mise en place de prêts de court terme exceptionnels par Bpifrance, pour venir en appui à la trésorerie des TPE les plus exposées à la hausse des prix du carburant", détaillait auprès d'Imaz Press la préfecture de La Réunion.

Malgré ces annonces les professionnels restent inquiets. Éric Dijoux est le gérant de la SARL Ambulance et Transports Dijoux au Tampon depuis 31 ans. Il gère une entreprise de 9 salariés avec 2 ambulances et 2 taxis pour le transport sanitaire. Chaque jour, ses véhicules parcourent chacun une moyenne de 250 à 300 kilomètres, parfois de la Plaine des Cafres au Port.

Le chef d’entreprise le dit : "Vu notre consommation, c’est sûr que ça va être un surcoût pour l’entreprise. Ça va être une perte sèche sur le bénéfice. Notre marge risque de diminuer encore et elle est déjà faible."

Son entreprise assure aussi une garde départementale pour le SAMU plusieurs fois par mois avec des déplacements imprévus et à des distances variables. Des missions urgentes qu’il ne peut pas refuser. "On n'a pas le choix que de garder notre fonctionnement, c’est aujourd’hui une obligation de nos agréments que de répondre à l’urgence. On est obligé de prendre sur nous en espérant que la hausse ne durera pas longtemps, sinon l’entreprise sera en difficulté", dit Éric Dijoux.

Du côté des chauffeurs de taxi, Hugues Atchy, président de la fédération Taxi indépendant, interpelle le préfet et la présidente de Région : "On a fait un courrier en intersyndicale pour demander au préfet d’organiser une réunion avec la Région et la caisse pour voir comment on peut répartir cette augmentation sur nos factures. Ici, on doit se préparer sur le long terme car on ne sait pas combien de temps la guerre va durer".

Lire aussi - Carburants : mesures pour les "gros rouleurs" dans les "prochains jours", dit Lescure

- Le syndicat national des infirmiers libéraux demande une aide exceptionnelle ciblée -

Les soignants demandent la mise en place d’une aide exceptionnelle pour faire face à la crise. "Face à la hausse continue du prix des carburants, le Sniil a saisi la ministre de la Santé afin d’obtenir des mesures concrètes et immédiates pour les infirmières et infirmiers libéraux", peut-on lire dans le communiqué du syndicat national des infirmiers et infirmières libéraux de La Réunion (Sniil).

Pour Linda Robert, présidente du Sniil, la voiture est un outil de travail essentiel. Dans son cas, elle lui permet de sillonner les routes de Sainte-Rose pour aller à la rencontre de ses patients pour leurs soins quotidiens. L'infirmière fait un minimum de 100 kilomètres par jour afin d’assurer sa tournée.

Lors de leurs déplacements, les infirmiers bénéficient d'une Indemnités forfaitaire de déplacement (IFD) payée par la Caisse générale de sécurité sociale. L'IFD est passé de 2,50 à 2,75 euros en 2024.

Linda Robert explique : "une prise de sang à domicile c'est 6,30 euros et 2,75 euros pour le déplacement soit un acte qui revient à 9,05 euros".

Mais "l'indemnité de déplacement ne couvre pas du tout la réalité des charges. Là, avec l’augmentation des prix de l’essence, on a peur que les professionnels ne commencent à trier les soins en fonction du secteur, du déplacement et du soin", dit la présidente du Sniil.

Elle précise : "Nous sommes en pleines négociations avec la Caisse nationale de l'Assurance Maladie (Cnam) pour la revalorisation des nouveaux actes qui sont apparus dans la loi infirmière".

- "Tout le monde va être impacté" par la hausse de carburants -

Selon Jean-Gaël Rivière, président de la FNTR à La Réunion : "C’est à l’État d’agir, soit il diminue les taxes, soit il autorise les entreprises à avoir un carburant moins cher".

"Autre chose qu’on ne comprend pas : la SRPP a trois mois de stock qu’elle a acheté à bas prix, pourquoi augmenter ce prix maintenant, alors que la SRPP est en train de nous vendre un carburant acheté avant la crise à bas prix ? Pourquoi ne pas attendre avant d’augmenter les prix des carburants pour les Réunionnais ?", lance-t-il.

Il ajoute : "Si les transporteurs répercutent le surcoût de carburant sur la facture qu’ils présentent à leurs clients, ces derniers les répercuteront à leur tour sur leurs clients, ainsi de suite". "C'est le serpent qui se mord la queue", dit Jean-Gaël Rivière.

"Le client final, c’est le Réunionnais, c’est vous, moi. Même si mes collègues et moi avons la possibilité de répercuter le surcoût de carburant, à la fin nous finirons nous aussi par subir les augmentations sur les marchandises. Tout le monde va être impacté" finit-il par conclure.

De son côté, la préfecture justifie cette hausse des carburants en raison "de la diminution de l’offre et d’une demande toujours forte".

"L’origine du pétrole consommé à La Réunion garantit la sécurité de son approvisionnement mais ce pétrole n’échappe pas à l’augmentation du prix qui touche cette matière première partout dans le monde, en raison de la diminution de l’offre et d’une demande toujours forte", précise l'État.

La préfecture tient à rappeler que "de manière générale, la fiscalité de l’État sur les carburants en outre-mer est d'ores et déjà quasiment nulle".

Au 1er avril 2026, le sans-plomb prend 42 centimes et passe à 1,96 euro (contre 1,54 en mars), le gazole augmente de 52 centimes et sera vous coûtera 1,77 euro le litre à la caisse (contre 1,25 euro en mars).

Un prix que La Réunion n'avait pas connu depuis 2022, lors de la crise en Ukraine. Le sans-plomb avait alors grimpé à 1,96 euro.

Lire aussi - Monsieur le préfet, pourquoi les Réunionnais devraient, une fois de plus, payer le prix fort pour (sur)vivre

ee et ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

guest
0 Commentaires